CHAPITRE PREMIER
Après la famille, la société.
La question de la famille est bien, à tout prendre, une question sociale et même, à la regarder sous cet angle, on pourrait la tenir pour la première des questions sociales, puisque la famille est la cellule de la société.
Cependant, l'extrême importance que nos modernes philosophes attachent aux droits souverains de l'amour et la répercussion dont leurs thèses ébranlent le foyer domestique, nous conviaient à renfermer, dans une catégorie particulière, les œuvres dramatiques intéressant la vie familiale.
Mais, si l'amour lient le premier rang au théâtre
et, notamment, dans le théâtre où l'on veut prêcher, tout Tensemble des questions ordinairement englobées sous l'étiquette sociales y occupe aussi beaucoup de place et y sollicite la curiosité de beaucoup d'écrivains. Nombre d'auteurs, en montant sur les tréteaux, n'ont rien moins que la prétèhtrôifde transformer, de fond en comble, et la condition des hommes et les rapports entre les classes et les bases mêmes de la société.
De ces ambitieux réformateurs, étudions d'abord — pour faire suite à l'examen des pièces intéressant la famille, — ceux qui, dans le vaste champ de la question sociale, ont choisi le coin le plus proche du terrain familial ; je veux parler de^dxamatur^es qui travaillent dans le féminisme. Et, dans ce domaine plus étroit du féminisme, abordons en premier lieu la partie qui confine au problème du mariage : à savoir le féminisme bourgeois, celui- qui veut changer la condition de réponse au sein du foyer.
Le féminisme, en eiïet, présente une infinité d'aspects différents. Mais, dans le théâtre élégant, qui tient à flatter Tesprit du boulevard et qui veut plaire à la société, non plus dirigeante, mais encore payante, on s'apitoie beaucoup moins sur le sort de ces -ouvrières, qui n'ont pas même le temps ni la joie de diriger leur ménage et de soigner leurs petits, que sur la situation de ces. mondaines qui, n'ayant riep à faire qu'à surveiller leur intérieur et à élever leurs enfants, trouvent que ces occupations mesquines et fades ne suffisent ni à remplir leur vie, ni à exciter leur intelligence, ni à satisfaire leurs aspirations. Ces péronnelles réclament une indépendance; assez mal
expliquée d'ailleurs, et demandent à remplacer les soucis de la maison par les soins^^eTEfat.
Ce féminisme à la mode a trouvé, dansJa-VassaZe. de M. Jules Case, son expression la plus complète et la mieux définie. D'autant mieux définie que l'auteur a éprouvé le besoin d'ajouter à la pièce une brochure défensive, où la thèse est amplifiée, soutenue, précisée. Voici comme il y résume, en deux mots, son sujet et son but. Le sujet : « Le conflit entre l'homme et la femme » ; — le but: entre l'homme et la femme, « une nouvelle codification est à intervenir », attendu que celle-ci « ne doit plus obéissance » à celu^Jà, -
Voici maintenant comment M. Jules Case a prétendu justifier sa conclusion. Son intrigue est fort simple et peut se condenser en quelques mots.
Louise et Henri Deschamps s'aimaient, se sont mariés, ont eu un enfant, — une fille, âgée de trois ans aujourd'hui, — et ne s'aiment plus. Un ami commun reçoit, tour à tour, l'épanchement de leurs griefs. Louise, aux yeux d'Henri, est sèche, insensible, insupportable ; elle néglige son ménage et son enfant ; elle ne veut pas obéir à son mari ; elle est coquette au point de se compromettre et de le ridiculiser. Henri, pour Louise, est un cœur froid, sans amour, un caractère impérieux et brutal; ji.j:Muit son épouse à Félat de courtisane légitime. Bref, Henri a déjà^ trouvé, en dehors du mariage, une consolation coupable, et Louise, n'aimant plus, n'étant plus aimée, veut devenir indépendante. Sur ces entrefaites, elle apprend la trahison de son époux; scène violente où toutes les rancunes accumulées se déversent brutalement. La femme exige, ou la fidélité de
son époux, ou sa propre liberté ; le mari refuse celleci et ne veut point promettre celle-là. Ouvertement, il retourne auprès de sa maîtresse, et alors, Louise, avec dégoût, mais par vengeance, inflige à son mari la trahison qu'elle en a soufferte. Après quoi, les deux époux se retrouvent, se querellent encore et, finalement, se séparent pour jamais.
Telle est cette comédie dramatique : avec son point de départ, ses péripéties et son dénouement, on pourrait n'y voir — selon le mot prétentieux fort à la mode àprésent, — qu'une « tranche dévie, «découpée par un auteur sombre dans un ménage mal assorti. Deux époux quines'aimentplus, qui se disputent, ç[ui^e trompent réciproquement et qui s'en vont chacun de son côté, ce nje§|5^lJ«t4uUîait, cêiâJiO-^COiï^iiê"» ce n'est pas une raison pour changer les lois du mariage : il faudrait modifier beaucoup plus que le code et les mœurs pour supprimer ces tristes aventures ; il faudrait trans former le cœur et la chair de l'homme et de la femme. Or, il n'est point de si hardis réformateurs qui aient encore osé réclamer de tels bouleversements. Mais n'oublions pas que M. Jules Case a la prétention de prouver que « le conflit entre l'homme et la femme » aboutit logiquement à « une nouvelle codification » des droits mutuels de l'un et de l'autre. Aussi, de par la volonté de l'auteur, la « tranche de vie » qu'il nous sert est érigée à l'état de démonstration ; C£ ménage désuni devient un spécimen du ménage contemporain ; Louise et Henri ne sont plus des individus quelconques, ce sont des^typgs ; leurs vrais noms sont la Révolte^ei VAiitorité. « Le sujet, dit fauteur luimême, est un duel, un duel à outrance, la Révolte contre l'Autorité. »
Que veut la révoltée? Tout simplement, Tégalité entre l'homme et la femme, et elle dévelope ainsi son idée : « Deux choses no peuvent être égales que si elles sont identiques. Gomment identifier l'homme el la femme, si ditïérents l'un de l'autre ? On y arriverai: en leur imposant les mêmes actes et les mêmes devoirs. Le travail est reconnu nécessaire à l'homme... Qu'il le soitégalement pourla femme. Voilà un excellent point de départ. » Soit, pour le poiot d3 départ. Mais le point d'arrivée? Le point d'arrivée, c'est que la femme, à l'exemple de l'homme, exercera un métier. Chacun des deux époux aura son occupation en dehors du ménage et s'en ira à son atelier, à sa boutique, à son bureau, pour gagner sa vie. Et, conséquence logique, alignée triomphalement par l'auteur qui croit avoir découvert un irrésistible argument, la femme désormais, se passant de la protection, qui constitue l'apport légal du mari, aura le droit de reprendre à la communauté son apport légal, à elle, qui est l'obéissance. Elle ne doit donc plus obéir, et sa révolte est «légitime. >>
Et puis, après tout, si la révolte de la femme avait besoin d'une autre justilication, elle la trouverait, décisive, absolue, dans la conduite du mari. Le mari de notre époque, exclusivement préparé par l'éducation moderne à la lutte âpre et exaspérée pour la vie, écrasant sans pitié les faibles et les petits pour atteindre son but, le mari de notre époque, au dire de l'auteur, est un être brutal, autoritaire, « une sorte de barbare civilisé. » C'est bien le caractère, en elîet, dont M. Jules Case a plombé son Henri Deschamps.
