LA REVENDICATION DES SECTES III. LES JANSÉNISTES
La destinée de ces hérésies offre de grandes différences. Celle des Albigeois fut détruite ; la réforme protestante eut pour effet de rompre l'unité de l'ancienne Chrétienté et d'ouvrir pour l'Europe une ère pleine de périls nouveaux ; le propre du jansénisme fut de mettre la guerre civile au sein de la société française.
Ce résultat vient de ce que ces hérétiques repoussèrent la séparation, à laquelle leur obstination devait les réduire. En enseignant ce que l'Eglise défend, ils affectèrent de demeurer dans l'Eglise ; pas un instant ils ne cessèrent de chercher dans les rèsrles de Tobéissance même un abri pour leur rébellion. Ils ont donné le premier exemple d'une hérésie qui refuse le schisme, afin de ne se point affaiblir : premier essai d'une politique destinée à renaître de nos jours au profit de doctrines plus audacieuses encore.
Les effets d'un jeu si perfide furent de rendre quelques points de doctrine douteux parmi les catholiques, et de décrier un ordre religieux dont Thonneur n'importait pas moins à la catholicité qu'à la France.
Je voudrais appuyer sur ce point et montrer quels soutiens de la cause nationale les jésuites représentent aux yeux de tout Français chez qui l'histoire n'est pas
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victime du préjugé. Et d'abord, nul ne met en doute que la suppression de cette compagnie a rendu les voies plus faciles au triomphe de la Révolution. Qui peut dire quelles ressources morales ils eussent fournies pour la combattre? Les services rendus en leur temps contre la Réforme en sont le gage. La défaite de la Réforme est aux trois quarts l'ouvrage des compagnons de saint Ignace; il les avait rassemblés dans ce but ; il semble que personne plus qu'eux ne dût être armé pour aider à la résistance contre cette attaque nouvelle. D'autre part, comment oublier Tœuvre que les missionnaires jésuites avaient accomplie dans le monde au profit de notre pays ?
Cette œuvre est un des étonnements de l'histoire. A la lin du règne de Louis XIV, la Chine était devenue la conquête de ces pères. L^'ascendant qu'ils y avaient pris mérite de causer d'autant plus d'étonnement que le progrès de nos missions modernes paraît plus borné dans ces contrées. Nous les tenons pour impénétrables ; les jésuites y avaient pénétré. La conversion des peuples au christianisme avançait rapidement ; Tempereur, nommé Can-tchi, n'avait pour conseillers que des jésuites français. Leurs achitectes, célèbres dans toute TEurope, avaient bâti son palais d'Eté ; leurs astronomes avaient aménagé son observatoire de Pékin. Par l'entremise de ces religieux Louis XIV et cet empereur échangeaient des compliments et des cadeaux. L'influence française allait de pair avec le progrès delà religion. C'était le gage certain, pour l'avenir, d'une chrétienté d'Extrême-Orient et d'une vsphère de domination française, dont le présent est loin de nous offrir l'équivalent. On sait comment la querelle des cérémonies funèbres anéantit tout cet espoir. Par un effet des pratiques de leurs ennemis, les jésuites furent . chassés de Chine : l'Eglise et la France perdirent ensemble ces merveilleuses avances d'avenir.
Contre l'hérésie janséniste la cause de ces pères ne fait qu'une avec celle de Thonneur français. Cette hérésie ne leur porte pas dans 1 histoire un seul coup que ne ressente la mémoire de notre plus grand roi.
Ce que Louis XIV encourt de reproches à cet égard est une matière des classes de rhétorique ; nos professeurs de littérature se sont passionnés pour Port-Royal. Cette mode, à laquelle on n'aperçoit de cause, outre le prestige à.es Provinciales^ que le préjugé révolutionnaire, ami des révoltés en tout genre, est générale dans l'Université. M. Gazier, professeur en Sorbonne, en est de nos jours le représentant. Même la revendication janséniste a pris de nouvelles forces dans ces dernières années ; les ruines de Port-Royal des Champs, soigneusement entretenues, enrichies d'un musée, ont vu tripler le nombre des visiteurs ; on y a dressé des bustes et fêté des anni* versaires ; on y organise la revanche du passé et la confusion de l'ancien régime; on y mène des écoles en façon de pèlerinage. A Theure qu'il est, ces ruines perdues dans la verdure, où des reliques choisies avec discrétion réveillent doucement le souvenir des solitaires, figurent assez bien ce que serait un monument d'Etienne Dolet à l'usage des sphères intellectuelles.
Sous une forme plus riante et moins grossière, des gens de lettres, des professeurs, de nouveaux bacheliers, viennent y participer aux mêmes dispositions hostiles à l'égard de l'autorité, aux mêmes rancunes contre notre histoire. Ce sont les sentiments qu'éveillent les souvenirs du jansénisme, parfaitement conformes à ce qu'il fut.
Ses origines tiennent toutes en deux points : la complicité de Jansénius et de Saint-Cyran, ligués sur le terrain de la théologie, en faveur de la doctrine ; le fana-