‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 127 sur 162 · Grétineau-Joly, Histoire des Jésuites, tome IV, p · texte numérisé non relu

Grétineau-Joly, Histoire des Jésuites, tome IV, p

premiers, se liguaient contre cette compagnie. Ainsi le dessein que la secte fut obligée de suivre, et où il lui fallut se renfermer enfin, était conforme à son principe. Par là s^expliquent l'ardeur et la constance qu'ils mirent à le poursuivre et à la décrier.

J'ai dit que YAiigustinus fut condamné en 1642. Un pape d'une haute intelligence, ami particulier de la France, Urbain VIII, fut l'instrument de cette condamnation. Moins d'un an après, en 1643, mourut Saint-Cyran, emportant au tombeau le regret deux fois amer de ses desseins avortés et de ses rancunes inassouvies. Alors vivait à la cour une princesse de la maison de Rohan, que ses parentés protestantes pouvaient désigner à la secte comme une adepte à conquérir ; c'était M*"' de Guémené. Elle inclinait à prendre un janséniste pour son directeur de conscience ; le P. de Sesmaisons *, jésuite, l'en détourna par une lettre qui fut rendue publique. Ce fut le signal de la guerre.

Le grand Arnauld entra en scène, et publia la Fréquente Communion. C'était, comme on sait, une condamnation de la communion fréquente, que les jésuites recommandaient. Le livre parut avec l'approbation de quinze prélats. Tout le parti en fit un bruit énorme et, remis en posture par ce détour habile, n'eut plus à la bouche que la morale dangereuse de ceux qui avaient fait condamner Jansénius.

Il est vrai, la Fréquente Communion enseignait une pratique différente de celle que recommande l'Eglise ; mais on pouvait trouver là-dessus tant d'équivoques, que la condamnation était comme impossible. Les adhésions d'évêques faisaient merveille ; jointes à l'ostentation de dévotion du livre, elles intimidaient la critique et recueil-

1. Grand-oncle des deux généraux de Sesmaisons et du P. de Sesmaisons, jésuite, mort l'année dernière.

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laient l'approbation des simples. Comment tant de paroles pieuses eussent-elles couvert des intentions répréhensibles ? Il faut savoir aussi de quelle manière quelques approbations d'évêques avaient été obtenues.

J'ai répondu à la reine (Anne d'Autriche), écrivait saint Vincent de Paul, qu'il était vrai que Më^ de N. avait signé les livres de Jansénius et de la Fréquente Communion, mais c'était sans les lire, n'en ayant pas eu le loisir... A quoi Sa Majesté a répliqué en demandant si l'on pouvait signer les livres sans les voir. Je lui ai dit que feu Mg^ de N. avait signé le livre de la Fréquente Communion sans l'avoir lu *.

Pendant dix ans, depuis 1643, que parut le livre du grand Arnauld, la diffamation des jésuites se poursuivit. Sous le couvert de cette diversion, le jansénisme faisait des adeptes. A la déclaration publique, qu^ils n'osaient faire, suppléaient mille dissidences avouées, qui, pour se rendre insaisissables à des condamnations formelles, n'en opéraient pas moins Phérésie dans les âmes. Le moment parut venu de frapper un nouveau coup ; de nouveau on visa la tête ; cinq propositions furent extraites de Pouvrage de Jansénius et firent l'objet d'une condamnation. Ce furent les bulles d'Innocent X, parues en 1653.

Nous sommes à l'époque qu'on peut appeler classique et littéraire du jansénisme, à celle dont on fait l'histoire devant les écoliers.

Le parti s'empressa de déclarer que les bulles ne le touchaient point ; qu'avec le pape, avec tous les fidèles, ceux qu'on voulait flétrir du nom de jansénistes condamnaient les cinq propositions ; que tout le fait de ces jansénistes n'était que de combattre la morale relâchée des jésuites et de déconseiller la fréquente communion.

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