Rel. des Merc, p
2. Voir C. 173. Dossier Aiidri-. de Lédignan. Ce dernier, arivU- plus tard, rappela qu'à la suite de rassemblée de Bringuier il avait été enfermé dans la Tour de Constance.
3. C. 161. Dossiers Soulier et Fraissinet. Voir aussi C. 164. Dossier Marvéjols.
REBOrL, MEIRUEIS, CIIAPUS, SEREIN 117
ne connaissait pas encore Vivent sous son nom véritable. Les informations successives de ses subdélégués ne devaient lui apprendre que peu à peu le nombre de ces prédicateurs qui surgissaient de toutes parts. Anduze eu enfanta comme Lasalle. Il y aurait de l'ingratitude à supprimer un seul d'entï'e eux dans une énuniération qui n'est point sans monotonie, et qui cependant demeure sûrement incomplète.
La dernière enquête de Mandajors révéla l'activité de Rcboul. Un jeune homme de ïornac déclara avoir vu le 11 mars à Alais ce prédicant de la ville d'Uzès « qui était dans la démence, allant prêcher dans les bois ». Nous le retrouverons ailleurs. Il ne savait ni lire ni écrire.
Une relation des Papiers Court ' fait mention d'un cardeur d'Anduze nommé Cassagues, qui avait changé de religion depuis sept à huit ans. « 11 connut l'abus de l'Eglise romaine, ce qui l'obligea d'abandonner sa femme et ses enfants, et de s'en aller consoler le monde et leur faire de belles exhortations, bien qu'il ne sût pas même presque lire. Il fit sa première assemblée au bois de Cannes, où il y avait beaucoup de monde, et depuis il a continué d'eu faire du côté d'Uzès plusieurs autres, bien qu'il ait été dénoncé ». Si Gassagnes n'est pas le même que Reboul, il faut voir en lui le prédicant Louis Meirueis, cardeur d' Anduze, ne sachant ni lire ni écrire, qui a 24 ans au début de
D'isaac Chapus, facturier de laine du hameau de l'Olivier (Anduze) nous ne connaissons le nom que par une pièce officielle d'août 1687, mais il a prêché dès le milieu de 1686, et à ce qu'il semble sous le surnom de « Rey le Cadet ». Il avait alors 24 ans.
Enfin du hameau de Bouzène (paroisse de Tornac) était originaire le prédicant Jean Serein (son nom est souvent écrit Céré) qui avait été régent d'école et chantre ■. Serein, dont le rôle fut plus tard considérable commença ses assemblées dès la fin de novembre de 1685. Agé de 45 à 50 ans, il cheminait accompagné d'un petit garçon qu'on disait être son fils. A la fin de 1686 il est signalé sous ces traits caractéristiques : « Portant
2. Nous n'avons trouva nulle i>art, rcrit de sa propre main, le nom de ce v'rédicant. Nous l'orlhographions comme Brousson. On le trouve transcrit sous les formes Serrain, Serin, Seren. Seran, Serret, Céro. La forme féminine Serene, et la prononciation Céré font supposer que le nom exact est Seren ou Serrain. Le restent était peut-être né hors du Lanijuedoc.Lc nom Cerret (ou Céréjest cévenol.
118 LES l'RÉDICANTS PROTESTANTS
une fort longue peri'uque de poil châtain obscur, vêtu d'un justaucorps obscur, qui lui couvre tout le corps jusqu'à demipan des talons w.
Nous ne pouvons pas suivre Bring-uier vers Sommicres, où Bâville ne retrouva pas sa trace. Quand le prédicant de Lasalle entra dans le Bas-Languedoc, l'intendant savait déjà que les réformés de la plaine avaient eux aussi repris les cultes défendus, autour de prédicateurs laïques que leur seul zèle avait pareillement suscités.
