II. LES PROTESTANTS
dissidence religieuse eût suffi à leur donner ce caractère ; ce que j'ai dit des Albigeois s'applique à eux. Toute la différence est qu'en un temps où plus d'Etats se partageaient l'Europe et où moins d'unité régnait en chacun d'eux, les Albigeois devaient davantage paraître comme des ennemis de la Chrétienté ; dans la France de François l", c'est un danger proprement national que représentent les huguenots.
Ils le représentent en principe ; ils le firent sentir dans les effets. Il ne fallut pas beaucoup d'actes de leur part pour que le peuple connût que, chez ces novateurs, l'intérêt de secte primait tout autre intérêt. Dans l'embarras d'en rapporter le détail et pour l'avantage du raccourci qui convient à cette étude, je m'en tiendrai à deux faits principaux. Ces faits ne survinrent qu'assez avant dans le siècle, après qu'une longue suite d'événements en eut préparé l'affreux éclat.
Sous François l*%les lettrés et une partie de la noblesse avaient donné dans la Réforme. Le roi en sentait le danger ; mais les pratiques habiles du parti paralysaient sa résistance par mille liens jetés autour de lui. D'autre part, l'alliance inévitable avec les Réformés d'Allemagne contre la puissance de Charles -Quint ajoutait à ces embarras. Une demi-tolérance s'ensuivait pour la secte, qu'on ne croyait pas si dangereuse alors. Cet avantage l'enhardit : les Réformés commencèrent à s'adonner à ces violences, dont le pillage des églises était la plus sensible. Ces attentats demeuraient anonymes ; des hommes obscurs les renouvelaient dans le secret ; on en saisit plusieurs, qu'on condamna à mort. Par l'organe de ses chefs reconnus, le parti, qui sentait sa faiblesse, multipliait les déclarations d'obéissance. François 1" était redouté ; la crainte qu'inspirait la monarchie se conserva
DiMiER. Préjugés 17
SOUS son successeur, mais elle ne devait pas passer le règne de Henri II.
Alors des rois enfants et le royaume en régence allumèrent des espoirs soudains. Se faire admettre et vivre en paix sous un régime de liberté, n'était nullement ce que les protestants demandaient. Ce rêve idyllique est le fait des modernes ; ils s'accorde aux idées modernes de la liberté de conscience ; eux ne voulaient point cette liberté : leur vraie pensée, conforme à celle du temps, ne tendait qu'à s'emparer de la France et à imposer la Réforme. Les circonstances semblaient propices ; ils tentèrent Je coup de main d'Amboise.
Cette célèbre conjuration, par où s'ouvre l'histoire des guerres civiles en France, constitue aux yeux de l'histoire impartiale la provocation la plus éclatante, l'attentat le plus audacieux qu'on ait vu. Ils s'agissait, pour les chefs réformés, de se saisir de la personne du roi, et, le tenant entre leurs mains, de disposer sous son nom du royaume. Ils coloraient cette impudence du prétexte de soustraire la couronne à l'influence des Guises, le fait avéré de cette influence ôtant, selon eux, le devoir d'obéir ; celle du prince de Condé, qu'ils voulaient établir, et dont la religion différait de celle du roi et de ses sujets, devait avoir pour effet de rétablir ce devoir. La Renaudie, fameux par ce coup, tenta l'enlèvement, qui échoua. Les conjurés furent pris : ce qu'on osa arrêter fut livré au supplice.
Qu'on se figure l'indignation, la colère, l'ardeur de représailles qui s'éleva par tout le royaume à la nouvelle du risque couru et du coup d'insolente audace qui venait d'y exposer le pays. La secte était haïe ; on ne la redoutait que peu, à cause de la place médiocre qu'elle tenait en France; du jour au lendemain on apprenait qu'elle avait failli s'établir et dominer tous les sujets du roi. Ce risque parut aussi exorbitant qu'affreux. Pour le comprendre,