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III. LES JANSÉNISTES

tisme mis par les Arnauld à combattre sous ce couvert l'esprit de la monarchie française.

La doctrine arrêtée du côté des docteurs venait des erreurs sur la grâce qu'on vit professer à Louvain, au temps le plus troublé de la Réforme, par le célèbre théologien Baïus, et qui furent condamnées en 1567 ; l'esprit des Arnauld venait du rôle que joua, au milieu des guerres civiles de France, le parti dit des politiques. Il ne faut pas confondre ce parti avec celui qui doit s'appeler royal, et qui, liant son action à celle de la reine mère, n'eut jamais d'autre politique que le salut de la monarchie. Des deux côtés donc, du côté de Baïus comme du côté des Arnauld, se rendent évidentes les attaches du jansénisme avec la réforme protestante ; il en est proprement un legs.

On ne sait pas le temps précis auquel commencèrent les relations de Jansénius avec Saint-Gvran. Peut-être ce fut à Louvain, où ce dernier étudia. Ces relations continuèrent à Bayonne, patrie de Saint-Gyran, où ce dernier avait attiré son maître, et où tous deux vécurent quelque temps étroitement rapprochés et travaillant ensemble, entre 1613 et 1617. Une correspondance assidue s'ensuivit de leurs relations, entre 1622 et 1624.

On saisit dans cette correspondance des traits d'une extrême conséquence et le vrai portrait du jansénisme, Sainte-Beuve en a contesté l'importance, mais l'esprit de parti l'aveuglait : le caractère de conjuration y éclate. Les jésuites avaient bien compris le parti qui s'en pouvait tirer ; un des leurs, le P. Pinthereau, ayant découvert cette correspondance, la publia sous le nom de M. de Préville. On s'étonne en la lisant qu'elle n'ait pas pesé davantage dans le jugement qu'on fît depuis du jansénisme ; mais c'est un fait que dans toute cette querelle la Compagnie se montra toujours ou malhabile ou indif-

férente à se défendre elle-même. Elle opéra la destruction de la secte, sans parvenir à saisir l'opinion par quelques-uns de ces traits vigoureux qui fixent les esprits sans retour ; victorieuse de Thérésie, elle ne retira point de gloire de cette victoire. Ceux qui l'ont accusée de chercher son intérêt sont bien obhgés de convenir qu'elle en laissa échapper les moyens ; en possession de plusieurs armes décisives, on ne l'en voit frapper aucun coup capable de la dégager elle-même, en même temps que la cause qu'elle servait.

Jansénius et Saint-Cyran ne méditaient rien moins que la revanche du baïanisme. Ils la méditaient formellement, ils discutaient les moyens de l'assurer ; Jansénius, qu'on priait de réfuter Dominis, archevêque de Spalato, nouvellement condamné pour le livre de Republica Chrishaiia^ écrit qu'il « abhorre » de le faire ; le synode protestant de Dordrecht, tenu à cette époque contre les remontrants, il dit qu'il l'approuve « presque entièrement ».

Dans un mémoire du P. de Montézon inséré par Sainte- Beuve à la suite de son Port-Royal, ce jésuite, en grand désaccord avec l'historien, cite les témoignages suivants de saint Vincent de Paul. On sait que ce saint connut fort Saint-Cyran, et en général les atTaires et les gens du jansénisme à ses débuts :

Une des raisons, dit-il, que j'ai de condamner les opinions nouvelles, c'est la connaissance que j'ai eue du dessein de l'auteur de ces opinions (Saint-Cyran) d'anéantir l'état présent de rÉ^dise et de la remettre en son pouvoir. Il me dit un jour que le dessein de Dieu était de ruiner l'Ej^lise présente, et que ceux qui s'employaient pour la soutenir faisaient contre son dessein.

Ces propos d'hérétiques sont curieux à noter. On y voit un remarquable exemple du zèle dévot dont s'arme

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