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LE MASSACRE DE ROQUEDUR LES CRAINTES DE BAVILLE

(Septeml)re-Octobrc 1686)

En passant à Mende, Rouvière est informé d"une assemblée qui s'est tenue le 8 septembre, en plein jour, fort près de l'église de Moissac « dautant plus hardie et punissable qu'elle a été faite un jour de dimanche fête [nativité] de la Vierge ». Rouvière mande auprès de lui le S' de Flandres, de Saint-Germain, qui lui confirme le fait. Mais rien nest plus difficile que d'en avoir des preuves juridiques, dans ce vallon de Moissac oii tout est huguenot. En des circonstances aussi délicates. Rouvière et de Flandres vont chercher du secours. « Parce que personne dans le pays des Cévennes n'est si puissante ni si zélée pour la R. C. et intentions de S. M. que M"* la marquise de Portes ». ils descendent jusqu'au château de Teyrargues. près de Saint- Ambroix. pour <• réclamer son autorité et son appui ». Rouvière, ensuite, remonte à Saint-Germain, et y apprend deux nouvelles également fâcheuses. Le S' Rancilhon. procureur dollice de la marquise, a été tué dans le bourg, à Tissue de la messe, par Jean de la Xougarède seigneur de la Garde « en haine de ses soins et de son application continuelle pour contenir les X. C. dans l'observation des édits. et pour la découverte des assemblées* ».

Le prédicant Manoël. en second lieu, que l'on sait avoir convoqué la réunion de Moissac, vient d'échapper à la justice. Le soir du 19 septembre, le tisserand Zacharie Blanc, des Mazes (Sainte-Croix Valfrancesque) a consenti à le recevoir : il se donnait simplement pour un fugitif de Lasa lie. bien appai^enté dans la réçrion. et demandait à coucher, movennant rétribution.

1. Bancilhon était un des habitants de Saint-Germain qui avaient surpris l'assemblée du Clauzelet.

MANoiiL A MOISSAG 1(33

en quelque coin de la maison. Blanc, pris de scrupules, laissant son hôte endormi sur un colTre est parti avertir le vicaire de Sainte-Croix ; mais le détachement ramené en toute hâte par le vicaire en personne, a trouvé la maison vide. Au premier bruit, Manoël a pu fuir, les pieds nus, sur les schistes coupants de la montagne ' .

Zacharie Blanc était déjà dans les prisons de Lasalle avec six habitants de Moissac, quand Bouvière reprit et continua les premières enquêtes du S' de Flandres (4 octobre). Il put savoir que Manoël avait tenu en efl'et le 8 septembre, pendant la messe, une petite assemblée sous de grands arbres, dans le haut du vallon d'Arbousses'. Les Psaumes y avaient été chantés à voix assez basse. On avait vu dans l'auditoire « deux filles habillées en demoiselles » (les deux demoiselles du Boucou). Bouvière recueillit le nom de quelques autres assistants, mais sans pouvoir les faire arrêter tous, « une grande partie des paroissiens ayant depuis quitté le pays et abandonné la récolte des châtaignes ». Seize personnes décrétées demeurèrent insaisissables. Bouvière fit emprisonner Thomas Bourrit, du Sait ; la D"'' Anne de Pelet, veuve Babe, du mas de La Boque ; Anne Neiral, femme de David Bieumal ; et Madeleine Bieumal, veuve de Mathieu Deleuze, de Moissac, cette dernière, à ce qu'il semble, bellesœur du S"" de Flandres, qui était ainsi mal récompensé de son zèle \

Lorsque Bàville reçut les procédures, il était informé d'un nouveau culte tenu le lo septembre aux environs de Ganges, et qui avait été célébré par Bringuier. Le prédicant avait eu du bonheur, car il ne parait pas qu'aucune de ses assemblées eût encore été surprise. Nous l'avons laissé à Anduze, partant pour Sommières. Il semble qu'il ait été alors suivi par Jacques Salendres (de Soudorgues) qui se vanta plus tard de l'avoir escorté « six mois de suite dans toutes ses assemblées, faisant au moins trois prédications par semaine ». Bringuier était passé de Sommières au Pont de Montvert (où il était vers mars ou avril), pour redescendre ensuite jusqu'à Saint-Laurent d'Aigouze, près d'Aigues-Mortes. Dans ce dernier bourg, son

2. Dans le vallon entre les mas d'Arbousses, Gàscuel et Croance.

3. Les dossiers de l'assemblée, avec un rapport de Rouvière à Bàville, sont ('. 166. L'avertisseur de l'assemblée, qui avait fait sentinelle pendant le culte, Pierre Duguà, d'Apias, s'était enfui.

iOi LES PRÉDIC.VXTS PROTESTAXTS

avertisseur Salendres avait été pi"is(13 mai), et enfermé, comme fugitif, à Aigues-Mortes, dans la Tour de la Reine où il devint le compagnon de misère de Xissolles. Au début de septembre, Bringuier était dans le bois de Corbès (entre Anduze et Saint- Jean du Gard). Il retrouva là Jacques Soulier, de Mouoblet, qui. on s'en souvient, avait été arrêté vers Alais en mars, et avait pu échapper aux soldats qui le conduisaient à Montpellier. Bringuier se lattaclia comme accompagnateur.

L'après-dînée du lo septembre, après avoir rempli son rôle d'avertisseur à Ganges. Soulier était sur le gravier de la rivière de Sumène. et montait, avec quelques fidèles, dans le bois de Montméjan. vers une jasse où Bringuier devait prêcher. Le culte dura de deux à cinq heures. 80 à 100 personnes, dont les deux tiers de femmes, y étaient venues, surtout de Sumène. Le culte terminé, le prédicant se retira dans les bois, remit à Soulier une écritoire de corne et du papier, et lui dicta une liste des lieux et des personnes de la région (jusqu'à Aumessas) avec qui il avait correspondance. Puis il pai'tit pour Lasalle, donnant rendez-vous à son compagnon pour le lendemain dans le hameau de Millierines, au nord du Liron. Il se réservait de lui fixer là le lieu d'une assemblée pour laquelle Soulier convoquerait les fidèles dont il venait d'écrire les noms et les adresses '.

Quelques jours plus tard, Bringuier était aux environs du Yigan. Mais Soulier ne l'accompagnait plus ; il était passé vers Anduze ", et c'est un autre cévenol qui se tint à coté du prédicant dans une assemblée qui suivit bientôt et qui finit dans le sang. L'événement fut plus tragique encore que le massacre de la Combe du Goutel.

Le soir du G octobre (dimanche), dans le vallon de Balquines (paroisse de Roquedur)^ mille protestants furent attaqués par les dragons, se défendirent à coups de fusil, et tuèrent deux officiers. Le subdélégué du Vigan. Daudé. avait usé dune rai'e habileté pour surprendre les réformés. Sur un avis qui lui avait été donné, deux soldats déguisés en paysans, et conduits par un guide de Gampis (celui-ci fourni par un vicaire du Vigan) avait été chargés dans la journée d'aller reconnaître l'endroit

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