‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 68 sur 284 · LA CONFESSIOX DE FOI ET LES PRÉDICANTS · texte numérisé non relu

LA CONFESSIOX DE FOI ET LES PRÉDICANTS

la prédication, avoue dans un interrogatoire Jacques Soulier, de Monoblet, on fit sortir de la bergerie les personnes qui composaient l'assemblée, et Vivent « imposa les mains » à Vidal. La question à laquelle répond Soulier, bien que conçue en termes obscurs, nous révèle une autre particularité : « L'imposition des mains n'a-t-elle pas été donnée à Vidal par un certain Bousquet du côté de Valleraugue [Vivent] à qui l'on l'avait déjà faite pour (sic) trois autres ministres? ». Il faut entendre le mot pour au sens qu'il a souvent dans le patois méridional, lire par', et conclure que Vivent passait, en mars 1686, pour avoir reçu « de trois autres ministres », l'imposition des mains '.

Rappelons que le prédicant, une vingtaine de jours avant l'assemblée de Gézas, avait déjà distribué la Cène au pré de Montvaillant, et à cette occasion établi Jean Roques comme ancien. S'il jugeait nécessaire, ou utile, d'imposer les mains à Vidal, pour que celui-ci pût administrer les sacrements, on peut se demander s'il se serait permis de les administrer lui-même sans que le droit lui en eût été conféré par un acte spécial. Mais d'autre part aucun témoignage ne permet de penser que des pasteurs ordinaires (ni même un seul d'entre eux, comme le cas se présentera plus tard) aient « consacré » Vivent.

Nous expliquerons ailleurs pourquoi nous croyons que Vivent n'a demandé qu'à ses auditeurs de l'établir dans sa charge. Pour comprendre la mission que s'attribuaient les prédicants, il suffît d'ouvrir simplement la Confession de foi des Eglises réformées de France. L'article 31 portait les mots suivants : « Nous croyons que nul ne se doit ingérer de son autorité propre pour gouverner l'Eglise, mais que cela se doit faire par élection. » Il s'agit ici, formellement, de l'élection que les pasteurs déjà en charge, et élus eux-mêmes, doivept faire de celui qui veut devenir leur compagnon. Cependant là principe ainsi formulé comporte une

1. C. 164. Dossier de rassemblée de Blaleyras. Interrog. de Jacques Soulier, li mars 1686. «Interrogé s'il n'a pas assisté à une assemblée tenue il y a quelque temps dans une bergerie du oùté de Gros, appartenant à un prêtre, composée de 1,500 personnes, dans laquelle l'imposition des mains tut donnée au nommé Vidal, du côté de Colognac, par un certain Bousquet du côté de ^'alleraugue, à qui l'on l'avait déjà faite pour trois autres ministres ? — A accordé ledit interrogatoire. Après l'assemblée, on lit sortir de la bergerie les personnes qui la composaient, après la prédication qui l'ut faite par Vidal, dans le dessein de lui imposer les mains, ce qui fut fait ainsi que le répondant apprit ensuite par ledit Bousquet et autres trois que le répondant ne reconnut pas.» Que signilie la dernière phrase ? Soulier a-t-il su par Vivent et trois inconnus que Vidal avait reçu l'imposition des mains? ou bien a-t-il su que Vivent et trois inconnus, restés dans la bergerie, ont imposé les mains à Vidal ? La première interprétation est la plus probable.

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restriction : « . . .en tant qu'il est possible, et que Dieu le permet ». La lia de l'article, qui se rapporte aux persécutions de loo9 et à la situation précaire et tumultueuse des premières Eglises de la Réforme française, stipule expressément en même temps que la règle, les circonstances où elle peut être éludée. « I] a fallu quelquefois, et même [surtout] de notre temps, auquel l'état de l'Eglise était interrompu, que Dieu ait suscité gens d'une façon extraordinaire pour dresser l'Eglise de nouveau, qui était en ruine et désolation. Mais quoiqu'il en soit, nous croyons qu'il se faut toujours conformer à cette règle, que tous pasteurs, surveillants et diacres, aient témoignage d'être appelés à leur oflice. » Telle est la doctrine réformée, à laquelle Jurieu s'est référé lui-même.

La succession apostolique, telle que la professe le clergé catholique peut n'être qu'un leurre quand le successeur des apôtres est infidèle à leur authentique enseignement. Quand « l'état de l'Eglise est interrompu » par le triomphe de l'ei'reur et l'écrasement de la vérité évangélique. il appartient au chrétien authentique de se constituer lui-même, par la seule puissance de l'esprit dont il est animé, le continuateur de la saine tradition qui recommence avec lui. S'il trouve autour de lui d'autres personnalités qui partagent sa foi, son devoir consiste seulement à leur demander de le confirmer dans des fonctions qu'il tient de Dieu et de sa Parole, avant d'en être redevable aux homuies. Vivent, prédicant, dans un peuple qui n'avait plus que des pasteurs apostats et des prêtres infidèles, s'est trouvé dans la môme situation ({ue les premiers missionnaires de la Réforme. Une fois « établi dans son ollice », soit par sa seule conviction, soit par un « témoignage » formel de ceux qu'il allait servir, il a repris la coutume régulière en s imposant les mains » à Vidal.

D'autres prédicants de la première heure, que nous allons voir à l'œuvre, et qui ne connurent pas Vivent, prêchèrent et donnèrent la Cène comme lui, en vertu d'une vocation tout aussi spontanée. Comme lui ils se contentèrent de l'approbation ouverte de leurs auditeurs pour justifier ecclésiastiquement aux yeux de ceux-ci leur ministère d'apparence irrégulière.

L'assemblée de Cézas, au dire de Jurieu et de Gaultier de Saint-Blancard, aurait généralisé la mesure prise par Vivent au pré de Moutvaillant. « On y nomma, dit le premier, plusieurs anciens pour les divers quartiers des Cévennes, et on les chargea du soin d'avertir des lieux et des heures des assemblées. »

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