Babeau, ouv. cit., p
enlevé de nos jours par l'exportation et que la population j est plus nombreuse qu'alors ; il faudra bien conclure que la condition du paysan est moins bonne aujourd'hui qu'alors. M. Babeau, qui a particulièrement connu cette partie de la province française, fait observer qu'elle était loin de compter parmi les plus riches. Cependant on j voit, dans le même temps, des bourgs de sept cents à huit cents âmes en possession de trois et quatre bouchers.
Bien auparavant, en Normandie, des documents de la plus grande précision montrent les paysans les moins aisés mangeant de la viande après la soupe deux fois par jour, au dîner et au souper. En 1684, un règlement, dont nous avons le texte, prescrit de donner aux collecteurs d'impôts mis en prison une livre de viande, vingt onces de pain et une pinte de vin par jour. Ces collecteurs étaient des paysans : certainement on se réglait en cela sur ce qu'ils mangeaient chez eux à l'ordinaire. Ainsi la viande y tenait cette place. Cependant on a écrit partout que les paysans de l'ancien régime ne mangeaient presque jamais de viande.
Ajoutez que dans les provinces lointaines, à l'écart des grandes villes, le bon marché de la viande était grand à cette époque ; le paysan avait donc intérêt à la manger plus qu'à la vendre. Jouvin de Rochefort signale ea basse Bretagne des veaux gras qu'on vendait trente sous. Ces témoignages suffiront quant à la subsistance.
Pour le logis, je vois qu'on fait état de ce que les paysans avaient des maisons « de boue ». Ici encore je demande quelle boue. L'usage de la terre pour bâtir est imposé en plusieurs endroits par le défaut de carrières et de terre à brique. Cet usage est bien loin d'être signe de misère. En Normandie, nombre de bâtisses servant de réserve et d'appentis ne sont faites que de pisé,
c'est-à-dire que de boue. Le Beaujolais est couvert de maisons d'habitation bâties de la sorte, parfaitement propres, spacieuses et confortables. Au contraire, les pauvres villages de Savoie sont bâtis de pierre schisteuse et couverts d'ardoise. Ces différences ne donnent aucune indication de pauvreté ou de richesse .
Quant à la terre battue formant le sol des chambres, aux poutres basses où pendent les salaisons, au voisinage du bétail, j'ose dire que ces choses, remises dans leur milieu et à leur plan (du reste visibles aujourd'hui même en beaucoup de parties de la France), ne font pas Teffet qu'on s'imagine. Il faut n'avoir imaginé les champs que du fond d'une arrière-boutique pour pousser jusqu'à l'indignation l'étonnement que des hommes puissent vivre privés de planchers et de plafonds de plâtre.
Le ridicule excès de cette prévention tient à l'empire pris par les écrivains romantiques sur l'imagination contemporaine. Rien ne fut plus bourgeois que cette école ; son ignorance des choses rurales allait jusqu'à l'extravagance. Nourrie dans les cafés de Paris, ne demandant son inspiration qu'aux grimaces d'un Moyen Age absurde, évoqué par bravade au fond de ruelles sordides, toute à Texaltation fantastique du laid, à l'illustration pédantesque des émotions excitées chez de jeunes bourgeois avides par le spectacle de la vie des villes, aucune ne fut plus loin de s'intéresser aux champs. Ce qu'elle en étala ne fut que contre Boileau, auquel on tenait à reprocher de n'avoir pas dit vache pour génisse. Ils n'ont aimé que Paris, connu que Paris, vécu qu'à Paris. Le prix de la vie ne fut jamais à leurs yeux que le luxe que Paris donne et que les plus gueux souhaitaient avec fureur. Le reste leur faisait horreur.