Déjà le 21 février, à Nîmes, huit protestants avaient été arrêtés, qui, sur l'initiative de l'un d'eux, Isaac Rousset. passementier (30 ans) s'étaient réunis dans une capitelle\ située au milieu des vignes, vers le chemin d'Alais. Des soldats conduits par le traître Audoyer (le même sans doute qui avait dénoncé Fuicran Rey) entendirent le chant des Psaumes et la lecture du Nouveau Testament. Dans la capiteilc ils saisirent des livres de préparation à la Communion, une tasse d'étain, une bouteille à demi-remplie et un pain". Rousset pensait-il distribuer la Gène à ses compagnons? Peut-être n'était-il qu'un lecteur. Mais à la fin de mars deux prêcheurs étaient signalés à l'intendant, tout semblables à ceux des Gévennes, Pierre Faucher et Bonfils.
Le premier était fils du chantre de l'Eglise de Sommières, Noël Faucher. Il dressa plus tard, à Zurich, des Mémoires dont Antoine Court nous a conservé un résumé, et qui racontaient avec de longs détails les aventures de sa vie errante '. Son nom reviendra souvent dans les pages qui vont suivre. Il prêchait depuis l'époque où les pasteurs étaient sortis du royaume. Après avoir débuté, aux environs de Saint-Come (entre Nîmes et Sommières) par des exhortations familières, où chaque jour le nombre de ses auditeurs augmentait, «surtout le dimanche», il en était arrivé, pour éviter la surveillance du prêtre du lieu, à 4enir des assemblées de nuit. Il avait 25 ans. Il est signalé comme de petite taille et corpulent («trapot», « extrêmement gras »
1. Sorte de Initie bâtie en pierre sèclie, et voûtée, ayant par conséquent la forme ronde d'nn crâne.
2. La réunion s'était tenue la nuit du is au 19 février. C. 10:$. Le ,ju{,'einent manque.
3. Pap. Court, 17, B, f» 1. Publié Bull. XXX, 501. Il faut noter que tous les faits qui sont rapportés au début de cette relation, dans les §§ 2,3, 4, 5, 6 et 7, doivent être intercalés dans le récit suivi qui commence à l'arrestation de Bonlils, au bas de la page 502.
FAUCHER ET lîONFILS DANS LA VAUNAGE 119
disent de lui divers témoins), le nez gros et les yeux grands, la tête couverte d'une perruque blonde « nouée des deux côtés ».
Serré de près vers Saint-Gôine, Faucher, tout en restant dans la Vannage, pointa au sud. Au début de mars il était à Vergèze. Il y rencontra un cardeur de 2G ans, Antoine Bonfils, lils d'une veuve qui habitait Aujargues (près Sommières),et qui s'était déjà consacré au relèvement de ses frères '. Bonfils obéissait à l'ordre de sa conscience sans doute, mais il suivait aussi les conseils de son ancien pasteur, Jean Venel, qui après avoir exercé son ministère à Yillevieille et à Aujargues était parti pour la Suisse. Yenel avait dit au jeune homme, l'hiver précédent, « qu'il fallait faire des assemblées et prêcher, quoique les ministres n'y fussent plus ». Bonfils prêchait donc, et bien qu'il ne sût ni lire ni écrire, ses auditeurs l'appelaient « un proposant ».
Vers le 20 ou le 21 mars, il est sur le terroir de Vergèze, à Gombeloubière, où il a déjà prêché une quinzaine de jours auparavant. Il réunit 50 personnes qui s'agenouillent pour prier, chantent les Psaumes, et écoutent une prédication d'une heure, pendant laquelle Bonfils leur cite des passages de l'Ecriture et les exhorte de perdre plutôt leurs vies et leurs biens que de professer la religion romaine.
