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II. LES PROTESTANTS

C'est en 1550 déjà que Ronsard, s'adressant au cardinal de Lorraine, disait :

Et ne veuille point apprendre A te faire un nouveau Dieu.

En face d'ambitions déclarées, qui ne visaient à rien moins qu'à supplanter son fils, la reine mère eut à redouter que trop d'offensive contre les protestants ne la rendît prisonnière des Guises. Ce fut la raison politique des avantages que les religionnaires reçurent d'elle à plusieurs reprises. L'édit de janvier 1562, la paix d'Amboise ensuite, puis celle de Lonjumeau, enfin celle de Saint-Germain en 1570, eurent pour effet de les fortifier sans mesure. Cette dernière accordait l'amnistie, le culte dans deux villes par province, l'accession à toutes les charges de l'Etat, le droit de récusation des juges, la restitution de tous les biens, enfin quatre places de sûreté : la Charité, Cognac, Montauban, la Rochelle.

Ne perdons pas notre temps à plaindre la politique qui conduisait à cela, s'il est sûr (comme on n'en peut douter) que les conjonctures n'en souffraient pas de meilleure. Catherine de Médicis ne pouvait espérer de prendre la tête des catholiques ; le long crédit qu'y avait la famille rivale l'en écartait absolument. Par l'effet du malheur des temps, les forces que la haine de l'ennemi public avait rassemblées de ce côté risquaient de perdre le trône et la France. Ces oscillations des intérêts n'ont rien dont un historien s'étonne ; ce qui rend exceptionnelles celles-ci, c'est que la monarchie fut obligée de les suivre, sans pouvoir d'abord s'en rendre la maîtresse, tant était grand l'excès de puissance des partis. Il fallut un temps que la monarchie se fît parti elle-même et sauvât à ce prix l'avenir.

L'événement de la Saint-Barthélémy est le résultat de cette nécessité. La monarchie, dans cette circonstance, emprunte pour régner l'arme des partis. Mise au point, par l'effet de la paix de Saint-Germain, de tout redouter des protestants, qui croyaient à peine à tant de fortune, Catherine n'avait de moyen de s'en affranchir qu'un coup de force. Les armes ordinaires des princes ne suffisaient pas à ses besoins. Tout le scandale de l'événement tient dans le caractère mêlé de cette situation. Car on ne saurait refuser au roi le droit de châtier des rebelles ; la manière dont cela fut fait ici fait seule l'énormité du cas. L'exécution en masse et sans distinction d'un si grand nombre d'hommes et de tout un parti accuse d'affreux temps de trouble et de révolution ; seulement il ne dépendait de personne de faire face à ces temps sans une action de ce genre. Ce que la politique y voit de maux n'avait d'auteur que les circonstances ; il n'avait de cause et d'auteur véritable, si l'on remonte aux origines, que la rébellion même des protestants.

L'opinion n'y fut pas trompée. Malgré tout ce qui, à la cour, dans l'Eglise et dans tous les rangs de la nation, s'effrayait de tant de sang versé, cette répression fut approuvée. La France y vit un juste retour des choses, et le châtiment exemplaire d'un crime public sans précédent.

J'ajoute que le résultat qu'on recherchait fut atteint. Le parti de la Réforme ne s'en releva jamais. Ainsi ce que tout Français doit à la défaite de ce parti, tout le bienfait que chacun de nous en retire, tient à la Saint- Barthélémy. Ce bienfait est inestimable.

Pour mieux l'apprécier, un retour sur la nature du protestantisme est nécessaire.

Quant à la matière théologique, elle est tout entière

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