‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 131 sur 162 · Stourm, les Finances de l'ancien régime, t. 1", p · texte numérisé non relu

Stourm, les Finances de l'ancien régime, t. 1", p

C'était en 1793. En 1795, devant les Cinq-Cents, Dubois-Crancé renouvela sa proposition, l'histoire à la main cette fois.

Les Romains, dit-il, percevaient l'impôt en nature. Les Chinois^ le peuple le plus sage de V univers, font de même.

Cet argument était sans réplique. On sait qu'après Aristée et Tityre, la Révolution ne vénéra rien tant que Fo-hi, Kien-lon et Can-tchi, et après les Vies de Plutarque que le livre Choukin. La Chine l'emporta. Le projet fut voté, avec quel succès on l'imagine. Voltaire écrivait plaisamment : « Les Lapons et les Samoyèdes sont soumis à un impôt unique en peaux de martre, la république de Saint-Marin ne paie que des dîmes pour entretenir l'état de sa splendeur. » La France fut mise à ce pas. La loi prit dix séances. On accorda l'impôt en nature, d'abord pour la moitié, et puis pour les trois quarts. Au bout d'un an, un rapport de Balland faisait ouïr aux Cinq-Cents les résultats.

Ils étaient effroyables. Le désordre de la perception en faisait la moindre partie ; le déficit passa toutes les craintes. L'énorme amas de denrées remis aux mains de l'Etat s'était perdu de vingt façons : on les rangeait dans les églises confisquées ; la pourriture, les insectes, les voleurs, les y consommèrent en partie ; les frais de garde, de manutention, de transport avaient achevé de dévorer le reste. Dubois-Crancé n'en défendit pas moins son système avec intrépidité. Il traita les autres projets de chimères» Selon lui, un cadastre exact était impossible. « La véritable répartition, dit-il, la plus approximative du moins, se trouve dans les mains de la nature. » Et, content de cette gentillesse, il ajoutait ; « Par la manière dont elle distribue ses bienfaits, elle indique elle-même où est la richesse, où est la misère. »

Le régime ainsi défendu prolongea un an son exercice En 1797 seulement, après deux ans de désordre burlesque et d'alîreux gaspillage, on se résolut de terminer la gageure. Tel est en abrégé le trait le plus remarquable de la réforme de l'impôt sous la Révolution.

Je parle des systèmes réguliers. Quant aux faits d'expédients, c'est mieux encore. La fixation du maximum, les réquisitions de denrées à main armée, firent voir, après trois quarts de siècle de progrès ininterrompus vers la fixité des finances, un retour à des mesures d'exception dont la violence passait tout ce qu'on avait connu. Gambon, pour encourager le commerce, proposait d'interdire la lettre de change. Mais par compensation nous eûmes les assignats : témoignage fameux et éternel des capacités financières déployées par les réformateurs. La ruine générale s'ensuivit ; ils n'empêchèrent pas la banqueroute. Au milieu de tout cela, Barère disait :

Citoyens, jamais la fortune publique n'a été élevée au point où elle est en ce moment. Riche de liberlé, riche de population, riche de domaine, la République com])te employer pour l'amélioration du sort des citoyens les milliards des riches.

On remarquera en passant combien cette éloquence a peu changé.

Conclusion : néant et néant. Tout ce qu'on nous conte sur l'œuvre de la Révolution quant aux impôts n'est qu'un mensonge. La Révolution n'a pas fait le Grand- Livre, la Révolution n'a pas fait le Cadastre, si du moins faire signifie faille et non annoncer quoa fera.

« De même, écrit M. Stourm *, qu'elle osa organiser le grand livre de la dette publique en pleine faillite, an

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