II. LES PROTESTANTS
dévot, qui le tourne au mal, a pour effet doter à ce zèle le caractère proprement religieux. Ce caractère au contraire demeure, non il est vrai à l'objet de ce zèle, qui n'est plus Dieu, mais aux parties de Tâme qu'il intéresse. De là vient que la satire que l'on fait du faux zèle tend à décréditer le vrai et que la vogue du Tartufe est le décri de rÉglise.
Nos anciens, en nommant fanatisme cette corruption de la dévotion, parlaient mieux que les modernes, qui disent cléricalisme. Ce dernier mot n'est bon que pour les ignorants auxquels l'impiété contemporaine s'adresse ; il ne signifie réellement rien. Fanatisme est un caractère, une espèce authentique offerte à Tétude de ceux qui s'adonnent à la science des mœurs. Les passions religieuses affranchies de toute règle, mises au service du sens propre, en composent la définition. Voltaire a feint qu'on pouvait l'appliquer aux catholiques ; mais il ne le ménageait aussi ni aux huguenots ni aux convulsionnairesdeSaint-Médard. C'est proprement aux sectes qu'il convient ; la Réforme du seizième siècle est son œuvre. Je n'aurai donc garde de contester le zèle religieux aux protestants. Il est ardent, il est extrême, il est abominable aussi. A défaut de ce zèle, qui les aurait soulevés ? En Allemagne, le mouvement dont profitèrent les princes était parti des docteurs; en France, il a fallu trente ans pour que cette cause revêtît le caractère d'un complot des nobles contre le roi. En y mêlant leurs intérêts, on ne voit pas même que les princes d'Allemagne y aient épargné la dévotion. Frédéric le Sage, Philippe le Magnanime, étaient des princes dévots, et même superstitieux. Le pauvre roi de Navarre Antoine, menant après soi, aux yeux de la cour de Fontainebleau, son fameux ministre David, donne une idée toute différente de celle d'une passion politique masquée.
D'autre part, pourquoi marchander aux catholiques l'honneur des sentiments qui les animaient? Devant l'offensive des protestants, leur colère était légitime. Ils défendaient contre eux des croyances séculaires, troublées sous le plus hypocrite des prétextes : la réforme des mœurs par le relâchement des lois, la réforme de la discipline par la révolte ; ils défendaient le roi et la France, bouleversée dans ses fondements par de détestables évadés deTÉglise, soutenus de l'applaudissement de quelques femmes curieuses et de quelques cuistres présomptueux. Nous avons vu de nos jours, dans les querelles soulevées par Taffaire Dreyfus, ce que produit cette alliance. Quel zèle plus louable que celui de la combattre ? A ce zèle, quand le parti eut perdu toute mesure, se joignit, il est vrai, l'esprit de représailles. Mais les représailles sont légitimes à la guerre, et on ne distingue pas en quoi l'esprit de représailles, distinct des motifs de religion, en pourrait déshonorer la cause. Cette guerre permise et nécessaire, pouvait-elle exister sans cela? C'est un abus de nous présenter ici une espèce de balance égale entre les excès des deux partis. L'un de ces partis était la France. Avec la vérité religieuse, il avait le droit historique ; j'ajoute, il comptait dans ses rangs, parmi ses capitaines, quelques-uns des plus nobles caractères qu'on ait vus.
Je n'assure pas que la Réforme n'ait pas eu dans ses partisans quelques semblables caractères, ni que ses adversaires n'ont pas commis d'excès. Ce point n'importe pas ici. Le véritable excès, c'est la cause même des Réformés, et les grands caractères n'ont de prix pour un Français que dans les rangs des catholiques tjui participèrent à cette guerre.
De bonne heure les huguenots apparurent comme des conjurés contre l'État, comme des ennemis publics. La