Cet homme a toujours, pour commander, le ton impérieux ; non seulement il trompe sa femme, mais
encore, infidèle et tout résolu à persister dans sa trahison, il exige une obéissance entière, immédiate. Et, quant aux revendications de Louise, il les juge ainsi (non dans la comédie, mais dans la brochure) ; « Qu'elle se taise et qu'elle accomplisse sa tâche, comme je remplis la mienne. Qu'elle me serve de l'amour quand j'en veux, et tout de suite, de même qu'une servante m'apporte la soupe quand j'ai faim. » ... Voilà, n'est-il pas vrai, un vilain personnage. Or, n'oublions pas qu'Henri n'est pas seulement le mari de Louise, il est le type du mari ; ii est plus encore, il est le spécimen accompli de l'Autorité maritale.
Tout cela est profondément absurde.
Sans doute, il existe des maris violents, impérieux, dont la parole autoritaire excite ù la rébellion toutes les fois qu'elle invite à l'obéissance. Il y a, nul n'en disconvient, des Henri Deschamps, Mais la^lÊKUïLe acariâtre, insupportable, gi.raffùtde la contradiction, toujours prête à quereller, est-elle un mythe, une légende?. . . Alors ? Faiii-il donc, au prolit de ces caractères mal faits, changer les lois du mariage ? Et, parce que, dâns^cëî^fâTns intérieurs, les défauts de la femme et du mari se heurtent violemment, doit-on bouleverser tous les intérieurs, abolir l'autorité maritale et proclamer l'indépendance absolue de l'épouse?
Il est vrai qu'Henri Deschamps, d'après 1 auteur de la Vassale, est le mari spécimen; il est le type du mari moderne et, par conséquent, de l'autorité. Vraiment?... Mais c'est là précisément ce qu'il faudrait prouver et ce dont M. Jules Case a tout à fait négligé la démonstration. Et même, il a commis, agissant de la sorte, une grave injustice : il détourne en effet,
contre le principe d'autorité, toute l'aversion que mérite un mari violemment autoritaire. Encore une fois, il se trompe et il a tort. L'autorité existe, elle est respectable, indépendamment de celui qui l'exerce ou qui la revendique. Henri Deschamps est condamnable, il exagère ses droits, il en abuse ; mais ses droits n'en existent pas moins. De par la loi divine jgt la loi natu" relie, il faut un chef au ménage et ce chef est le mari. Henri Deschamps, au point de vue théorique, est dans le vrai. C'est même là qu'il est supérieur à Louise ; celleci, en effet, aussi exaspérante au fond que son mari est brutal, a en outre le tort de soutenir une opinion erronée. Elle est dans le faux en revendiquant une indépendance à laquelle son Créateur ne l'a point destinée; elle est dans l'absurde en réclamant une égalité que lui a refusée la Providence. Mais M. Jules Case a exactement retourné les rôles et renversé les principes ; il accumule tout l'odieux sur le mari et, en même temps, sur l'autorité qu'il incarne ; il s'efforce d'orienter toutes les sympathies sur la femme et, par le fait, sur la rébellion quelle représente.
Pourtant, me direz-vous, M. Jules Case a raison dans son « point de départ »: le travail est la loi de la femme aussi bien que de l'homme. Assurément! Mais il en tire une conséquence absolument fausse, quand il en conclut que la femme doit gagner sa vie hors de la maison. '
Faut-il le prouver? Prônons le cas de Louise: elle a un ménage, elle a une enfant. Quel soin prend-elle du ménage? Aucun. Son mari, après deux ans de mariage, a dû prier sa mère do venir habiter avec lui, pour tenir la maison. Est-elle occupée de son enfant? Bien peu. Le Ion dont elle en parle et la façon
dont elle se résigne à s'en séparer, au dernier moment, après un petit couplet sentimental, tout nous démontre amplement qu'elle ne remplit envers sa fille à peu près aucun des devoirs maternels. Durant le premier acte, on voit cette pimbêche exposer ses théories sur l'indépendance de la femme et raconter avec profondeur qu'elle a l'ambition de prendre un métier pour s'égaler à son mari, tandis que sa bellemère est en tournée chez les fournisseurs et que sa bonne accompagne l'enfant.
Oui, la femme, autant que son époux, doit « gagner sa vie, » selon le mot de M. Jules Case, et le pain qui la nourrit doit être le fruit de ses labeurs. Mais la Providence a placé les labeurs de la femme au sein de la maison. L'épouse a d'abord tous les ennuis, les sujétions, les charges et les douleurs de la maternji^ Ce n'est pas tout : la femme est la gouvernante de sa maison, elle est l'éducatrice de ses enfants ; je dis plus, elle est leur première et leur meillemre « bonne ». Et je maintiens qu'à toutes ces besognes, elle gagne amplement sa vie. Or, tout cela n'est ni cornmun, ni vulgaire ; outre que c'est le devoir etque rien n'est servile et bas, si on l'accomplit pour obéir à Dieu, la tâche de la femme a, dans sa modestie et sa simplicité, une grandeur vraiment sublime. En tout cas, encore un coup, c'est la tâche imposée par le Créateur, et Louise Deschamps serait plus sage et plus intelligente aussi, en s'y soumettant simplement, sans phrases. Quand on voit cette femme avouer, quelque part, son besoin de se « créer un but, une réalité, une raison d'être »... et qu'on se souvient qu'elle a une enfant, et qu'on s'aperçoit qu'elle n'y pense point ! mais c'est monstrueux I Ailleurs, cette
insupportable personne affirme, avec prétention, voulant se définir et posant pour la femme incomprise et supérieure : « Ce que je suis?... Une femme, extrê mement femme!...-» Exy-ùmLMUi ni femme, i^lie, qui ne sait se montrer ni épouse, ni mère, allons donc ! '
M. Jules Case, il est vrai, méprise énormément ces déplorables lieux communs, que de prud'hommesques littérateurs et des philosophes bourgeois vont se répétant de siècle en siècle... Évidemment toutes ces théories sur la femme et son devoir essentiel ont le défaut d'être très vieilles, aussi âgées que la condition chrétienne de l'épouse; on en peut chercher l'origine à l'Évangile même ; elles auront bientôt deux mille ans, c'est vrai. Mais M. Jules Case imagine-t-il par hasard que l'orgueil, inspirateur premier de sa Vassale, est beaucoup plus nouveau? Qu'il se détrompe, en ce cas : l'orgueil remonte, lui, jusqu'au Paradis terrestre et compte donc six mille ans bien sonnés. Nos idées sont encore les jeunes...
