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LES CAUSES DE LA FOLIE

C'est l'émotion qui l'a rendu fou.

Cela l'a pris tout d'un coup.

La ehaleur des colonies prédispose à la folie.

Souvent, dans les nouvelles, romans, drames, et autres productions littéraires, on voit un des héros, tout â l'ait normal auparavant et qui, â l'annonce d'un £;rand malheur, devient subitement fou.

Dans la réalité, on n'observe jamais de cas.ausssi schématiques. Il y a quelques années, un étudiant de Paris choisit comme sujet de thèse : « du rôle de l'émotion dans l'ètiologie de l'épilepsie ». 11 ne m'en voudra pas aujourd'hui si je dis qu'il n'était peut-être pas très convaincu lui-même de l'importance de ce facteur.

Les familles mettent, en effet, facilement sur le compte de l'émotion, l'èclosion de phénomènes morbides qu'elles se-

raient froissées de voir attribués â l'hérédité. Mais, quand on vous dit qu'un entant est devenu épileptique â la suite de l'émotion qu'il a éprouvée en tombant d'un arbre sur la tête, il est permis de penser que les lésions déterminées par le choc ont bien aussi leur importance, et quand on apprend, en outre, que cet enfant a eu des oncles et des tantes aliénés, et qu'en nourrice on lui faisait manger de la soupe â Peau-de-vie, on voit ce qui reste pour la part de l'émotion.

Pourtant, au moment où l'éruption de la Martinique venait d'avoir lieu, un homme intelligent, revenant de voyage, ne retrouva plus rien ni de sa maison, ni de sa femme et de ses cinq enfants ; c'était une émotion peu commune : il devint fou, non pas immédiatement, mais après plusieurs mois, et même pas fou, insensé, mais prostré, abattu, et dans un état tel que, pendant sept ans, il resta sans dire un mot et incapable d'un acte spontané.

Il y a deux ans, un ouvrier condamné à mort pour excitation au meurtre et

ultérieurement gracié, dût être interné, mais, dans ce cas encore, les troubles psychiques ont été longs a apparaître (je ne possède d'ailleurs pas de renseignements spéciaux sur ce dernier cas).

Fn commerçant ayant été arrêté arbitrairement, au dire des journaux, ces temps derniers, se serait enfui en chemise dans la rue sous le coup de l'émotion.

Une jeune femme, ayant vu mourir son enfant subitement, aurait fui de même, dans la rue, en criant. Ce sont là, généralement, des phénomènes passagers.

En tout cas, le début brusque de la folie, a la suite d'une émotion, chez une personne saine, est extrêmement rare.

Souvent la famille, indulgente, s'illusionne et ne voit pas le vrai commencement de la maladie. Il s'agit, par exemple, d'un maniaque au début de son stade d'excitation ou, avec des différences sensibles en ce qui concerne les autres symptômes, d'un paralytique général à la première période. Emportés par* leurs idées délirantes ils se lancent dans des spéculations et se ruinent ; la famille

considérera cette ruine comme la cause d'un état mental dont elle est en réalité l'effet. Ou bien les proches invoqueront l'excès de travail.

En réalité, les causes « littéraires »

de folie : chagrins, amour non satisfait, émotions, sont des plus discutables et ne semblent agir , le plus souvent , que comme la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Comme l'a dit Fèré « pour devenir fou d'amour, il faut avoir un amour de fou ».

En mettant de côté les cas d'aliénation mentale déterminés par un traumatisme, ou consécutifs à une fièvre, et quelques cas â origine très particulière (crètinisme, par exemple), il reste trois grandes causes qui peuplent les asiles : l'hérédité, indubitable, mais dont les lois sont mal connues ; la syphilis, qui fournit surtout les paralytiques généraux, et l'alcool dont nous reparlerons. C'est certainement â l'alcoolisme, â l'absinthisme en particulier, qu'il faut attribuer la plus grandi.' partie des désordres observés chez les coloniaux prédispo-

0. Quant 6 l'influence de la chaleur, du vent ou d'autres conditions atmosphériques, elle paraît être nulle tant sur ['èclosion des troubles mentaux que sur le degré d'excitation des pensionnaires des asiles.

(i) Un monopole, renouvelé ces temps derniers, assure rnbrcuses années encore l'alcoolisation obliga- L'Indo-Chine.' Quant au Maroc, depuis que nous y somme-, un n'y voit plus que des débits d'absinthe.

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