‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 102 sur 162 · II. LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

II. LES PROTESTANTS

il faut imaginer, dans le xviii* siècle, avant la moindre annonce de troubles, au milieu de la paix publique, les loges maçonniques s'emparant de Louis XVI (s'il eût été mineur) et consommant la Révolution par un coup d'Etat. Qu'on imagine ce qu^'eût été l'opinion à la nouvelle d'un pareil coup manqué ; tel fut à peu près l'effet produit par la conjuration d'Amboise.

Les Réformés alléguaient le supplice d'Anne Dubourg, qu'il s'agissait pour eux de venger. Pour venger un religionnaire coupable, ils s'en prenaient à tout TEtat. ^lais cette vengeance plus générale n'empêchait pas les particulières ; au président Minard, qui le jugeait, Anne Dubourg prédit sa mort prochaine. « Il est aisé de prophétiser, dit Bossuet, quand on a de tels anges pour exécuteurs. » Le président Minard fut assassiné le jour même. Dès ce moment on comprend que les protestants français se soient trouvés au ban de la nation.

Je viens maintenant au second fait, qui, dans la politique générale du parti, joue le rôle de Vaction directe dans la propagande anarchiste.

Il faut savoir ce qu'étaient les Guises, la situation que leur composait, aux yeux du peuple comme des grands, le double éclat d'une fortune prodigieuse et de vertus incontestées. Qu'on ajoute le prestige de la retraite que menait dans Joinville la vieille Antoinette de Bourbon leur mère, formant ses filles d honneur à la modestie et à la piété; le grand esprit, les talents, la magnificence du cardinal de Lorraine ; le renom de bravoure et de grand caractère de celui qu'on appela M. de Guise le Grand : on pourra alors prendre l'idée des échos qu'éveilla la nouvelle de son assassinat dans toute la France. C'était, en même temps que la mort d'un héros, une insulte à la France catholique, qu'il personnifiait dans l'effacement de la cour, et une menace pour Tordre public.

Personne n'eut de doute sur la part qu y avaient prise les chefs huguenots; tout le parti en porta la haine. Ils alléguaient le massacre de Vassj, où il est vrai que les hommes du duc de Guise avaient eu part, mais dont luimême ne fut pas cause. Puis, quelle comparaison pouvait-on faire d'une échauffourée de guerre civile et de ce détestable attentat?

Mais tous ces Réformés haïssaient le duc de Guise. Ils professaient à son égard le sentiment que les hommes de désordre et d'émeute ont de tout temps porté à ceux qu'ils craignent. Bossuet a relevé les aveux enveloppés de la complicité de tous ces gens. Il est plaisant de voir Théodore de Bèze, la gloire la plus pure du parti, au premier rang des confidences que les chefs du parti avaient reçues du crime qu'on méditait.

Ce ministre, ministre du saint Evangile, avouait « avoir infinies fois désiré et prié Dieu, ou qu'il changeât le cœur du duc de Guise, ce que toutefois il lïa jamais pu espérer^ ou qu'il en délivrât le royaume : de quoi il appelle à témoin tous ceux qui ont ouï ses prédications et ses prières ^ ».

II ajoute qu" « il ne nommait pas ce seigneur de Guise en public ». Cela n'était pas nécessaire en effet. Après de pareils encouragements, venus d'un tel lieu, il ne faut pas s'étonner si Poltrot fit le projet de tuer cet ennemi de la religion, s'il se sentit, dit Bèze, « ému d'un secret mouvement », c'est-à-dire d'une secrète inspiration. Entendez que cette inspiration vient de Dieu. Rien, en effet, ne tient plus du caractère de dévote entreprise que le récit que donne Bèze de cet assassinat.

Près d'exécuter ce dessein, « il priait Dieu, dit ce docteur ", très ardemment qu'il lui fît la grâce de lui chan-

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