‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 85 sur 284 · CONDAMNATION DE RE Y 1 4U · texte numérisé non relu

CONDAMNATION DE RE Y 1 4U

sion pour verser son sang pour son service », mais chez lui cette allirmation n'est pas le recours désespéré de Bonfils et n'implique en aucune façon un désaveu de son activité. S'il a prêché contre les défenses de S. M. « c'est que sa conscience l'obligeait de consoler tant de pauvres fidèles affligés ». Il n'est plus question d'ignorance. Fulcran Rey revendique hautement le droit d'accomplir sa mission. Il a fait le sacrifice de sa vie, en venant, il y a un mois, dans les Cévennes. Il signe d'une main assurée au bas de ses interrogatoires : « Rey, proposant » et après avoir été confronté avec les divers témoins qui ont déposé contre lui, il écrit à côté de son nom une protestation suprême : « Rey, qui n'a fait que prier Dieu ».

Le jeune prédicant avait si vivement touché les cœurs par son courage et sa douceur que lorsqu'il prit, enchaîné, la route d'Alais, des femmes d'Anduze s'attroupèrent, pour le saluer sur son passage une dernière fois, et lui crier au milieu de gémissements et de larmes : « Dieu te soit compagnie ! »

Conduit à Alais, puis à Nîmes, où il demanda en grâce qu'on ne laissât entrer dans sa prison ni son père ni aucun de ses parents, il fut enfin transporté à Reaucaire, ville catholique ; peut-être, comme dit Jurieu, parce que Bâville ne voulut pas donner au peuple réformé le spectacle d'une mort qui promettait d'être édifiante, peut-être au contraire en raison de la présence à la grande foire, de représentants de diverses régions du Languedoc. C'est à Reaucaire qu'eurent lieu les derniers interrogatoires du proposant, que nous ne possédons malheureusement plus (6 ou 7 juillet) '.

Rey fut condamné a être pendu « pour avoir fait et tenu des assemblées avec port d'armes, écrit et débité des libellés séditieux »'. A Anduze, sans malignité, il avait nommé une dizaine de Cévenols avec lesquels il s'était trouvé en rapport. Ràville n'estima pas suffisant d'avoir à décréter de prise de corps dixneuf personnes, pour la plupart déjà fugitives. Il pensa obtenir du prédicant les détails qu'il n'avait pu tirer des protestants du Pont de Mont vert sur les assemblées du Bougés, et le fit soumettre à la question oi'diuaire et extraordinaii'e.

1. L"inteiToj;atoire de Roy pur Bâville, ([ue I). Benoit [op. cit.,p.'iS) n cru pouvoir emprunter à une Relation ancienne (JUiU. \, 132) est une liction pieuse. Il suffit, pour s'en convaincre, de remarquer que dans la même Relation (p. l'29) les interrogatoires d'Anduze (dont nous avons les originaux) sont réduits à quelques phrases inventées par le rédacteur.

Page 1