... Maisj'ai dit trois mots tout à l'heure où l'on doit s'arrêter ; « la condition chrétienne de l'épouse. » Ils renferment la solution du problème autour duquel M. Jules Case a tristement divagué. — « Ce n'est pas d'aujourd'hui, ni môme d'hier, a-t-il éci it dans sa brochure, que la femme est rentrée en posses^ion de son âme, qu'on a relevé sa condition. » En effet, ce n'est point d'hier, c'est dès le christianisme naissant ; le relèvement de la femme a été opéré par les disciples du Sauveur, en même temps qu'ils redressaient toutes les iniquités sociales dont le paganisme avait fait le fondement des peuples. Les esclaves, sous leurs mains, étaient élevés au rang des hommes libres ; et la femme servante, enchaînée par les mœurs, deve-
nait l'épouse, honorée de tous, aimée et respectée de son époux. Et, depuis lors, la femme est restée, dans toute maison soumise à Dieu, la reine du foyer, jouissant, sous la loi de l'obéissance acceptée librement, de cette belle et charmante indépendance dont les révoltées ne connaîtront jamais la douceur. Ne cherchant pas à se raidir contre le principe d'autorité, elle est rarement réduite à obéir. Dans le ménage uni selon la loi de Dieu, le mari a grand soin de conformer ses ordres ou plutôt ses désirs à la volonté de sa femme, et la femme est toujours prête à conformer sa volonté propre aux désirs de son mari. Et les choses vont ainsi, tout naturellement, sans dessein préconçu ; car, la femme sachant qu'elle doit obéir, le mari nïgnore pas qu'il n'a pas besoin de commander. Si l'auteur de la Vassale en est encore à chercher sa solution, nous lui conseillons de s'orienter vers cet idéal chrétien ; il ne trouvera pas mieux que l'Évangile.
Et, en terminant sur ce point, je voudrais opposer aux théories de la Vassale une simple et courte citation de Louis Veuillot. C'est un fiancé qui parle à sa fiancée : « Je suis chrétien, dit-il, et je parle à une chrétienne. Je ne me ferai pas tort dans votre cœur en vous disant que je prends comme un devoir cette sage disposition de la Providence, rappelée par l'Eglise, qui attribue à l'homme l'autorité dans la maison.
» Non seulement le bon ordre et la décence l'exigent ainsi, mais avec le caractère que j'ai, cette pleine autorité qu'il faut me laisser est nécessaire à votre bonheur. Je serais le plus insupportable de§ esclaves ; je serai le plus soumis des maîtres. »
Si Henri Deschamps avait tenu ce langage à sa fiancée, je crois que leur ménage eût été plus uni. Mais ils étaient incapables, Henri de prononcer un pareil discours, Louise de le comprendre. Ils avaient le malheur de n'être pas chrétiens.
On en pourrait dire autant des Trois filles de M. Dupont, dont M. Brieux nous a conté les mésaventures", dans une de ses pièces les plus amères et les plus désespérantes : à elles aussi, la foi leur manque. A dire vrai, l'une des trois héroïnes est ce que le théâtre et le roman modernes appellent une dévote ; mais entre ces dévotes ultra-conventionnelles et les simples chrétiennes, il y a tout l'abîme qui sépare d'un portrait de maître une mauvaise caricature. La « tranche de vie » bourgeoise, que nous sert, dans celte comédie, M. Brieux, peut donc se rapprocher de la Vassale. ¥à\q a d'autant plus de titres à ce rapprochement, qu'elle aborde, elle aussi, de front, la question du mariage et la question du féminisme. En etl'et, les d(''plorables conditions du mariage, tel qu'on le pratique ou qu'on le marchande, au sein de la petite bourgeoisie ; par conséquent, la triste situation de ces jeunes filles qui ont reçu, pour la plupart, une éducation supérieure à leur dot, voilà tout le sujet des^ Trois, filles de M.. Dupont. Ce M. Dupont est un modeste imprimeur de petite ville, assez mal en ses aU'aircs ; intéressé dans des proportions presque féroces, il a le cerveau étroit, le cœur égoïste et rinlclligence commune. H est pourvu de trois Mlles : Caroline, Angèle et Julie. Caroline est la prétendue dévote. Déjà vieille à trente-quatre ans,
ridicule de ton, de démarche et d'habit, étroite et sèche. Angèle, sa cadette, a jadis commis une faute, et, « comme il devenait impossible » d'en cacher le fruit, son père l'a chassée ; elle a versé dans le demimonde. Enfin Julie est une jeune fille en âge très nubile, à l'âme romanesque, altérée du désir de trouver un mari, un peu pour le mari lui-même et beaucoup pour les enfants.
Or, au premier acte, chez les Dupont, M. et madame Mairaut viennent demander la main de Julie pour leur lils Antonin. La scène est un écœurant marquinonnage entre les deux couples de parents qui cHerchent avec ardeur à se « rouler » réciproquement. M.HarmiTesl un petit banquier, })as très fortuné, mais très niais, que sa femme agite et fait parler comme une marionnette. Ils n'ont qu'un but, les Mairaut : placer leur fils avantageusement, par affection pour lui, bien entendu, mais surtout, par affection pour la banque. Ils ont, pour atteindre ce but, maints procédés canailles. Ainsi, Antonin possède un oncle « à héritage », estimé riche et réellement à sec 5 on laissera aux Dupont le décevant espoir de cette fortune évanouie. De leur côté, les Dupont n'y vont pas avec plus de franchise ; ils ne peuvent donner que 25,000 francs, plus une bicoque à demi ruinée, ils y ajoutent sans rougir 30.000 francs, payables dans six mois ; mais M. Dupont se garde bien d'appuyer d'un écrit celte promesse et a grand soin de ne donner^ue sa parole.
Restent les principaux intéressés. Antonin est absolument d'accord avec ses parents, mais Julie? Oh ! pour Julie, ce ne sera pas long, Dupont veut absolument ce mariage : un cousin des Mairaut peut en
effet lui obtenir les foumitures de radministration, ce qui remettra l'imprimerie à flot. Donc... cette union fera le bonheur de sa fille. Aussi, en un quart d'heure, après lui avoir répété dix fois qu'elle est absolument libre, il l'a ti bien poussée, bousculée, morigénée, ahurie, abasourdie, que la pauvre enfant, n'osant pas demander le temps de réfléchir et séduite en même temps, sinon par le mari, du moins par le mariage, est toute résignée à M. Antonin, Alors, bien vite, on prépare une entrevue entre les deux jeunes gens; ceux-ci, qui, tous deux, sont secrètement décidés au mariage et qui bientôt s'uniront pour la vie, nfi^§f)ngent. pas même à se connaîtjrej ils ne cherchent qu'à. se tromper; chacun d'eux maquille, ant.int qu'il peut, son caractère, affecte des goûts qu'il u'a point, ment avec assurance et tranquillité... Et le mariage est conclu.
D'une union préparée de la sorte, on prévoit ce qu'il advient: le mari est brusque, autoritaire, égoïste, avare ; aucune délicatesse dans son esprit, ni dans ses sentiments. Julie, tout de suite, est froissée jusqu'à l'intime ; elle n'a jamais aimé cet homme, elle se sent bientôt prête à le haïr ; une invincible répulsion fait tressaillir sa chai r^ tandis que la révolte envahit sa pensée^ Lui ne s'aperçoit de rien ; c'est un sot, qui n'aime sa femme, au fond, qu'avec ses sens et ne la connaît pas. Une série de scènes épisodiques, alertement menées, montrent la situation s'envonimant de jour en jour. De l^r côte, les deux couples de parents s'cntre-querelleut à leur tour. Le délabrement de la bicoque, ajoutée par Dupont à la dot de sa lille, éclate aux yeux de tous : fureur des Mairaut. La ruine du fameux oncle à héritage est révélée : fureur des
Dupont... Bref, après des discussions d'une violence et, parfois, d'une crudité sur laquelle je n'insiste pas, Julie réclame le divorce.
