‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 112 sur 162 · II. LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

II. LES PROTESTANTS

Mais ce qui est plus frappant encore, ce sont les effets de la Réforme dans le siècle suivant. On nous objecte que le sort des sociétés ne saurait se modifier sans de grandes secousses et sans beaucoup de sang versé. Mais comment expliquer que ces secousses se reproduisent au bout d'un siècle ? Le venin de Thérésie travaille les profondeurs des Etats dont elle s'est emparée. Dans les pays dont elle est maîtresse, les révolutions recommencent. En Angleterre, c'est celle de 1640 et le supplice de Charles I" ; en Hollande, c'est la guerre civile entre Maurice de Nassau et Barnevelt, plus tard le massacre de Jean de Witt, son remplacement par le stathoudérat. Contester que ces troubles eussent la religion pour cause, ce serait mentir à l'histoire. L'élévation de Gromwell vient du puritanisme, et le supplice de Barnevelt en 1519 est l'effet du fameux synode de Dordrecht,

11 n'y a peut-être pas de plus grande preuve du caractère profondément révolutionnaire de la Réforme. Bossuet l'a bien déduit dans son oraison funèbre de la reine d'Angleterre. Malherbe le sentait dans la chair de la France quand il écrivait ces vers d'airain ;

Par qui sont aujourd'hui tant de villes désertes, Tant de grands bâtiments en masures changés, Et de tant de débris les campagnes couvertes Que par ces enragés?...

Fais choir en sacrifice au démon de la France Les fronts trop élevés de ces âmes d'enfer, Et n'épargne contre eux, pour notre délivrance, Ni le feu ni le fer.

Quelques-uns ont osé là-dessus taxer Malherbe d'intolérance. Il serait pourtant bien difficile de contester ce qu'il allègue.

Cet aperçu général sur le siècle nous permet maintenant d'aborder la révocation de l'édit de Nantes.

Di.MiEn. Préjugés JS

On se trompe au sujet de cet événement, parce qu'on se méprend communément sur le sens de Tédit lui-même. Cet édit était inévitable de la part d'un roi comme Henri IV, qui avait été protestant. Le dessein qui le lit accorder tenait à cette circonstance ; jamais l'édit ne fut regardé en France comme une constitution du royaume ; c'était, aux yeux de tous, un état temporaire, qu'atteste assez l'octroi de faveurs exceptionnelles, comme celles des assemblées triennales, des chambres mi-parties dans chaque Parlement, enfin des places de sûreté.

Louis XIV ne devait donc absolument pas se croire obligé de garder ces mesures. Nous savons que d'autre part il tenait à rétablir Tunité de religion chez ses sujets. Dans ses Eclaircissements sur les causes de la Révocation de l'édit de Nantes^ parus en 1793, Rulhière cite de ce dessein un témoignage tiré du testament de ce monarque ;

« Sur ces connaissances générales, dit le roi, j'ai cru que le meilleur moyen pour réduire peu à peu les huguenots de mon royaume était de ne les point presser du tout par aucune rigueur nouvelle contre eux, de faire observer ce qu'ils avaient obtenu sous les règnes précédents, mais aussi de ne leur accorder rien de plus *. »

Rulhière en conclut que la révocation de l'édit se fit malgré l'intention de Louis XIV et contre sa volonté ; mais cette conclusion ne saurait être admise, car, à mieux lire ce texte, on y trouve quelque chose de plus fort que le moyen prévu par le roi, c'est sa volonté arrêtée de prendre le meilleur moyen pour réduire les huguenots, partant d'y réussir à tout prix.

On imagine entre l'édit de Nantes et sa révocation une

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