‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 121 sur 162 · TII. LES JANSÉNISTES · texte numérisé non relu

TII. LES JANSÉNISTES

dans les Mémoires de Laacelot, Teffet qu'elle fît sur Saint-Cjran.

M. de Saint-Gyran, dit ce fidèle disciple, ayant peine à digérer ce procédé de la cour de Roma, qu'il savait fort bien distinguer de l'Église romaine, ne put retenir son zèle pour la vérité, et il dit par un certain mouvement (inspiration) intérieur qui ne semblait venir que de Dieu : Ils en font trop, il faudra leur montrer leur devoir.

On remarquera, je pense, cette inspiration intérieure, parente di celle qui, selon Bèze, poussa Poltrot contre le duc de Guise. Il ne faut rien moins que des inspirations de cette sorte, « qui ne semblent venir que de Dieu », pour autoriser tantôt l'assassinat, tantôt la révolte contre l'Eglise.

Le P. de Montézon cite les paroles violentes échappées dans cette occasion à l'ange de douceur qui s'incarnait dans la mère Angélique. Cette prompte condamnation poussait la secte à bout ; dès ce moment, le jansénisme découvert ne put plus que prolonger des intrigues : il avait cessé d'être une conspiration.

J'en ferai voir trois caractères : le caractère théologique, le caractère politique et le caractère de politique religieuse.

J'ai dit, et Ton sait du reste, que le premier rattachait le jansénisme à la fameuse question de la grâce ; mais, dans une étude comme celle-ci, un caractère surtout mérite l'attention, c'est celui de la réforme de l'Eglise. On a vu qu'elle faisait le prétexte du parti ; mais le sens qu'il donnait à ce mot de réforme était suspect, et il fallait le dissimuler. Saint Vincent de Paul pourtant en eut la confidence : on l'avait cru longtemps capable d'être

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séduit ; aussi n'est-il rien de plus précieux que son témoignage à cet égard :

Je vous confesse, lui disait Saint-Cyran, que Dieu m'a donné et me donne de grandes lumières : il m'a fait connaître qu'il n'y a plus d'Église, et cela depuis cinq ou six cents ans. Auparavant l'Eglise était comme un grand fleuve qui avait des eaux claires ; mais maintenant, ce qui nous semble l'Église, ce n'est plus que bourbe. Le lit de cette belle rivière est encore le même, mais ce ne sont plus les mêmes eaux.

Il disait encore :

Ce sont eux, ce sont les premiers scolasliques, et saint Thomas lui-même, qui ont ravagé la vraie théologie.

Ainsi le messager de la réforme nouvelle se présentait en docteur inspiré, investi d'une mission divine, pour réparer six cents ans d'erreur. On ne peut douter de la véracité de saint Vincent de Paul dans un rapport aussi précis, que personne aussi bien ne s'aviserait d'inventer. Ces témoignages du saint sont au nombre des choses qui ont le plus embarrassé la secte ; ils la condamnent en termes formels :

Sachez, écrit saint Vincent de Paul, que cette nouvelle erreur du jansénisme est une des plus dangereuses qui aient jamais troublé l'Église ; et je suis très particulièrement obligé de bénir Dieu et de le remercier de ce qu'il n'a pas permis que les premiers et les plus considérables d'entre ceux qui professent cette doctrine, que j'ai connus et qui étaient mes amis, aient pu me persuader de leurs sentiments-

Ne pouvant espérer de rendre suspect le caractère d'un tel homme, ces dévots zélés affectaient de ne voir dans les jugements de saint Vincent de Paul que Peffet des intrigues ennemies sur un esprit peu éclairé. C'est

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