III. LES JANSÉNISTES
Dans une des deux célèbres lettres, chefs-d'œuvre de raillerie fine et d'éloquence, que Racine écrivit contre Port-Royal, cet auteur avait relevé Thumilité pompeuse des confessions publiques du même Lemaître. « Et votre Monsieur Lemaître, disait-il,
... il avoue dans une lettre qu'i7 a été dans le dérèglement ^ et qu'il s'est retiré chez vous pour pleurer ses crimes. Gomment donc avez-vous souffert qu'il ait fait tant de livres sur la matière de la grâce? Ho, ho, direz-vous,il a fait auparavant une longue et sérieuse pénitence. Il a été deux ans entiers à bêcher le jardin, à faucher les prés, à laver les vaisselles.
La réponse fut vive et même furieuse. Pour n'avoir pas relevé Tartufe à genoux, pour avoir pris le janséniste au mot sur des crimes qu'il ne feignait d'avouer que pour qu'ion le portât aux nues, Racine fut traité d'indigne.
Vous accusez M. Lemaître, ripostait Port-Royal par la plume de Dubois, vous abusez indignement de son humilité qui lui a fait dire qu'il avait été dans le dérèglement, et vous ne prenez pas garde que ce qu'il appelle dérèglement, c'est ce que vous appelez souverain bien.
Quelle pitié 1 et quelle honte de voir que des professeurs continuent d'enseigner aux enfants l'admiration de ces gens-là 1 Et de qui donc parle le moraliste ^ quand il écrit que « l'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission dont on se sert pour soumettre les autres » ?
J'ai annoncé dans le jansénisme un côté de conspiration politique. G^est un point qu'on passe sous silence, et qui n'en est pas moins certain. 11 étonnera moins, si l'on songe que Jansénius était en son particulier l'auteur d'un livre, Mars Gallicus, dans lequel les rois de France,