Mais le divorce ne convient pas le moins du monde aux Mairaut. Songez doncl et la dot qu'il faudrait rendre ! et la banque, affaiblie à la fois d'estime et d'argent, qui pour le coup sombrerait sans remède! Aussi, la mère d'Antonin vient-elle immédiatement déclarer que son fils attend Julie au domicile conjugal, qu'il est prêt à la recevoir quand il lui plaira de revenir, et quoi qu'elle ait pu faire, enfin qu'il ne demandera point le divorce et ne fera rien qui fournisse un prétexe à le plaider contre lui. Avant tout, gardons l'argent. — « Qhl les rosses ! » s'écrie Dupont, qui comptait sur la dot restituée pour remettre un peu ses affaires; — ce qui prouve, en premier lieu, qu'à la p'ace des « rosses », il eût agi comme elles, et, secondement, que tous çes gens-là sonLde franches canailles. Tous, non; car cet honnête et pacifique imbécile de Mairaut éclate à la fin, soulage sa conscience et déclare aux Dupont que, si l'on ne parvient pas à réconcilier les époux, il rendra la dot.
Mais sur ce, paraît Angèle. Un héritage a ramené, pour un jour, au foyer paternel, la coupable autrefois chassée; et les trois filles de M. Dupont se trouvent réunies... pour un trio de lamentations. Julie dégonfle son cœur de l'amertume accumulée par ce mariage odieux. Caroline avoue que la dévotion lui a laissé l'âme affreusement vide et Angèle pleure à sanglots sa vie horriblement gâchée.
El, alors, Julie, reculant devant les tristesses et les affronts de la solilude « vertueuse «, et craignant
les chutes et les déceptions du « plaisir » coupable i prend le parti de se résigner au mariage.
Conclusion claire : les filles de petits bourgeois sont fatalement~coridamnées, neuf fois sur dix, à des maT'iâgès qui leur font la vio malheureuse. La thèse esPclle vraie?
Evidemment, le mariage ain;i négocié, fondé sur la fourberie, après des démarches où, je ne dis pas seulement l'amour, mais encore la mutuelle estime et le souci des caractères sont absolument écartés, doit aboutir au dénouement que nous montre la comédie. M. Brieux a eu raison de déclarer tout haut que, si tant de ménages sont mal assorlis et tant d'unions si promptement rompues, laJiuiio^ea est aux parents que le prurit de la fortune aveugla sur les autres condilimis du mariage et aux liancôs qui se pxêtèront à ces louches combinaisons.
Le tableau que M. Brieux nous présente ici d'un certain mai iai:c ist donc vrai, vrai comme la vraie deifiiipliou d'un cas particulier. Mais il est jaux quand il est g^énéraHsé; quand, de ce mariage, on lait le type du petit mariage bourgeois.
(Ju'uu certain nombre d'unions soient conclues selon cette méthode, hélas! il faut bien le reconnaître; et, d'ailleurs, dans notre société matérialiste, n'ayant plus, après le culte aboli du vrai Dieu, que le culte de la fortune, il n'est rien de moins étonnant que ces alliances fondées sur le mensonge. Mais cnlin, il y eu a d'autres, et beaucoup. Tous les petits bourgeois ne sont point des canailles, comme les i)ersonnages do M. Brieux, qui a poussé l'excès jusqu'à ne nous montrer la vertu. — et si relative, grand Dieu ! — que sous Jea traits de la bélise.
Bien des parents, hélas ! en mariant leurs enfants, font la part trop grande à la fortune et à leurs convenances personnelles; mais tous n'ont pas l'intention de « rouler » sciemment, cyniquement, les parents de l'autre partie j la plupart consultent leur fille ou leur fils et ne les forcent point à se décider en un quart d'heure; ils ont quelque souci de préparer du bonheur au futur ménage. Et, enQn, combien de mariages, et je ne parle pas seulement des mariages d'inclination, se concluent sans âpreté ni égoïsme.
Donc, si M. Brieux a mis sur la scène un tableau vrai dans certains cas, il^jeu toxl, et il a témoigné de trop de pessimisme, en donnant ce tableau, non comme un portrait particulier, — ce qu'il est, — mais c£mrae un typ£, général.
Pessimiste encore M. Brieux, quand il soutient qu'en dehors du mariage, il n'existe point, pour les filles mal dotées de la bourgoisie, des conditions de vie heureuses ni sortables.
Ne parlons pas de la galanterie que l'auteur a eu l'inspiration déplorable, et qui surprend chez lui, de mettre en par2iiièi& .avec la déootioa. Mieux vaut ne pas appuyer sur un manque de tact aussi fâcheux. Reste le célibat. Je crois que là encore il serait cruel d'insister. M. Brieux, cet observateur habituellement si affiné, si sûr, a vraiment défailli, dans le portrait de sa dévote, au-dessous de lui-même. Ce type, au lieu de le chercher dans la vie réelle, il l'a pris tout fait dans un grand magasin de confections pour littérature.
Et puis, M. Brieux paraît ignorer qu'il existe, à côté du célibat dans le monde, un autre célibat
dans les cloîtres. A coup sûr, lej^couyent n'est pas une profession qu'on embrasse au gré de son plaisir ou de ses intérêts; c'est une vocation où Ton est appelé par Dieu. Mais enfin le nombre est encore assez grand des jeunes filles auxquelles la Providence ouvre ce refuge ou plutôt cet apostolat, pour qu'on doive en tenir compte. Toutefois, pour buriner exactement la dévote et pour parler dignement de la religion, il manque à M. Brieux d'être chrétien. Dans l'examen de ses pièces, on est toujours arrêté par cette lacune irremplissable.
Mais il me hâte d'arriver à une autre comédie de M. Brieux, où son pessimisme, aussi amer et aussi noir que dans les Trois filles de M. Dupont, est à la fois plus juste et mieux inspiré. Je veux parler de la [petite Amie ; nous quittons ici le féminisme bourgeois pour le féminisme ouvrier.
J'ai déjà dû m'occuper do cette pièce, au point de vue de l'autorité paternelle, et j'ai noté que la Petite Amie traitait tout ensemble et de ce gros problème et d'une autre question.
Cette autre question, c'est la situation des jeunes Muviières embauchées dans les grands" atefierT*de mode. ^
M. Brieux nous introduit dans l'uu de ces grands ateliers et nous fait assister au babillage des jeunes filles. Il nest guère sujet, dans leurs entretiens, que de leurs « bons amis »> rcspecti^ï et des succès de leurs anciennes camarades parvenues à des situa-
lions élevées, dans le monde des petits théâtres, des cafés-concerts ou, tout crûment, de la galanterie.
« Savez-vous qui j'ai rencontré?.., Marie Lamare... Elle a maintenant chevaux et voitures. — Y en a-t-il qui ont de la veine ! — Et ellej)ortejle„3 chapeaux de. deux cents francs. — Gela vaut mieux que de gagncriifôis francs par jour à les fabriquer. »
Telles sont les nouvelles et les réflexions qui s'échangent autour des tables et des comptoirs. Et ces demoisf lies n'ont pour leurs anciennes camarades aucun mépris, elles les admirent. On ne plaint pas ces déchues, on les envie.
