‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 84 sur 284 · Le dimanche avant la Pentecôte, 26 mai · texte numérisé non relu

Le dimanche avant la Pentecôte, 26 mai

2. Fr. Prot. 2= Edition : Bonijol autrefois chantre de rEj^lisc de Sainl-JMarlin [de Corconac] en Cévennes, demande un secours à Lausanne en 1690. C'est le Bonniol de la liste Rouquette (III, 2(HJ).

3. C. 163. Vidal avait prêché dans le mas. Le procès fut fait le 6 et 10 juin à Cabanis et à René Chapel d'Alais (27 ans). Le jugement manque. Chapel alla aux galères. Les conclusions tendaient à envoyer Cabanis à la potence. Parmi les luyards du l'' mai s'était trouvée la dame Bénézet, d'Alais, femme du ministre Bastide (min. à Florac). Peut-être Bastide était-il encore à Alais. Nous le retrouverons en 1693.

ASSEMIîLIiE DE SAUVEPLANE

Le dimanche 16 juin, au matin, il se dirigeait vers Sauveplane, où il avait convoqué avec A'ivenl une assemblée '. Au moment d'arriver au lieu fixé, où déjà l'auditoire était formé, il fut découvert, de loin, avec Dombres, le S" de la Valette le fils ", et quatre autres personnes, par quelques dragons de La Fère, de la compagnie du S'^ de Marsillac, venus de Générargues. Un des soldats, par un curieux hasard, reconnaît Rey pour l'avoir vu à Nîmes, et se lance sur lui. Les compagnons du prédicant ont des fusils, Rey n'a qu'une épée qu'il tire du fourreau, en même temps qu'avec Dombres il fuit vers rassemblée. Les soldats ne sont qu'une avant-garde. Ils hésitent à s'engager trop loin et s'arrêtent. Les protestants, avertis, tiennent ferme. Ils ont déclaré qu'ils voulaient se défendre ce contre les soldats du clergé ». Le culte commence, protégé par une patrouille armée qui tourne autour des assistants. Rey fait la prière ; le Psaume est entonné. Les dragons, en nombre maintenant se décident à avancer. L'oflicier qui les commande leur a défendu de tirer, mais c'est des rangs huguenots que partent les premiers coups de feu. Le jeune La Vallette, dont le fusil rate d'abord, met le pistolet à la main, et blesse un soldat au front. Deux autres compagnons ont tiré avec lui. Les soldats ripostent par une décharge qui abat deux ou trois femmes. Ils chargent, et furieusement. La foule se disperse en tumulte, Rey s'enfuit, avec Dombres et un inconnu. Cependant Vivent rallie ses amis les plus audacieux. A leur tour, ils se ruent sur les dragons, arrachent de leurs mains quelques prisonnières. Demeurés maîtres du terrain les protestants reprennent leur assurance, Vivent « fait mettre en ordre de bataille 28 ou 30 personnes armées qu'ils étaient ; et ceux qui n'avaient point d'armes, leur fit couper des branches d'arbre qu'ils mirent sur l'épaule en forme de fusils ; et ces gens qui faisaient face de tous côtés restèrent en cette attitude depuis les dix heures du matin jusqu'au soir que leur dévotion fut finie ».

Le prédicant de Valleraugue, autant par son courage que par sa malice, s'acquerrait l'admiration populaire. L'ascendant de cet homme sans études qui a jouait de bons tours de finesse à

1. « Au Fradet, entre Gasqties et Mandajors )'. Ailleurs: cuire Maudajors et le Pereyiet. Ailleurs : vers la montagne du Coulel. L'ass. de Sauveplane est racontée Pap. Court, 17, B, 18'J par P. Bastide (de Rlialet) saus doute d'après ses propres souvenirs. Ce récit complète et groupe très heureusenieut les détails fournis par le dossier de Rey, G. ICti.

•2. Fuiîitif, de Saint-Jean du Gard, Iti ans.

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ses ennemis », et qui ne connaissait pas la peur, croissait de jour en jour. Autour de lui, les fugitifs salYermissaient dans la résolution de défendre leur vie en mcme temps que leur foi. Ils surent que les dragons avaient été avertis de l'assemblée de Sauveplane par un cei'tain Jean Carrière. Dombres et l'un de ses compagnons, La Bécède, de Saint-Martin de Boubaux, guettèrent le traître et le blessèrent gi-ièvement '.

Pour se l'émettre de ses fatigues et de ses émotions, Rey descendit à Anduze. Conduit par le tanneur Bresson, il vint chercher un refuge le 18 juin dans la maison que celui-ci occupait hors des murailles de la ville, sur la rive gauche du Gardon. 11 se lit acheter par lui, mais de son argent propre, un haut de chausses et des bas, et dans la maison de Bresson, ou aux environs (jusque vers Quissac), se mit en rapport avec quelques Nouveaux Convertis notables. Un certain Aimeras, d'Anduze, qui l'avait guidé dans ses dernières courses à travers la montagne, dénonça sa présence, et le soir du 21, Fulcran Rey était arrêté dans la maison de Bresson par les dragons rouges, au moment oîi il essayait de fuir par le toit, après s'être débarrassé de son épée en la rejetant dans l'intérieur du logis -.

Traîné violemment dans la maison de ville, il y fut interrogé par Mandajors, accouru d'Alais, le soir même et les deux jours suivants. Les armes qu'il avait portées et les coups de feu de ses compagnons étaient les seuls souvenirs du jeune prédicant qui lui fussent importuns. Il essaya de cacher la vérité, parla des « misérables » qui « à son grand regret » portaient des fusils dans les assemblées, et prétendit n'avoir eu d'épée que « pour se défendre contre les bêtes féroces », Ses premiers scrupules étaient pour lui légitimes et Vrais. Il jugeait maintenant que pour un chrétien, user des armes, c'était « résister au génie de l'Evangile ».

Il avoue tout le reste, d'ailleurs, avec une simplicité héro'ique. Il est proposant, il est venu dans le pays prêcher la parole de Dieu ; il a agi de même partout, à Bédarieux, Graissessac, Montpellier, Nîmes, parce qu'il voulait faire son devoir. Accusé d'avoir « ému le peuple à sédition » par ses Lettres circulaires, il proteste « qu'il honore le roi et qu'il voudrait trouver l'occa-

1. Pap. Farelle, p. 196. Bàville accorda à Carrière 300 livres de dommages intirèts à prendre sur les biens séquestrés des deux fugitifs.

'2. Une assemblée convoquée au Plan de l'Auzil (?) et où Rey devait prêchei', n'eût pas lieu, par suite de son arrestation. Pap. Court, 17, G, 421.

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