Ouv, cit., p
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ter dans ces assemblées Tombre d'un régime parlementaire et de tirer de ce fait la condamnation des prétendus régimes d'absolutisme.
Pour les plaids de la première race, c'était bien moins encore : on n'y saurait voir proprement que des rendezvous militaires ; les nobles y donnaient leur avis, et le peuple sanctionnait ce que voulait le roi par des acclamations.
Le régime féodal devait mettre fin à cette pratique de cours plénières. Les conseils que tinrent les Capétiens n'avaient ni ce déploiement ni cette solennité ; Faffluence y était restreinte ; mais ils avaient le même caractère quant à Texercice de l'autorité.
S'y rendre était regardé moins comme un privilège que comme un devoir : la loi en était rigoureuse. Souvent avec la personne du seigneur le roi exigeait qu'une escorte fût jointe. Beaucoup souhaitaient de s'en dispenser ; mais ils n'osaient le faire sans excuse : l'un alléguait l'état de sa santé, l'autre le défaut de sécurité des pays qu'il fallait traverser, un troisième le retard des lettres royales. Le soin qu'ils prennent de chercher des prétextes d'absence montre qu'on ne voyait aucunement dans cette charge le gage avantageux d'un partage de l'autorité royale. M. Luchaire ^ nous fait voir, en 1150, l'abbé de Gluny, Pierre le Vénérable, expliquant au régent Suger les inconvénients qui l'empêchent de se rendre au colloque de Chartres. C'est une bonne occasion de vérifier ce point.
De la part des ennemis du roi, l'hostilité se marquait par cette absence. Cet effet suffirait à distinguer les assem • blées dont je parle d'assemblées de contrôle, telles que nos Parlements. Il montre assez que le fait de paraître
1. Histoire des Institutions politiquesde l'ancienne France sous les premiers Capétiens, t. !•', p. 255.
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à ces assemblées, d'y paraître, dis-je, en conseiller, constituait en soi un acte d'obéissance, non de revendication.
Notre erreur à cet égard vient de Thabitude prise dans les temps modernes d'imaginer dans toute assemblée du peuple ou des grands d'un royaume une force rivale de la royauté. Le spectacle offert par quelques Chambres modernes et les systèmes politiques auxquels nous les rattachons prévient si bien l'esprit qu'on ne s'en peut défaire. Mais le principe des assemblées anciennes était entièrement différent. Elles étaient l'organe du souverain ; elles n'avaient lieu que pour la consultation ; aucune part de la souveraineté ne leur revenait ; à aucun degré ni d'aucune manière elles ne partageaient l'autorité royale.
Quant aux Etats généraux, je demande s'il n'est pas temps d'ôter aux défenseurs de la Révolution l'occasion de facile triomphe et le spectacle ridicule offerts par les efforts de ce que j'appellerai un parlementarisme rétrospectif.
Des royalistes se croient bien forts quand, ayant épousé le préjugé parlementaire, ils en découvrent l'application avant la Révolution même, dans l'assemblée des Etats généraux. M. Aubry-Vitet remarque ' que, pour suffire à cette apologie, trois petites choses ont manqué aux Etats généraux : la périodicité, une loi constitutionnelle et les attributions législatives. Comment peut-on négliger cela ? Comment, en l'absence de ces points essentiels, peut-on espérer de les faire prendre pour l'organe d'un contrôle exercé par les sujets du roi sur son autorité?
Cette importante fonction leur est déniée par tous les témoignages de l'histoire. L'histoire ne rapporte pas même précisément le temps auquel furent réunis les premiers Etats généraux. Cependant c'était le règne de
1. Les États généraux avant 1789 {Revue des Deux Mondes, 15 mai
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Philippe le Bel, sur lequel les témoignages ne manquent pas et qui n'a rien de mystérieux pour nous. Comment pourrait-on supposer qu'une institution de cette portée eût passé inaperçue des hommes ? Le rôle qu'en plusieurs occasions de notre histoire nous prêtons à ces Etats n'est pas un fait mieux vérifié. Trois cents ans après leur institution, lors de la fameuse assemblée de 1614, M. Aubry-Vitet remarque « l'indifférence des députés pour tout ce qui touche aux principes fondamentaux du gouvernement et à l'organisation du pouvoir central ». Tel fut le cas de ces États, les derniers qu'ait réunis l'ancienne monarchie avant ceux de 1789. Ceux qui voient dans rajournement d'une assemblée si peu politique une intention de despotisme n'ont pas considéré cela. Nous ne voyons pas que ces derniers Etats se soient crus plus nécessaires à l'ordre du royaume que les rois qui cessèrent de les convoquer ne l'ont cru eux-mêmes.
On veut nous faire croire que leur rôle était de voter l'impôt, comme les Chambres anglaises. Mais ils n*ont jamais voté d'impôts que par occasion. M. Callery, dans son excellente Histoire du Pouvoir royal d'imposer, que j'ai déjà citée, démontre sans réplique que l'établissement des impôts n'eut aucune part à l'institution des Etats généraux.
« Les États généraux, à leur origine, dit-il, n'ont jamais été consultés et n'ont jamais eu à se prononcer sur une question d'impôt. Leur réunion n'a jamais eu d'autre but alors que de décider si l'assistance militaire, qui féodalement était due au roi, serait donnée corporellement ou compensée par une redevance pécuniaire spéciale. *
Il ne s'agissait proprement que de régulariser Yaide de l*ost. Tels sont les débuts et la fin d'une institution à laquelle on prétend faire la place si large dans l'économie de l'ancienne monarchie. Cette opinion ne tient
pas devant l'histoire. Les États furent un conseil du roi, conseil extraordinaire dans sa convocation et dans son étendue. Ce qui s'ensuit de ces deux points, en fait de conséquences particulières propres à changer la figure d'un tel conseil, est sans doute le fait de ces Etats ; mais ne supposons rien davantage. Ils n'ont présidé à aucun des grands événements de notre histoire, leur réunion fut toute de circonstance et d'intermittence ; en quinze siècles d'existence nationale, il n'ont subsisté que trois cents ans. Pendant trois cents ans la monarchie Capétienne s'en est passée ; pendant deux cents ans, dans la période la plus prospère et la plus éclatante de notre histoire, on a renoncé à cette invention. Il est donc contraire aux faits de représenter les Etats généraux comme un organe essentiel de l'ancien gouvernement français.
La vérité est qu'en plusieurs circonstances ils ont beaucoup aidé ce gouvernement. Nos rois s'en sont servis, non sans adresse, pour se laver, soit aux yeux de l'opinion soit devant l'étranger, de plusieurs résolutions nécessaires à la prospérité du royaume. M. Rathery remarque à propos que Louis XI (classé despote par l'école libérale) est celui de nos rois qui a tiré le meilleur parti des Etats généraux '.
Donc ce qu'on nomme à grand tort despotisme est bien plus ancien que Louis XIV, Richelieu ou Henri IV. Il remonte à saint Louis et à Philippe Auguste ; il remonte à Hugues et à Robert. Voici ce qu'au temps de ces rois Abbon, légiste des premiers temps de la monarchie capétienne, écrit :
Comme le devoir du roi est de connaître à fond les affaires du royaume tout entier, afin de n'y laisser subsister aucune injustice, comment pourra-t-il suffire à une pareille tâche