Au surplus, les ouvrières qui n'ont pas encore obtenu cet avancement ne se font pas faute d'entretenir une liaison suivie, ouverte, affichée presque, avec un commis ou un employé du voisinage. Et, à la façon dont elles en parlent, on sent que celte conduite est, à leurs yeux, des plus naturelles, — on dirait volontiers des plus obligatoires.
Il faut bien vivre, en effet, et le salaire quotidien paraît si maigre à ces appétits et surtout à ces coquetteries de vingt ans!... Du reste, il est positif que le salaire est vraiment trop médiocre ; et si vous tenez à savoir pourquoi, écoutez ce simple dialogue entre une ouvrière encore vertueuse et sa patronne, — une brave et digne femme, au dire de M. Brieux, ni plus malhonnête, ni plus méchante que la plupart des autres.
Celte bonne dame avertit la nouvelle venue que les « clientes aiment à voir des vendeuses gentiment habillées ». — « Mais, madame, avec ce que je gagne »... essaie de prolester la pauvre fille. Sur quoi, la patronne, ahurie : « Gomment, se récrie-t-elle,
avec ce rue vous gagnez!... Mais, mon enfant, à ce prix-là, j'en aurai tant que je voudrai, moi, des vendeuses, et bien attifées, je vous en réponds. Comment font-elles, celles-là? — Vous le savez bion, madame, comment elles font », soupire amèrement Touvrière. A'*cë~c(Tup droit, la patronne évite de répondre et, haussant les épaules, elle conclut simplement, d'un ton catégorique et douceâtre : « Entre deux demoiselles de magasin qui vous demandent le même prix, qui sont aussi intelligentes l'une que l'autre, vous prendriez celle qui a la meilleure tenue, n'est ce pas?.... sans compter qu'il y aura des chances pour que la mieux habillée soit la plus débrouillarde... Enlin, arrangez-vous! »
Et voilà ! Voilà de quels exemples et de quels entretiens les petites ouvrières, à leur début dans la vie, sont enveloppées, sont circonvenues, sont obsédées; voilà par quelles nécessités abominables elles sont prises.
Et ce n'est pas tout encore, il y a le patron ; il y a le gros fournisseur ou le gros client, chez qui l'on ne craint pas d'envoyer ces jeunes lilles.
« Nous, déclare une de ces demoiselles en parlant d'un individu particulièrement odieux, nous pouvons encore lui échapper. Mais les placières... — Oh ! les placières, a'jhôve une autre ; c'est réglé comme un papier de musique. Si elles sont laides, il ne leur achète rien ; alors, M. Logerais les met à la porte... Et si elles sont à peu près, c'est pour elles à prendre ou à laisser. »
Quant au patron lui-même, nous n'avons pas besoin des bavardages de l'atelier pour le connaître ; l'auteur de la Peh7e Amie le fait agir presque sous
nos yeux. Tantôt nous le surprenons en galanterie réglée avec une ouvrière qui adéjà faibli ; tantôtnous le voyons insidieux et menaçant contre une ouvrière qui résiste.
Celle-ci, honnête et malheureusement naïve, pousse même la résistance jusqu'à invoquer le secours de « Madame ». Elle est bien reçue ! « Chez moi, lui dit la patronne, il faut qu'on se défende soi-même. » Et cette femme, à qui l'auteur prétend accorder une probité moyenne, prévient la pauvre enfant que les victimes élues par son mari sont toujours en péril d'être chasséeSjL.par le patron, si elles se défendent, ou par la patronne, si elles succombent.
Telles sont les couleurs sous lesquelles M. Brieux a représenté la situation de ces ouvrières. II a eu raison de peindre ce tableau. Il ^Jait oeuvre saine et courageuse, en forçant l'opinion bourgeoise, indillereiiteet quelquefois complice, àfixerles yeax sur ces horreur? et ces ignominies, à jeter la sonde au fond de ces abîmesr"Car, il ne faut pas s'y tromper, l^dfisfiti^yian estjn;|ie,. Interrogez les écrivains que des enquêtes sociales ont conduits dans ces bagnes d'immoralité : interrogez les prêtres que le confessionnal a fait pénétrer dans l'âme en détresse des innocentes livrées à ces périls ; ils vous répondront ce que l'un d'eux me disait naguère : « Hélas ! M. Brieux n'a pas tout dit. »
Cependant, s'il est vrai que l'auteur dramatique a laissé encore à glaner dans celte moisson navrante, on peut regretter, néanmoins, qu'il n'ait pas entrouvert au milieu de ces ombres, une seule éclaircie. A l'en croire, il n'y aurait aucun refuge entre tous ces écueils ; il n'y aurait aucune fille innocente au sein de ces malheureuses ou de ces délurées.
C'est excessif et donc injuste. Il se rencontre aussi des ateliers honnêtes; des apôtres, au dévouement plein de tact et de générosité, travaillent ave: succès à en augmenter le nombre. Et surtout, il se trouve, parmi les tentations les plus hideuses et les plus lancinantes, des âmes pures, des âmes héroïques. Il y a des vierges qui passent au milieu de cette boue, le front haut et les yeux baissés, sans rien voir, sans rien enteniJre et sans même emporter une éclaboussure aux franges de leur robe !
— Mais, de ces filles honnêtes, objecterez-vous, M. Brieux a montré un exemple.
Attendez la lin. Je n'ai pas tout dit. Oui, Fauteur de la Petite Amie nous fait voir une jeune ouvrière assez ferme et assez vertueuse pour repousser les galanteries du maître et pour résister àTinfluencedélétère de l'atelier. Mais cette ouvrière, — on Ta vu plus haut — est une senlimcnla'e, qui ne tient pas contre les séductions de l'amour.
Après avoir triomphé des menaces et des entraînements de l'exemple, elle est vaincue par la passion sincère et les déclarations attendries du fils de son patron.
Il est vrai que, pour M. Brieux, cette chute ne doit pas être cou&idérée comme une faute ; en obéissant aux impulsions du cœur, on ne cesse pas, d'après lui, de demeurer honnête.
Mais cette indulgence ne démontre qu'une chose; c'est que le rude auteur de tant de satires vigoureuses et mordantes, où sont ll.igellés les mensonges et les improbités contemporaines, élargit et assouplitjjjigulièrement sa morale, quand il s'agit de l'amour. En soutenant cette opinion fâcheuse, il se déprécie lui-
même; il ne refait point, à son héroïne, une virginité. Or, l'auteur de la Petite Amie, pour être juste, aurait dû nous montrer de vraies innocentes.
Cependant, malgré ces critiques, il faut répéter que M. Brieux a eu raison d'appuyer le doigt sur cette plaie sociale, que l'égoïsme et la sensualité de la bourgeoisie s'efforcent de couvrir et qui, chez un peuple aussi fier de sa civilisation, constitue le plus criant et le plus honteux des scandales.