Deux jours après (23 mars) il apparaît vers Gallargues. Avec vingt-cinq protestants, il entre à six heures du soir dans le moulin de Liquis, dont le propriétaire, absent, a laissé la garde à un enfant. Les assistants chantent un Psaume. Mais le meunier survient furieux et menaçant. Il oblige à coups de bâton, « cette canaille qui le veut perdre », à sortir de chez lui, et renvoie Bonfils dans la garrigue s'il prétend, comme il le proclame bien haut, prier Dieu. Les auditeurs, dont le nombre a grossi, se retirent sur la grave (le gravier) du Vidourle. Fournet, ancien chantre d'Aigues-Vives, entonne les Psaumes. On les chante à genoux. Bonfils prêche ensuite longuement, ce un mouchoir sur la tête, et sans chapeau ». S'il fallait en croire un assistant, le prédicant n'aurait dit que accent sottises, ne parlant qu'à travers champs et ne se suivant point dans ses discours», mais cette appréciation est fournie au grand prévôt de Nîmes par un accusé, Mellon, d'Aigues-Vives, qui après le culte a fait la quête « pour les pauvres », a pu remettre quatre livres à Bonfils et n'a manifesté alors pour lui que de l'admiration. L'auditoire du prédi-
1. Dans ses premières assemblées il est dépeint comme «paraissant fort jeune, grand, sans barbe, habillé de gris, coiflé d'un chapeau blanc ». C. 16'*. Dossier BonUls.
120 LES l'RKDICAXTS PROTESTANTS
cant « a levé la main de ne parler jamais des assemblées et de se rendre à celles qui seraient faites». Celui-ci se sent soutenu, il s'enhardit chaque jour.
Le lendemain soir (dimanche 24 mars), à quatre cents pas du village de Mus. dans les carrières de pierre nommées les baumes (grottes) des Horts', Bonfils et ses amis cliantent les Psaumes à pleine voix, tandis que des hommes armés gardent les avenues. vTJne jeune lille arrive, pleine defl'roi. « Quest ceci ? à quel jeu jouez-vous ! au moins vous ne devez pas tant crier !» — « De quoi vous mêlez-vous? répond le prédicant. Il nous plaît. Allons, mes frères, continuons plus fort que jamais, et allumons les chandelles ! ». L'assemblée a été convoquée avec si peu de mystère que le vicaire Thomas et le S" Maurin, précepteur (catholique) de la jeunesse, suivis du S- Varie prieur de Mus. et du consul, s'approchent de la baume. Les sentinelles donnent l'alarme. Les protestants ne s'émeuvent point, ils se contentent de sortir de la caverne et vont chanter un nouveau Psaume dans une. olivette.
Le même jour, et à la même heure, à une lieue de là, dans la Combe des Morts, aux portes de Boissières, 200 personnes à genoux, autour de Faucher, chantaient le Psaume « J'aime mon Dieu ».
Les réunions séditieuses furent dénoncées par le curé de Mus. Une vingtaine de personnes furent conduites aux prisons de Nîmes '.
Sans attendre que les prédicateurs fussent tombés entre ses mains, Bàville se débarrassa de leurs pi'emiers complices. Le 3 avril, Antoine Arnaud, Jacques Xadal, et Jean Vidal l'oncle du prédicant I ces deux derniers arrêtés depuis peu), étaient envoyés aux galères pour la vie\ et Henry Roques, de Sainte-Croix de Caderles, pour trois ans. Par contumace, Mazelde Soudorgues
1. Ailleurs : près du Puits des Ilorts. Il s'aj.Nt de carrières profondes creusées dans la partie orientale de la colline qui sépai-e Mus d Aijcucs- Vives.
2. Assemblées de Vergèze et de Mus. C. 164. Voir Hist. ApoL, II, 1G4.
3. Jacques Nadal (35 ans) avait quitté sa maison de Lasalle depuis novembre « piu-ce qu'on lui avait donné trop de drairons». Il fut arrêté à Montpellier. Il était porteur de cinq routes (itinéraire) qui menaient aux frontières. C. 166. (Voir Bull. XLVII, 573). Nadal sortit des galères. Il raconta plus tard a A. Court que Bâville lui avait demandé, sur la sellette : «Tu crois que ta diable de religion te sauvera?» et il se vantait d'avoir dit lui-même à l'intendant « Monseigneur, je vais droit aux galères, comme l'injuste juge qui m'a condamné ira droit aux enfers ! » Pap. Court, 17, G, 417. Jean Vidal, de Lasalle, oncle du prédicant, fut pris à Montpellier. Il sortit également des galères.