Dans un pareil point de vue les récriminations n'ont
rien d^étonnant. Il n'y a presque pas un trait de la vie rurale qui ne mette en train les plaintes d'un boutiquier de la pointe Saint-Eustache, logé dans un entresol sans air, respirant les détritus des halles, jouissant sous sa porte d'entrée d'une chevauchée du Parthénon en plâtre et de l'honneur de se faire tirer le cordon par un portier au fond d'un antre affreux. Seulement il est clair qu'en préférant son sort il n'obéit pas à un sentiment de nature, mais à Tillusion de l'habitude ou au préjugé de la vanité.
Ceux que ce préjugé possède seront étonnés d'apprendre de quels meubles était meublée la maison du paysan d'autrefois. Il semble qu'on s'y soit appliqué plus qu'au reste. Les pièces en sont solides et de bonne condition ; chacun sait que les plus beaux se sont fait rechercher de nos jours. Bahuts, tables, chaises^ lits, mentionnés dans les inventaires, font honneur à l'aisance du propriétaire ; nappes et serviettes ne manquent pas, les lits de plume sont en abondance ; en Champagne, province pauvre cependant, ils sont d'usage universel.
Dans les ménages les moins aisés, où le bois du lit est taillé à la serpe, on rencontre cependant la plume. Un trait curieux fait voir l'étendue de cet usage dans les villages des environs de Paris. Pendant les troubles de la Fronde, les bandes espagnoles pillèrent Sucy-en- Brie. Les paysans avaient retiré leur mobilier le plus précieux dans l'église. Après que les soldats en eurent forcé les portes, ils marchaient, dit la chronique, au milieu des lits éventrés et avaient de la plume jusqu'à mi-jambe.
Tout cela est loin de marquer la pauvreté. La vaisselle est anciennement de bois, puis de terre, puis d'étain, à mesure que l'industrie met ces matières, plus propres, à la portée des villageois. A la fin, elle est de faïence et d'argenterie.
»^4fi LE MENSONGE DE LA MISÈRE PUBLIQUE
Pour le vêtement, les remarques qu'on peut faire sont les mêmes. Qu'on n'imagine pas ces paysans vêtus seulement de la laine de leurs troupeaux, filée dans les villages. Ceux de Champagne portent du drap d'Eibeuf, de Romorantin, de Vire •: les ressources nécessaires pour acheter les produits des manufactures en renom ne leur manquaient pas, comme on voit. Le drap de Berg-op- Zoom en Hollande se montre aussi dans les inventaires, avec les étoffes dites de Londres et du Maroc, tissues ailleurs que dans le pays. A cet article comment éviter de joindre la mention des habits des femmes, dont la magnificence est attestée par ce qui subsiste à cet égard dans nos provinces. La soie, l'argent et l'or éclatent dans ces costumes, que les générations se transmettaient; les bijoux, chez quelques-unes, y sont joints avec une abondance dont l'attirail d'une paysanne moderne, convertie aux modes de Paris, est loin de faire voir l'équivalent.
Tel est en résumé l'état du paysan d'ancien régime, dans ce qu'il comporte de plus matériel. Tous ces détails sont de source ; des contrats de mariage, des titres de propriété, des inventaires, les versent en abondance, pêlemêle et comme au hasard.
Dans la lettre morte de ces actes, qui ne visent en eux-mêmes à nulle apologie et dont l'intention terre à terre met sous nos yeux l'allure commune des hommes et comme le simple train de l'histoire, la vérité revit d'une manière plus frappante que dans l'exposé le plus méthodique. Cette vérité fait honte à d'ineptes mensonges. Elle atteste la légèreté avec laquelle les Français ont accueilli le décri de leurs ancêtres.
On a fondé ce décri sur quelques textes, tirés au hasard des auteurs, et qui se retrouvent cités partout.
