‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 114 sur 162 · II. LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

II. LES PROTESTANTS

narchie catholique, qui partant l'imposent bien davantage à ceux qui se vantent d'en remontrer à cet égard à la monarchie ;

2" A confondre dans les mêmes organes le pouvoir politique et le pouvoir spirituel qui leur sert d'allié, je veux dire la libre pensée maçonnique ; renseignement de cette dernière est remis en apparence à des organes spéciaux, mais ces organes sont rattachés en fait, par des liens d'étroite obéissance, à l'appareil de la puissance civile ; l'instituteur, qui représente le principal de ces organes, est à la nomination du préfet ; l'instruction publique tout entière, synthèse de ce pouvoir spirituel, est un département d'Etat ;

3^ A faire l'unité de la France au profit d'une secte ; secte anarchique, nuisible à l'Etat français.

Telles sont les causes qui, du point de vue de l'ordre public, condamnent l'offensive de la République. J'ajoute qu'elle n'est pas libre de se corriger là-dessus, son caractère de secte l'empêchant de s'en remettre aux pratiques qui suffisaient à défendre un gouvernement national. La confusion des deux pouvoirs est l'essence de notre République, et la tolérance la tuerait.

Aucun de ces trois reproches ne tombe sur Louis XIV. En effet, l'unité qu'il recherchait était au profit de la France, et les pouvoirs religieux étaient indépendants.

Ils l'étaient à ce point que, dans la révocation de l'édit, le sentiment des pouvoirs religieux se manifesta au contraire de celui du roi. On eût aimé, du côté du clergé, que l'entreprise continuât d'être confiée à la prédication : cette préférence est naturelle aux pouvoirs spirituels ; une lettre souvent citée de Fénelon nous rend témoins des plaintes qu'on fit à ce sujet. Elle contient en même temps la preuve que ces plaintes étaient injustes. Fénelon remarque la manière imparfaite dont cette action

spirituelle était conduite, il critique l'insuffisance des docteurs ; cependant on avait fait en ce genre tout ce qu'on pouvait : la conclusion à tirer de ce qu'il dit, c'est que les moyens d'assurer les résultats par la seule prédication manquaient. Aussi longtemps que l'art de réussir consistera dans l'emploi des moyens qu'on possède, non dans le regret de ceux qu'on n'a pas, la conduite que tint Louis XIV méritera d'être approuvée.

Le rétablissement de l'unité était un projet arrêté. Quand il eut donné à la persuasion ce qu'il était en mesure de donner, il termina par la contrainte.

Cette contrainte eut sans doute des effets dont la pitié peut s'émouvoir ; en soi, on ne saurait prétendre qu'elle ait choqué aucim droit essentiel. Les protestants ne pouvaient s'en étonner. Tout le long du siècle écoulé, leur situation de secte tolérée par faveur ne fut contestée par personne ; les grandes diminutions qu'ils subirent dans leur nombre par l'effet de conversions dont plusieurs sont illustres n'avaient fait que mettre cette situation dans une plus grande évidence. On ne pouvait s'étonner que cette tolérance cessât ; l'avantage de l'unité rétablie fut unanimement apprécié.

Le tapage des revendications postérieures nous fait imaginer qu'il y eut alors une grande réprobation ; mais l'histoire n'enregistre rien de pareil : toute la France fut avec le roi. 11 en est de même du dommage de nos arts, dont nos manuels de classe rapportent mensongèrement que l'émigration des protestants fut cause.

A vrai dire, on s'étonne que des partisans si chauds de la cause internationale, qui devraient se féliciter que nos arts, portés à l'étranger, aient instruit le genre humain, se retrouvent nationalistes quand il s'agit de critiquer Louis XIV. Quant à la France, jamais les arts n'y fleurirent plus précisément qu'à cette époque ; dans

Page 1