II. LES PROTESTANTS
L'on ne doit pas se soucier beaucoup de ce qui s'en dira (admirable trait de tartufe) y pourvu que la conscience aille bien *.
Enfin, et terminant de si édifiants propos, la dispense et autorisation :
« Votre Altesse a donc, dans cet écrit, non seulement y approbation de nous tous en cas de nécessité, etc. » Signé : Martin Luther, Philippe Mélanchthon, Martin Bucer, Antoine Gorvin, Adam, Jean Leningue, Juste Vintferte, Denis Melanther.
Ce monument de honte, dont l'ombre seulement, chez nous, ferait le sujet de tous les brocards et de toutes les insultes des sectes, demeure, tombant sur la Réforme, providentiellement ignoré de tout le monde. Longtemps il resta secret dans les archives de la maison de Hesse. Enfin le prince Ernest, qui se fit catholique, le révéla à quelques personnes. L'électeur palatin Charles-Louis le publia en 1679, sous ce titre : Considérations consciencieuses sur le mariage, avec un Eclaircissement des questions agitées jusquà présent touchant r adultère, la séparation et la polygamie. Après le document obtenu, le mariage fut célébré dans les formes.
Il y a quatre ans, l'université de Marbourg, fondation de Philippe le Magnanime, fêtant un de ses anniversaires, mit au jour, sous forme de cartes postales, un portrait populaire de ce prince, avec un huitain à sa louange, qui ne contenait que de pieux propos. La pièce commençait en ces termes :
Dem Worte Gottes schuf er Bahn.
Il a frayé la voie à la parole de Dieu.
Tel est un premier trait du culte qu'on rend à ce prince. Que ceux qui seront curieux de traits d'un autre
J. Ouv. cit., append, au liv. VI.
genre cherchent la vie du personnage au Dictionnaire de Moréri. L'article émane d'un protestant. On y verra en fin de récit la remarquable excuse de sa grande intempérance. Jointe au huitain dévot, elle fait un bon exemple de la manière dont la Réforme compose l'apologie de ses fondateurs.
J'ai à peine besoin de dire que tout ceci ne tend pas à déconsidérer la vie que les protestants en général pratiquent autour de nous. Sans doute la religion qu'ils pratiquent est pour eux la source du bien moral en plus d'un genre. L'ordre qui finit par s'établir, avec la paix, dans les Eglises a puissamment servi ce résultat. Mais, avant que fussent calmés les affreux éclats des débuts et pansées tant de plaies qu'ils avaient faites, quels déchirements, quelles convulsions!
Il est fort bien d'arguer en faveur de la Réforme de la tranquillité et des mœurs qui régnent maintenant de ce côté, des idées conservatrices même dont, en Angleterre, en Hollande, en Suède et dans quelques cercles de l'Allemagne, nous les voyons s'accommoder. Mais cet état ne doit pas faire oublier celui où la secte jeta d'abord l'Europe.
En Allemagne, la révolte des Paysans, la guerre des Anabaptistes, Jean de Leyde et la prise de Munster, sont autant d'événements sanglants, dont le souvenir fait honte à la Réforme. Tout se termina par la guerre de Trente ans et par une ruine si profonde que le pays ne devait pas s'en relever en deux siècles. En Angleterre, c'est le règne d'Henri VIH, celui d'Elisabeth, le supplice de Marie Stuart ; dans les Pays-Bas, c'est l'affreuse guerre des Gueux. Tout cela compose un livre d'horreur et de sang, où, soit bourreaux soit victimes, les protestants ne peuvent renier le rôle de cause.