II. LES PROTESTANTS
ger son vouloir, si ce qu'il voulait faire lui était désagréable ; ou bien qu'il lui donnât constance et assez de force pour tuer ce tyran, et par ce moyen délivrer Orléans de destruction, et tout le royaume de si malheureuse tyrannie ».
Voilà les pensées qu'agitait cet assassin. Voilà l'usage qu'il fait de Dieu et de la piété ; voilà ce qu'approuve toute la secte, par Torgane du plus vénéré et du plus illustre de ses docteurs.
Après Bèze, Coligny : autre renom de pureté. On verra au livre P'de Bossuet sa conduite, et comment il approuva le crime, en évitant d'en encourir la honte devant l'opinion. Après la conjuration d'Ambroise, crime d'Etat, après cet assassinat, action de brigand, tout devait paraître permis contre le parti huguenot; tout devait sembler bon, pourvu qu'on en purgeât le pays.
La justification de la Saint-Barthélémy n'a rien à demander au genre de plaidoyer qu'inspirent les massacres de Septembre aux avocats de la Révolution. Ceuxci nous représentent ces massacres comme des faits excentriques et miraculeux qui, suspendant les lois ordinaires de Thistoire, commandent à celle-ci un silence effaré ou des divagations d'illuminé. Nous ne parlerons pas ainsi de la Saint-Barthélémy. En effet, quelle que soit la violence de cet événement, il faut y tenir compte de quatre choses : qu'il eut lieu sur l'ordre du roi, en sorte qu'il est naturel d'y rechercher la défense de la monarchie ; qu'il fut obéi avec empressement par les foules, qu'ainsi on ne peut méconnaître que cet acte était conforme à l'opinion; que la cour ne s'y résolut qu'après de longues hésitations, preuve que ceux qui l'ordonnèrent n'étaient pas étrangers aux sentiments de l'humanité ; qu'enfin, adouci en je ne sais combien de cas sur tous les points du territoire par le secours que des catholiques
portèrent aux huguenots poursuivis, il est certain que ces sentiments ne manquaient pas plus au peuple qu'au roi. Chez un historien véridique, la Saint-Barthélémy ne saurait donc compter ni pour un effet spontané de la sauvagerie des multitudes, ni pour un acte de froide cruauté du pouvoir, ni pour une pratique de cour honnie de la nation entière et en horreur au genre humain. Ajoutez qu'au fort des guerres civiles où cet événement prend place, entre deux des batailles sanglantes dont elles désolaient le royaume, la mort de tant de gens à la fois, dont le plus grand nombre portaient les armes, ne saurait causer le surcroît d'horreur dont on éblouit les ignorants.
La situation de la couronne avait de bonne heure vu croître ses difficultés. Les Guises, dont la cause s'était identifiée un temps avec celle du roi et de la nation, se formèrent bientôt en parti. En se défendant contre les protestants, il fallut que le roi leur tînt tête. On sait quelles ambitions déclara le Balafré, devenu chef de la maison. Du temps du duc François déjà couraient les généalogies qui, faisant descendre ces princes de Gharlemagne, les mettaient sur le chemin du trône. Dès le mariage du même duc, en 1549, on les voit affecter le nom et les armes de la maison d'Anjou, dont ils descendaient par Yolande, fille du roi René. Ce nom les introduisait dans la maison de France. C'est pour le leur ôter que Catherine en fit Tapanage de son fils Henri, depuis Henri HL On attribuait à François 1" la prévoyance de ces intrigues, témoin le quatrain suivant :
Le feu roi devina ce point, Que ceux de la maison de Guise Mettraient ses enfants en pourpoint Et son pauvre peuple en chemise.