Au nombre de ces textes, quoique peut-être on ne
l'attende guère, je mettrai celui de Henri IV, demandant pour le plus pauvre des paysans « la poule au pot » tous les dimanches. Ce qu'on vient de lire oblige de l'entendre au sens le plus restreint. Le paysan de France, nous Tavons vu, n'a pas eu besoin qu'on lui souhaitât de manger de la viande chaque dimanche. Ainsi le mot doit être rapporté à une époque particulière, appauvrie par les guerres civiles. Remarquons de plus qu'il s'agit de viande fraîche, qui n'exclut pas Tusage des conserves même alors. Enfin le Béarnais parlait pour tout le royaume, et Ton peut croire que le plus grand nombre des provinces avaient devancé le souhait royal.
On allègue avec cela les vers de La Fontaine, quand le paysan appelle la mort :
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ? En est-il un plus pauvre en la machine ronde ? Point de pain quelquefois et jamais de repos. Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts.
Le créancier et la corvée Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
La plainte est forte ; mais ce n'est qu'une plainte. Pourquoi la croirions-nous fondée ? Les paysans ne sont pas seuls à se plaindre de la vie et à souhaiter la mort. Peignant ce souhait dans cette classe d'hommes, l'auteur y a représenté les soucis de sa profession ; un marchand se fût plaint des risques du commerce et sans doute eût voulu mourir pour échapper à ses éché ances : en aurions nous conclu que le négoce en ce temps-là fût impraticable ? Aussi bien, n'omettons pas ceci, que les plaintes des hommes sont de tous les temps. Parce qu'on en trouve en un temps la peinture, cela ne prouve pas que ce temps y ait été sujet plus qu'un autre.
Le paysan de l'ancien régime s'est plaint, n'en dou-
tons pas ; il s'est plaint des difficultés que chacun de nous s'offense de trouver dans sa vie. Les plaintes du peuple sont mal pesées, elles comportent une grande abondance de paroles. En ce temps, les paysans se plaignaient de la milice ; cependant elle ne prenait par an que six mille hommes dans toute la France : ferons-nous attention à cette plainte ? Après ce que nous avons vu de la vie du paysan, ferons-nous attention à celles que La Fontaine nous a dépeintes ?
Aux noces d'un tyran, tout le peuple en liesse Noyait son souci dans les pots.
Pauvre peuple, dit-on, dont le souci avait besoin d'être noyé 1 Je réponds : Heureux peuple qui boit et qu'on met en liesse ! Et l'un de ces arguments vaut l'autre.
Le Jardinier et son seigneur a fait aussi quelque fortune. On dépeint comme abus de la chasse seigneuriale le ravage du pauvre jardin. C'est oublier que l'auteur le représente comme la punition de l'indiscrétion du jardinier qui requiert l'assistance du seigneur contre un lièvre. Il est évident que tous ces textes sont lus sans la moindre critique, et même sans l'ombre d'intelligence.
Sur tous domine le passage des « paysans » au livre des Caractères de La Bruyère. L'occasion est bonne d'en parler et de régler une fois pour toutes le compte d'un morceau si célèbre, et qui a fait écrire tant de sottises. Le voici :
L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés de soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent el qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils
montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes; ils se retirent la nuit dans des tanières, ou ils vivent de pain noir, d'eau et de racines : ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé.
Il y a dans ce portrait trois choses.
Premièrement, des faits. Le paysan est répandu par la campagne.
Le paysan est noir^ livide et brûlé de soleil.
Le paysan est attaché à la terre.
Le paysan fouille la terre.
Le paysan remue la terre avec une opiniâtreté invincible.
Le paysan vit de pain noir^ d*eaii et de racines.
En second lieu, des épithètes. Le paysan ressemble à des animaux farouches, mâles et femelles.
Le paysan se retire dans des tanières.
En troisième lieu, des contrastes. Le paysan n'en a pas moins comme une voix articulée et n'en montre pas moins une face humaine.
Le paysan épargne aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir.
Le paysan mérite ainsi de ne pas manquer de ce pain quil a semé.