De même, il a témoigné d'une salutaire audace, en osant porter sur la scène un sujet qui, d'un côté, semblait bien difficile à enfermer dans le moule dramatique et qui, d'autre part, aliait heurter de front, — par les idées saines et hardies que l'auteur affirmait, — les habitudes et les mœurs de la bourgeoisie incrédule et jouisseuse. Je veux parler d'une question qui, pour ainsi dire, est féministe par les deux bouts, touchant d'un côté au peuple et, de l'autre, à la bourgeoisie : la question des nourrices, ou plutôt, des Remplaçantes.
TTiPpouvait aborder sur plusieurs points ce gros problème. Avant tout, l'auteur a voulu mettre en clarté les ferments de désorganisation morale, physique et sociale, qui naissent et mûrissent dans les villages où fleurit l'industrie nourricière. Ji y a,^en effet^ des populations qui font des nourrices, comme il y en a qui élèvent des vaches.
C'est dans un bourg de ce crû que M. Brieux nous transporte. On y produit la nourrice avec beaucoup d'ardeur et de succès. Cependant, Lazarettc Planchot, qui s'est mariée dans le pays, mais qui vient d'une
province où Ion ne connaît pas ce commerce, a pris la résolution de garder son lait pour son enfant. Or, son oncle François, dont le mélier consiste à trouver des « nourritures » aux villageoises et des « remplaçantes » aux dames, offre à Planchot, pour Lazarelte, une place inespérée ; sous la pression du père Planchot, vieux paysan finaud, rude et avaricieux, la jeune mère, après une scènede révolte et de larmes, accepte et part.
Nous la retrouvons à Paris, dans une famille aisée, qui la tient à l'engraiS; pour que le nourrisson pro- .jQte. En son absence, un télégramme arrive à son nom, qui lui annonce une maladie de son bébé. La dépêche est ouverte et lue par ses maîtres qui, préférant l'intérêt de leur propre fils à celui du petit paysan, commencent par cacher la nouvelle. Mais, quelques heures plus lard, une lettre parvient à « Nounou, » qui lui apprend rindisposition de son enfant et l'amène à découvrir la canaillerie de ses « bourgeois ». Aussitôt, la voilà partie.
Au village, elle a la joie de trouver son petit mieux portant, mais le chagrin de voir son mari débauché par les camarades et par la voisine. Elle a reconquis son « gosse ; » il faut maintenant qu'elle rattrape son « homme ». En deux tours de main, la besogne est proprement accomplie; femme de tète et de poigne, elle a chassé l'intruse et les compagnons d'estaminet. Au fond, son mari n'en est pas lâché et c'est avec plaisir qu'il ap()rend que Lazarettc a résolu de rester au pays. Les parents du petit parisien remplaceront la « remplaçante » et celle-ci ralïcrniira son foyer qui menaçait ruine.
Telle est la charpente de la pièce.
98 LES PRÉDICATEURS DE LA SCÈiN'E
De cette analyse, un premier enseignement se dégage. On y voit que la paresse et la frivolité des parisiennes ont pour contre coup de porter le désordre au sein des familles rurales et de risquer la vie des petits paysans.
Mais ridée se précise et se complète en plusieurs épisodes et surtout dans les tirades et les répliques du docteur Richon. Ce docteur Richon, modeste et intelligent praticien de campagne, est tout simplement le porte-ypix Je M. Brieux. Médecin du village à nourrices, il se rencontre à point dans Paris pour tomber au milieu des mondaines et leur infliger avec politesse une forte leçon, tour à tour narquoise et véhémente. C'est lui qui résume la pièce.
Voyons donc, avec lui, le mal que M. Brieux avoulu flétrir et quel remède il prétend lui appliquer.
La source du mal est dans lgt.,paresse etla coquetterie ^fiS ["""^ffiinpfff T'^ û ayant à peu près aucune occupation sérieuse, ne trouvent pas le temps d'allaiter leurs petits. Le médecin de ces dames essaie de le faire comprendre à son fruste et savant confrère : « Une femme un peu répandue dans le monde a dg^^jjfiïôirs vis-à-vis de ce mon^^ vis-à-vis d'elle-même, vis-àvis de son mari, si vous voulez. ^ '^^JjgytifiP^ntu r'frt la claus^tralion forcée pendant. ain .an. Vous ne pouvez raisonnablement pas demander cela à une femme jolie, spirituelle, ambitieuse. On n'a pas le droit d'exiger d'ellele sacrifice de sajeunesseetde sabeauté parce qu'un hasard malheureux l'a rendue mère. » A quoi le docteur Richon se borne à répliquer : « Du moment qu'à Paris on appelle ça un hasard malheureux... n
Au surplus, l'insouciante immoralité des maris
mondains porte aussi son [joids. a Le plus grand ennemi de l'allaitement maternel, réplique au docteur une des parisiennes quïl cherche à convertir, c'est le mari... Il proclarnela jeune mère fort respectable, mais il la délaisse pour aller voir des demoiselles qui ne^le sont pas. »
Or, celte obturation de l'instinct maternel et cette lâche ardeur à la jouissance, ont, lulas, découvertun complice empressé dans l^âprelé au gain des populations rurales. « L'argent, s'écrie Lazarette, exaspérée des objurgations de son beau-père et de son mari, l'argent... pour en avoir un peu plus, vous vendriez tout, jusqu'à la santé des petits... Les filles, chez nous, quand on les marie, ne sont pas comme des femelles d'animal qu'on mène au mâle pour tirer profit de leur lait... On dit qu'à Paris il y a des hommes qui vivent au crochet des femmes, vous êtes pareils. »
Et c'est ainsi que le funeste exode a commencé, des mères allant ollrir à des inconnus, pour un peu d'or, le lait qui appartient d'abord à leurs petits. L'habitude a émoussé le sentiment maternel, et certaines villageoises en tombent à fte considérer chez l'enfant que l'instrument qui remplit les mamelles.
Cette plaie sociale porte ses ravages aussi bien dans les familles où pénètre un lait étranger, que dans le foyti- déserté par la nourrice.
Le fléau, chez les riches, atteint d'abord la mère ; en tarissant dans son sein la fécondité que la l'iovideni:e en faisait jaillir, elle y introduit souvent dos maladies que M. Brieux appelle à bon droit « les revanches de la nature trichée ». Il s'abat sur l'enfant, qu'on expose à des périls dont on protège avec soin les animaux de pri.v. Ecoulez le bon docteur : « Un
éleveur ne mettrait pas lo produit d'un pur sang à la mamelle d'une jument de fiacre — et cependant vous, vous faites sucer à votre enfant le lait d'une femme... dans le verre de laquelle vous n'auriez pas voulu byire ' • • . »
Dans les villages où Ton vit de cette industrie nourricière, — à moins qu'on n'en meure, — le mal est bien plus terrible. Encore une fois, laissons parler le D"" Richon : « Si je suis ardent, c'est que, depuis quarante ans, j'assiste à la démoralisation des paysans qui vivent à côté de moi, démoralisation causée par la sépaj:âti.Qn de la femme et du mari..., c'est que, depuis quarante ans, j'assiste à larnort de pauvres petits innocents qui vivraient si leur mère ne leur avait pas été prise et qui sont la rançon, — ignorée par vous, — de vos joies et de vos loisirs. »
Combien, d'ailleurs, parmi ceux qui survivent, traînent pendant longtemps des germes de faiblesse, effet des maladies infantiles dont le lait maternel aurait pu les garder! Sans parler de contre-coups plus durs encore et plus profonds ! N'a-t-on pas vu parfois toute une famille entière empoisonnée par le vice héréditaire qu'un nourrisson portait dans son sang ?
