Même liv., chap
cours séditieux. » Bossuet ajoute : « Aussi voyait-on ce peuple évangélique toujours prêt à prendre les armes et aussi propre à combattre qu^à discuter *. »
Comme il arrive, un grand désordre des mœurs accompagnait ces grands écarts. Ne cessons pas de redire que l'affectation du zèle, cause de la violence des invectives, n'est pas moins source de relâchement. Dans un si court espace je ne saurais faire le compte de ce que la Réforme nous présente en ce genre ; aussi bien, des traits particuliers en pareille matière servent peu. Ce qui est de conséquence, ce qu'il importe d'extraire, c'est la fameuse histoire de la bigamie de Philippe le Magnanime, landgrave de Hesse, grand protecteur de Luther.
Cette bigamie fut formellement approuvée de Luther et des autres docteurs du parti, non pas en paroles seulement, mais par un acte écrit et motivé, revêtu de leurs signatures, que le prince exigea, craignant (ainsi qu'il s'en explique) d'aller en enfer faute de cela. En possession d'une femme légitime, il en désirait une seconde, et prétendit que sa religion lui permît de l'avoir en mariage. Emancipée du pape de Rome, TÉglise de Wittenberg ne l'était pas des princes d'Allemagne ; il fallut en passer par où celui-là voulait.
Lorsque je m'expose, écrit-il à Bucer dans l'Instruction qui détermina les docteurs, lorsque je m'expose, dit le landj^rave, à la guerre pour la cause de l'Évangile, je pense que j'irais au diable, si j'étais tué par quelque coup d'épée ou de mousquet. Je vois qu'avec la femme que j'ai, ni je ne puis, ni je ne veux changer de vie, dont je prends Dieu à témoin : de sorte que je ne trouve aucun moyen d'en sortir que par les remèdes que Dieu a permis à l'ancien peuple, c'est-à-dire la polygamie.