Cette liste ainsi rangée épuise le portrait. Elle ne contient rien qui ne s'y trouve ; elle n'en omet pas un détail. On nous assure que ce portrait fait le procès de Tancien régime ; il faudra donc, si Ton dit vrai, que les régimes nouveaux nous en fournissent un autre qui s'en distingue avec avantage. Ainsi, ce qu'on exigera du paysan moderne issu de la Révolution, c'est :
Quant aux faits, que des faits contraires à ceux qui viennent d'être rapportés composent effectivement son portrait ;
Quant aux épithètes, que le peintre de mœurs ne puisse plus songer à employer celles-là ;
Quant aux contrastes, que la satire sociale trouve ceux qu'on vient de lire désormais fades et sans application.
Prenons les faits pour commencer. Ceux que La Bruyère rapporte ont-ils fait place à des faits etfectivement contraires ?
Le paysan a-t-il cessé d'être répandu par la campagne ? Le paysan n'est-il plus noir^ livide et brûlé de soleil? Le paysan n'est-il plus attaché à la terre ? Le paysan ne /o^/fZ/e-^-eV plus la terre? Le paysan ne remuet-il plus la terre avec une opiniâtreté invincible ? S'il est vrai que le paysan ne saurait plus passer pour vivre de y^am noir, d'eau et de légumes (que la langue oratoire ancienne nomme racines)^ son ordinaire, qui ne s'est amendé qu'en même temps que s'amendait l'ordinaire de toute la France et de l'Europe (compris les bourgeois et les grands), n'est-il pas toujours à la même distance de celui des classes plus aisées, de sorte qu'on pourrait, en ne changeant que les mots, conserver pour le moins une proportion pareille ? Les gens instruits de ce que mangeaient nos pères avoueront même que la distance est plus grande.
A toutes ces questions, les faits répondent que oui. Donc toute cette partie du portrait ne saurait composer de blâme à l'ancien régime qui ne tombât aussi bien sur le moderne, puisqu'elle peint le moderne aussi bien que l'ancien.
Les épithètes maintenant.
Un peintre de mœurs qui voudra opposer la vie austère, laborieuse et pénible du paysan à l'élégance et au divertissement des villes u'aura-t-il plus le moyen d'appeler, par une hyperbole méritée, le paysan d'aujourd'hui animal farouche (c'est-à-dire solitaire), mâle et femelle ?
S'il compare le logis de la bourgeoisie aisée à la maison de nos paysans, Tidée ne pourra-t-elle lui venir de traiter celle-ci de tanière ?
A cette question, un exact sentiment des figures et du pittoresque suffit pour répondre de la même manière. Donc La Bruyère, en parlant comme il fait, ne dit rien qui soit propre et exclusif à Tancien régime. Les éléments de sa peinture durent toujours.
En troisième lieu et enfin, les contrastes. N'est-ce pas un contraste toujours frappant et émouvant qu'une vie aussi rude que celle qu^on mène aux champs soit celle d'un homme, et qu'elle soit menée par des êtres pareils à nous de voix et de visage, comme de pensée ? N'est-il pas touchant que ces hommes nous épargnent la peine de semer le pain, dont le monde ne peut se passer ? N'est-ce pas aujourd'hui et toujours la même matière de réflexion, que celui qui donne le pain aux autres ne tire que de la peine extrême qu'il y prend le droit de ne pas en manquer ?
Oui encore, oui toujours. En sorte que ce passage ne contient que des choses éternelles, dont on ne peut rien tirer pour louer le régime moderne.
Sa fin explique son commencement. La réflexion tend à ceci. Il faut du pain aux kommes, la vie des villes ne se passe point de cette nourriture ; cependant on ne la tire du sol qu'au prix d'un labeur si rude qu'à peine le citadin trouve-t-il figure d'homme à celui qui en prend le soin, composant son maigre gagne-pain de l'entretien du genre humain. Là-dessus les couleurs sombres viennent naturellement ; Uon voit certains animaux farouches... Mais ces couleurs ne sont que des couleurs, une mise au point conforme à la pensée de l'auteur, toute au contraste que j'ai marqué. Venant à la matière même de ses allégations, on n'y découvre rien qui ne se trouve
35i2 LE MENSONGE DE LA MISÈRE PUBLIQUE
aujourd'hui sous nos yeux. La Bruyère reviendrait au monde, qu'il ne pourrait que refaire la même peinture. Gela tranche Tinterprétation.
