Bossuet, ouv. cité, liv. VI, chap. 3 et
La mise en demeure, en effet, ne souffrait pas plus de retard que d^excuse.
Votre Altesse, continue ce document, n'ignore pas combien notre Église, pauvre, misérable, petite et abandonnée, a besoin de princes régents vertueux qui la protègent ; et nous ne doutons point que Dieu ne lui en laisse toujours quelquesuns, quoiqu'il menace de temps en temps de l'en priver et qu'il la mette à l'épreuve par de différentes tentations.
La tentation de résister au landgrave et de lui interdire la bigamie était heureusement conjurée. Les docteurs déjouaient cette embûche du malin. La suite comporte en premier lieu des considérations de grande dévotion et toutes les réserves de principe possibles, puis des exhortations morales où il est dit que « la peine du déluge est attribuée aux adultères » ; enfin des plaintes contre le siècle, dépourvu (à ce que disent ces docteurs) de toute indulgence envers les ministre du saint Évangile : « C'est maintenant la coutume du siècle de rejeter sur les prédicateurs de TEvangile toute la faute des actions où ils ont eu tant soit peu de part, lorsque Ton y trouve à redire. » Là-dessus et pour montrer combien une telle apparence est injuste, ils ajoutent :
Mais enfin{ce mais enfin dit tout), si Votre Altesse est entièrement résolue d'épouser une seconde femme, nous jugeons qu'EUe doit le faire secrètement, c'est-à-dire qu'il n'y ait que la personne qu'Elle épousera et peu d'autres personnes fidèles qui le sachent, en les obligeant au secret 50ns ie sceau de la confession. Il n'y a point ici à craindre de contradiction ni de scandale considérable, car il n'est point extraordinaire aux princes (menacés tout cî ihcure pour ce fait du déluge) de nourrir des concubines, et, quand le menu peuple s'en scandalisera, les plus éclairés se douteront de la vérité ; et les personnes prudentes aimeront toujours mieux cette vie modérée que l'adultère et les autres actions brutales.