Et la corruption des enfants plus âgés, que la mère abandonne au père et que le père, au cabaret, abandonne au vagabondage!... Une plaie sociale a des conséquences indéfinies.
Mais, comment la fermer, cette plaie? M. Brieux n'a pas voulu se dérober à cet ardu problème. Il exige d'abord une plus stricte application de ,iâ.ii)i Roussel, qui veut que la nourrice, avant de quitter son enfant, l'ait allaité pendant sept mois.
Mais il ne tient pas ce petit moyen pour suffi-
sant. Voici son grand remède : « Il faudrait, s'écriet-il, avec chaleur et fermeté, que reliai tement.naat.ei'nel fùt çonsidéi'é comme le service militaire des femmes. Avant 1870, un homme riche avait, en France, le droit de se soustraire à l'impôt du sang et de s'acheter un homme, comme on disait alors. Il n'y a plus de remplaçants, il faudrait qu'il n'y ait plus de remplaçantes. — L'allaitement obligatoire et personnel, alors, interroge une des parisiennes? — Oui, madame, sauf les cas d'impossibilité physique. Alors, il y. a le lait stérilisé. » N'objectez pas au D'' Richon les ouvrières! Il vous montrerait la crèche établie près de l'atelier, comme à Mulhouse, et, faisant appel au concours de l'Etat, conclurait par cet aphorisme : « La mère pauvre doit être la nourrice payée de son enfant »
En deux mots, rauleur des Remplaçantes, après avoir sondé le mal avec une acuité pénétrante et l'avoir mis au jour d'une main énergique et sûre, ne lui oppose pour remède... qu'unpalliatif àpeu prèsinefficace, couronné d'une généreuse et décevante utopie.
Conçoit-on, dans l'état présent des mœurs et de la société, le législateur, appuyé sur la police, obligeant toutes les femmes à nourrir leurs enfants, sous peine de prison ? Car il faudrait bien punir les révoltées.
Une des mondaines, auxquelles le vieux docteur a prêché, détruit, d'un mot, sa belle illusion : « On se plaint déjà que la natalité diminue en France. Aioutez cette obligation à la maternité, on ne fera plus d enfants du tout. »
Ca'Temarque est lamentablement vraie. Certes, le docteur a cent fois raison, quand il réplique : « Si nous en sommes li, madame, si nous en sommes là,
il faut licencier notre armée, démanteler nos places fortes, effacer nos frontières et abdiquer en tant que nalion. Renonçons à « être ». Licencions notre armée, ouvrons nos portes aux peuples qui ont encore le courage et la vertu de faire des enfants ;... nous aurons au moins économisé une guerre ou deux. »
Assurément, cette conclusion douloureuse est logique. Mais, en somme, elle ne fait que souligner une déchéance morale, — oui, morale, et c'est précisément tout le nœud du problème! — elle ne rétorque en rien l'objection.
La maladie est toute^morale, en effet; c'est pourquoi on ne la guérira point par des potions législatives.
Paresse et coquetterie chez les mondaines, immoralité chez leurs maris, affaiblissement de la conscience elle-même, on découvre, à l'examen, tous ces microbes, au sein des foyers qui, sans y être contraints, font appel aux soins mercenaires et douteux des nourrices. Amour exagéré du gain, lâcheté devant le travail plus rude et moins producteur de la campagne, voilà le fumier sur lequel, au village, s'épanouit l'industrie nourricière.
Si l'auteur des RempZaçanfes avait quelques notions de cqjjèdhiânief il saurait que tous ces éléments pernicieux ont leurs noms parmi les péchés capitaux.
Et c'est dans le catéchisme également que sont contenus les remèdes à ces poisons. Qu'on y revienne, au lieu d'accrocher son espoir à des utopies dont l'exécution serait impraticable et dont les résultats seraient vains. C'est toute une refonte morale, à laquelle il est urgent de travailler, mais qui ne peut s'accomplir en dehors de la religion.
Vous le voyez, nous y voilà encore! Et de fait, i[ faut bien toujours en arriver làl
Féministe aussi par les deux bouts la question que M. Louis Bénière a traitée dans les Tabliers blancs. Car ce disciple de Brieux s'est constitué l'avocat dos «bonnes à tout faire « et, par contre-coup, l^accusateur^djes maîtresses de maison.
La. façon dont il a posé le problème est ingénieuse : il a supposé la grève des domestiques. Une grève de domestiques, on n'en a jamais vu. — « Eh bien, comme réplique un des personnages, on en verra une. » Et, en somme, dans une petite ville, l'aventure n'est pas tout à fait invraisemblable; il suffit d'un accord entre quelques douzaines de bonnes.
Et c'est précisément ce qui arrive. Au premier acte, on assiste à la préparation du grand coup. L'auteur nous introduit dans un petit ménage de fonctionnaire, où la bonne, une vieille Ûlie honnjto et dévouée, se voit surchargée de besogne et traitée brutalement. Malgré tout, restée lidèle à ses maîtres, elle refuserait de consentir au mouvement, si elle osait rébister à ses camarades et si elle ne craignait, par son opposition, de manquer aux devoirs de la solidarit(''.
A l'acte suivant, la grève éclate ; au troisième acte, elle bat son plein; puis, brusquement, elle se dénoue.
D'intrigue, il n'y en a pas d'autre ; la pièce est moins une comédie, coulée dans le moule ordinaire, qu'une série de tableaux.
Premier tableau : c'est, au premier acte, à 1 issue
d'un grand déjeuner; la malheureuse bonne est rudoyée par sa maîtresse, qui la bouscule et l'ahurit, la traite d'imbécile et lui parle de haut, l'accable de travail et lui refuse la moindre sortie. Puis, papotage étourdi et vipérin des petites bourgeoises qui se reposent de déchirer leurs amies en se plaignant de leurs domestiques.
Le point culminant du deuxième acte est le départ de la bonne. Après dix années d'obéissance fidèle et silencieuse, elle se voit suspectée comme une fille malhonnête ; on ouvre sa malle, on la visite à fond, on discute l'origine de ses maigres économies. Bref, on la pousse à bout et la malheureuse, éclatant à la fin, laisse échapper toute la rancœur accumulée, pendant ces dix ans, contre les mépris, les paroles dures, l'indifférence dédaigneuse et le poids du labeur.
Le désarroi des maîtresses de maison privées de leurs bonnes remplit la tin du deuxième acte et tout le Troisième. Ignorantes et fainéantes, nos petites bourgeoises ne savent plus comment se tirer d'embarras et elles sont sur le point de capituler, quand les bonnes, encore plus malheureuses, ayant dévoré leurs économies, reviennent solliciter leurs places.
De tous ces tableaux, deux conclusions se dégagent: que, d'après l'auteur des Tabliers blancs, les bonnes ont à neu près toutes les vertus et leurs maîtresses à peu près'tous les défauts.
