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Mais, dit-on, dans un semblable système, quelle garantie ont les personnes contre Tarbi traire royal ? Je réponds : Dix siècles d^un pays comme le nôtre s'en sont accommodés, ne doutez donc pas que les personnes aient eu satisfaction à cet égard.
C'est que pouvoir absolu ne signifie pas pouvoir de caprice.
Bossuet, au livre IV de sa Politique, a parfaitement marqué la différence. Un pouvoir absolu peut être raisonnablement exercé ; il le sera infailliblement, s'il est remis à quelque organe dont la position et la nature soient propres aux intérêts dont ce pouvoir dispose. Supposer que le bon fonctionnement d'un pouvoir ne vient que des limitations du dehors est une erreur des plus grossières. Le vrai régulateur des choses réside naturellement en chacune d'elles ; les sanctions extérieures ne viennent qu'en second. De plus, il est ridicule de demander de pareilles sanctions à la force quand il s'agit de limiter le pouvoir, maître par définition de la force.
Exiger cela, poser le problème dans ces termes, c'est chercher non pas la quadrature du cercle, qui se résout dans rinfîni, mais la simple réalisation de l'absurde. Une sanction comme celle qu'on réclame doit être demandée aux égards que les hommes ont naturellement les uns pour les autres, aux mesures que la considération des choses leur impose naturellement. Dans une société bien réglée, ces liens se rendent extrêmement forts et passent en efficacité toutes les menaces de résistance authentiquées par les constitutions.
Celles-ci ne sauraient tout prévoir, elles ne sauraient non plus rien assurer ; de plus, les termes inflexibles qu'elles posent sont contraires à la nature des choses et ne garantissent rien. On peut bien espérer, par un article de code, de mettre en révolution les dernières
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classes d'une nation ; mais, quant aux résistances légitimes et nécessaires, seules des institutions bien ménagées peuvent les assurer aux extrémités du corps social. C'était le cas de l'ancien régime. Dans un des chapitres précédents, j'en ai montré quelques effets.
Rien n'est si faible que la Révolution, que tout moyen révolutionnaire, pour assurer le respect des personnes. Quant à chercher cette garantie dans les prérogatives avouées d'un corps élu, nous avons de quoi nous assurer en France de la vanité de ce dessein.
Ce qui peut assurer la gestion régulière d'intérêts remis soit à un magistrat, soit à un corps, c'est que ces intérêts soient les leurs. On nous répond que ce qui leur donne le droit de les gérer est l'élection. Mais quel intérêt a le public à ce que ces gens aient le droit ? Tout son intérêt est que la besogne soit faite ; par qui ce soit, il n'importe pas. J'avoue que l'élection peut servir à cela, parce qu'elle peut servir à désigner les plus capables et ceux dont l'intérêt est le plus étroitement lié à l'intérêt qu'il s'agit de défendre ; mais ce n'est pas la vertu de l'élection qui assure cette liaison d'intérêt. Cette liaison d'intérêt ne vient pas de ce que l'élu, craignant d'être renvoyé, est obligé de servir l'intérêt de ceux qui l'élisent. L'élection ne durant qu'un instant, rien n'est plus aisé que de la corrompre. Les passions de l'électeur, son ignorance n'offrent pas moins de facilité pour cela, que la ruse et la violence des factions dominantes.
Voilà pour la volonté du corps élu. Quant à sa puissance, qu'cst-elle ?
Celle, dit-on, que confère naturellement la représentation du peuple. Mais cette représentation est aussi vague qu'immense. Sa force ne saurait résider ni dans l'injonction impérieuse d'un mandat particulier, ni dans l'ascendant des compétences, ni dans la menace de sanc-
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tions précises et prochaines ; elle ne réside en rien de ce qui, inclinant les hommes à des actes déterminés par la vue nette des effets et par le respect lucide des circonstances, fait d*un échange légitime d'influences le train commun de l'ordre en ce monde. La force de ce corps est toute dans sa masse et dans la violence des passions qu'il déchaîne. C'est un géant redoutable et stupide, que la raison met en défiance, les avertissements en fureur, mais que la ruse vulgaire et quelques cajoleries d'une coterie de fripons maîtrisent sans peine.
A l'égard des particuliers son pouvoir de protection est nul. Le scandale d'une interpellation devant une assemblée soulevée, voilà son arme, violente et courte comme la Révolution. Arme au demeurant que sa propre violence use et consume, et qui dans notre République est aujourd'hui réduite à rien.
Ces réflexions mènent à préférer, pour la garantie des intérêts, des assemblées multiples et diverses à une assemblée unique. Ces assemblées distinctes sont plus efficaces pour le bien ; la résistance à l'arbitraire y trouve ses armes naturelles. Il est vrai qu'elles ne peuvent produire d'agitation, comme fait un corps unique réuni dans la capitale, éclatante estrade où brûle de se signaler tout ce qu'un pays contient de bavards prétentieux, traînant la Révolution dans leur métaphore ; foyer toujours actif de troubles par le dramatique du spectacle qu'ils offrent. Il est peu de choses à quoi des États provinciaux et professionnels ne puissent servir, et n'aient en effet servi aussi bien que des Etats généraux ; en revanche, ceuxci sont sujets à causer mille maux dont les autres sont incapables.
Gela ne signifie pas qu'une assemblée unique n'ait pu avoir son usage légitime. Incapable de tenir lieu ni des groupements locaux, ni des intérêts associés^ on imagine
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aisément des raisons de l'ajouter à ces différents corps. Mais Textrême folie est que cette assemblée détienne aucune partie de la souveraineté, et son frein nécessaire doit être fourni par des relations étroites avec les groupes locaux, qui ne lui laissent la liberté que de figurer des intérêts, chose légitime, et non des opinions, chose aussi dangereuse qu'inutile.
Tout ceci serait matière à de longs commentaires, car les moyens d'assurer Tordre sont aussi variés que les circonstances, le caractère de la nation, ses intérêts présents, ses devoirs supérieurs, ses sentiments, ses préjugés même. La mesure de ces choses change sans cesse ; aussi faut-il pour s'y accommoder le secours d'organes convenables, les textes de lois tout seuls ne sauraient y pourvoir.
Un point doit être ici retenu, c'est que l'existence d'un Parlement français ne fait rien pour la liberté, que le défaut de Parlement en France ne préjuge rien contre la liberté, et que Taccusation d'absolutisme, qui n'allègue pas d'autre raison que celle-là, repose exactement sur le vide.