Que si quelqu'un en doute, je lui propose ceci. Au chapitre des enfants, le même La Bruyère écrit : « Les enfants sont hautains, dédaigneux, colères, envieux, eu- j rieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempé- M rants, menteurs, dissimulés, ils crient et pleurent faci- ™ lement, etc. ; ils sont déjà des hommes. » Dira-t-on que ceci peint le temps et fait la preuve que tous ces vices étaient alors chez les enfants ? Rien moins. C'est que ce texte, de toute évidence, n'est pas historique, mais moral. Ainsi de celui des paysans ; il est moral, non politique.
Une autre objection moins populaire vient du Journal de d'Argenson. Taine le cite avec abondance, et Ton y trouve à profusion des traits de misère du peuple au temps de Louis XV. Mon intention n'est pas de prendre un à un ces textes et d'en chercher l'application exacte. Il suffira de remarquer, premièrement, qu'on ne les voit revenir qu'aux années de disette, soit en 1710, aux environs de 1739 et en 1750. La disette de cette dernière année est célèbre pour avoir aidé la Révolution. En second lieu, il ne faut pas omettre que d'Argenson détestait le contrôleur Orry et qu'il n'a pas cessé de prendre dans ces critiques ses avantages contre ce contrôleur et contre le cardinal Fleury, qu'il détestait tout autant. D'Argenson appartient à la lignée de ces parlementaires jansénistes, mécontents des ministres, pleins d'un fond de chagrin et d'aigreur qui leur fait outrer les critiques et se poser en censeurs de toute la monarchie.
Quant aux disettes elles-mêmes, on ne les conteste pas. Elles n'étaient la faute de personne. Elles sévissaient dans toute l'Europe, et dans plusieurs contrées bien plus
cruellement qu'en France. En 1681 et en 1687, on en avait déjà vu de semblables. C'est alors qu'il fallait recourir tantôt au pain d'orge ou d'avoine, tantôt au pain de fougère, pire encore. Ces désordres tenaient à la difficulté des communications, aux droits d'entrée que percevaient les provinces, à la pratique multipliée des jachères. Nulle part on ne voit que l'oppression en fût cause.
On s'est beaucoup servi du célèbre voyage d'Young pour dépeindre les campagnes françaises à la veille de la Révolution. Taine en particulier en fait usage. Mais je ne vois pas d'abus de textes comparable à celui qui se fait de ceux-là.
Un texte n'est rien, ne cessons pas de le dire. Tous les textes^ disait Fustel. C'est que tous les textes servent à comprendre chaque texte, et qu'il n'y a pas, en histoire plus qu'ailleurs, d'analyse que la synthèse ne doive accompagner et guider. Qui souhaitera de tirer du voyage d'Young non des armes de polémique, mais le tableau de la vérité, devra tenir compte de plusieurs choses.
Premièrement, de la disposition d'un voyageur, naturellement enclin à remarquer de très petites choses, auxquelles il accorde une immense importance. Selon l'humeur et le préjugé, il interprète celles-ci tantôt en mal, tantôt en bien, mais toujours sans mesure. Par exemple, Young ne peut supporter de voir arracher l'herbe à la main.
Des femmes, dit-il, que l'on voit, dans le bois, arrachant à la main l'herbe pour nourrir leurs vaches donnent au pays un air de pauvreté ^
Il faut croire que cela ne se voyait nulle part en Angleterre et que les habitudes apportées de ce pays ren-