II. LES PROTESTANTS
période d'un siècle, durant laquelle il ne fut pas touché au régime des protestants en France ; à cet état aurait succédé la suppression violente de ce régime : cela encore n'est pas exact. Au temps de Richelieu premièrement, et surtout depuis la majorité de Louis XIV, plusieurs dispositions qu'on prit à l'égard des protestants avaient changé leur situation.
La première fut la loi des Relaps, en 1661, qui défendait sous les peines les plus sévères le retour d'un converti à la Religion ; la seconde, en 1667, fut la loi contre l'Émigration, par où fut interdit aux sujets protestants du roi d'émigrer sans sa permission. Toutes ces précautions étaient prises en vue de l'obligation de rentrer dans rÉglise, qu'on pensait imposer à la fin. On pressait de toute part les conversions; de grandes [)rédications avaient lieu dans ce but ; pour joindre quelque prestige de force aux moyens ordonnés à la seule persuasion, on faisait paraître dans les villages huguenots du Gévaudan et du Nîmois ces régiments de dragons dont le passage fait dans Thistoire ennemie tant de tapage sous le nom de dragonnades. On donnait aussi de l'argent, pensant que tant de moyens unis dispenseraient de contrainte matérielle. A la fin, les pasteurs furent chassés ; ce fut la dernière étape de cet effort : la révocation de l'édit de Nantes, en 1685, ne consiste précisément qu'en cela.
Un lecteur moderne se fera, je crois, un tableau assez exact de toute cette entreprise en la comparant à celle que la République a menée en France contre le Concordat de 1801. Ce concordat pris pour l'équivalent à l'égard de rÉglise catholique de ce que l'édit de Nantes fut pour les protestants ; l'avènement de la République représentant celui de Louis XIV ; les diverses lois de persécution édictées par ce régime imitant les mesures préparatoires à la révocation de l'édit ; enfin la loi de
séparation équivalant à cette révocation : tels sont les points de cette comparaison. Ils peuvent nous servir à comprendre et de plus à justifier, quand on y regarde de près, l'entreprise de Louis XIV.
Qu'on ne s'étonne pas de cette assertion. Nos conservateurs croient faire merveille en reprochant au présent régime ce qu'ils trouvent de ressemblances entre lui et Tancien. Tout au contraire, quand [ces ressemblances existent, elles font l'éloge de l'esprit politique pratique du vieux parti républicain. Dans une mauvaise cause, ce parti a su prendre les moyens de rendre son autorité durable et de déjouer la contradiction. S'il réussit ainsi à garder le pouvoir, sachez en reconnaître la cause dans le soin qu'il eut d'observer quelques-unes des lois éternelles du gouvernement des hommes.
Entrons donc dans les raisons dont on se sert de nos jours pour justifier ce parti, et que les organes républicains répandent, pour comprendre celles de Louis XIV.
Il ne faut pas dire, il ne faut pas croire, que toutes ces raisons sont mauvaises. L'indignité de la République, dans la guerre qu'elle fait à l'Église, ne consiste ni dans les violences, qu'elle s'applique très attentivement à éviter ou à réduire ; ni dans la volonté, considérée en soi, de faire Tunité entre les citoyens ; ni dans la persuasion que la base de cette unité réside dans les sentiments et dans les croyances des hommes. Tout cela est raisonnable, et ceux qui le contestent ne font que montrer par là un esprit d'anarchie plus extrême que celui même des républicains. Non, linjustice de la République dans ses rapports avec l'Eglise est autre. Elle consiste dans trois points que voici :
1" Dans un temps où la tolérance est devenue une loi des circonstances, cette injustice consiste à méconnaître les faits qui l'imposent, qui l'imposent même à la mo-