"Côté des bonnes. Celle qui personnifie la corporation témoigne à ses maîtres un respect, une obéissance, une fidélité, qu'on serait presque tenté de qualifier de naïfs; elle se plie, sans un mouvement d'humeur, à toutes les exigences; elle empoche, sans un mot de réplique, toutes les bourrades et toutes
les avanies ; elle pousse la conscience et l'honnêteté jusqu'à l'extrême délicatesse.
Il est vrai que l'auteur nous présente une autre bonne, la meneuse de la grève, aussi mauvaise tête, âpre et violente, que la première est soumise, résignée, tranquille. Mais la meneuse est une exception. Pauvre fille que son maître a séduite et qu'il a chassée ensuite, honteusement, quand il l'a vue sur le point d'être mère, elle ne nous est pas présentée comme un type de servante ; c'est une abandonnée qui se venge.
Et, maintenant, côté des maîtresses. Oh ! les méchantes et insupportables personnes ! Ce sont d'abord de fieffées paresseuses et d'absolues incapables ; elles ne sauraient ni même ne voudraient faire cuire un (L'uf ou épousseter un meuble. Leur principale occupation consiste à médire du prochain, surtout de la prochaine. Envers leurs bonnes, elles montrent une indifférence, une dureté, un mépris incroyables. Et, ici, point d'exception.
Telle est la situation présentée par M. Bénière. Evidemment, la peinture est excessive; et c'est grand dommage. Car la pièce est dictée, au fond, par une inspiration généreuse et vise à des conclusions justes.
C'est une première invraisemblance que d'incarner la corporation des bonnes dans une domestique modèle et de paraître ou vouloir ignorer qu'il y a aussi des servantes moins honnêtes, moins polies, moins douces et moins actives.
C'est une nouvelle invraisemblance que de donner toutes les maîtresses do maisons pour des pics ou des chipies, sans cervelle et sans çcuuTt expertes
seulement à vilipender leurs amies et à gourmander leurs bonnes.
C'est une dernière invraisemblance enfin que de rapprocher ces maîtresses impitoyables et fainéantes de ces domestiques admirablement fidèles. Il n'en va pas ainsi dans la réalité. Le cas se présente, évidemment, quelquefois. Mais, eii.2énéral j les^jQ[iaîti*es ont les, serviteurs qu'ils méritent. Une femme dure à ses inférieurs et ignorante des choses de la maison n'est capable^ ni de s'attacher le dévouement des filles honnêtes, ni d'empêcher la paresse et les larcins dés cuisinières indélicates. Au j:onlraire, entre les personnes douces et vigilantes et les bonnes actives et dévouées, il y a comme une attraction de sympathie qiHj tôt pu tard, les réunit.
Encore une fois, ces injustices et ces invraisemblances ont un caractère d'autant plus fâcheux, que le fond de la pièce est juste et que Ig^ défauts de la pla[do|rie nuisenJ à ujie causj&.4ui-£âJ. méiité d'être mieux défendue.
îTn'est que trop véritable, en effet, que, dy^g^teja des familleSiJos serviteurs ne sont pas traités comme on doit traiter des hommes et des Ghréûjens.B'éau*coup^trop de maîtres ne gardent ni assez de ménagements pour leurs forces, ni. assez de respect pour leur dignité; au physique et au moral, ils les considèrent un peu comme des bêles de somme. Evidemment, je ne conteste pas les défauts des bonnes et je reconnais qu'elles justifient trop souvent les doléances dont elles sont le sujet. Mais n'y aurait-il pas lieu de rechercher ici la part de responsabilités qui incombe aux maîtres dans les vices et les abus dont ils font grief à leurs domestiques? A-t-on
bien le droit de blâmer l'immoralité de ses gens, quand on ne prend aucun souci de leur vie morale? A-t-on bien lo droit de leur reprocher de tirer profit, plus ou moins honnêtement, de leur situation, quand on ne songe qu'à tirer profit, plus ou moins humainement, de leurs services?
Cependant, malgré tout l'intérêt de cette plai* doirie pour les bonnes, je me réjouis encore davantage de la leçon que M. Bénière inilige à leurs maîtresses.
Voici donc un auteur qui a l'audace de rappeler aux femmes, avec un peu de brutalité peut-être et de rigueur, qu'elles sont des maîtresses de maison, qu'elles ont un inti'rieui' à tenir — et nous eussions voulu que -M. Béiiiérc ajoutât : une famille à élever.
Être capable de surveiller sa femme de chambre et do conseiller sa cuisinière, voilà certes un talent cTun vulgiirc a rôûlever le cçeiy,';,dQ nos modernes Phil^mîinc.pt pourtant, combien de plaies sociales y pourraient trouver, sinon la guérison complète, au moins une amélioration certaine.
On se plaint de voir tant d'ouvriers ruiner leur ménage et s'empoisonner eux-mêmes au cabaret. Le mal no vient-il pas souvent de la tendance de trop do pauvres femmes à négliger leur intérieur « pour faire la datne? »
Or, quand on y songe, il n'est pas de critique plus profonde à l'adresse do la bourgeoisie que cette expression : « faire la dame ». Est-ce que, si les maitresses do maisons remplissaient mieux leurs devoirs, étaient plus actives et plus vi^'ilantes, « faire la dame » serait devenu, pour les gens du peuple, le synonyme de ne rien faire? iS'oublions jamais que les
vices d'en bas sont, la plupart du temps, le résultat des mauvais exemples d'en haut.
Et puis, enfin, travailler, c'est le devoir. Dùt-on m'accuser de redire un iieu commun, — lieu commun qui, d'ailleurs, devient de plus en plus, en pratique, une originalité, — j'oserais répéter que lejbut de la vie n'est pas la jouissance. A chacun son labeur; au mari, de gérer la fortune et de gagner l'argent; à la femme, de régler et de surveiller les dépenses avec ordre et sagesse.
Ce sont là des choses, au surplus, qu'il serait inutile de répéter, si nos contemporains, — si beaucoup de chrétiens même, ignorants de leur foi, — n'avaient perdu la tradition chrétienne.
Et ceci m'amène à regretter, — ce sera, encore une fois, ma conclusion, — que l'auteur des Tabliers blancs n'ait pas fait la moindre allusion à la morale évaogélique, alors qu'il signalait un mal causé surtout par la méconnaissance des lois religieuses.
Dès l'Ancien Testament, le divin inspirateur des Écritures ofiFrait à l'admiration du monde le portrait de la femme forte qui, dans sa demeure, est toujours la première au travail. Et l'Église n'a pas relégué ce modèle au fond de l'antiquité; constamment, elle le remet sous nos yeux.
C'est l'Église encore qui ne cesse de rappeler aux maîtres qu'ils ont charge d'âmes et que les serviteurs font partie de la famille. Et qu'on ne dise point que ces conseils sont de théorie pure; aux âges de foi, ils étaient de pratique habituelle. Alors, le domestique avait sa place au foyer et son nom même, dont les usages modernes ont dénaturé le sens très noble, indiquait déjà qu'il était de la maison. L'Église ne s'était
pas bornée à libérer les esclaves; elle avait, pour ainsi dire, ennobli les travaux serviles.
M. Bénière a négligé ou méconnu ces grandes choses. Et pourtant que de diflîcultés résoudrait la prière du soir faite en commun, chaque jour, par les maîtres et les domestiques.