LAFONT DE SAINTE-YENNE, EXAMEN D UN « ESSAI SUR L ARCIUTECTURE
pp. 5 à 7, 11 à 12, 33 à 43
Après la description de la structure et de la simplicité de nos premières habitations, l'auteur établit une relation à la rigueur de toutes les parties de nos édifices avec celles de ces bâtiments rustiques et informes qu'il appelle la nature.
Et pourquoi penser qu'on ne puisse un peu s'éloigner de ces grossières et informes productions? Si les hommes eussent toujours été plongés dans leur première rusticité et leur stupide ignorance tels que nos sauvages de l'Amérique, ils n'auraient encore que ces mêmes cabanes pour retraites ; semblables aux brutes qui n'ont rien ajouté depuis leur création à ce qu'un instinct aveugle et involontaire les a forcés d'opérer. Mais à quel dessein l'auteur de notre être, qui agit toujours avec une sagesse profonde et n'a rien créé d'inutile, nous eût-il donné une industrie si supérieure à tous les animaux ? Pourquoi nous inspirer l'amour des arts, de leur progrès, de leur perfection, si l'on doit se borner à ces grossiers principes et y rapporter toutes nos productions?...
Les colonnes, dit-il, doivent être rondes, parce que la nature ne fait rien de carré. Voilà un principe aussi nouveau qu'il est bizarre. Ne trouve-t-on pas dans presque toutes les carrières des pierres de cette forme produites par la nature?...
Mais je lui passe que la nature n'ait rien produit de carré ; est-ce une raison pour assujettir l'art à ne travailler que sur des formes rondes ? Il s'ensuivrait de ce raisonnement que le plan de nos habitations devrait être circulaire, tous nos édifices avoir la forme d'un colombier, et nos églises celles d'une rotonde...
Un autre abus qu'il trouve intolérable en architecture, ce
sont les colonnes torses. Il s'en faudra beaucoup que nous soyons du même avis. Je sais que leur forme serait extrêmement choquante si elles étaient employées à porter les masses pesantes d'un grand édifice. Alors tout ce qui semble s'écarter de l'aplomb est insupportable à la vue, parce qu'il en exclut l'apparence de solidité. Mais il n'en est aucune qui soit mise à cet usage. Si le cavalier Bernin s'en est servi au baldaquin de Saint-Pierre, ce savant homme ne l'a fait qu'avec choix et jugement. Quoi de plus ridicule que d'employer dans tous nos baldaquins, pour soutenir une maigre portion d'entablement qui ne porte presque rien lui-même, des colonnes pleines et massives dont les proportions et la forme sont égales à celles qui portent des poids énormes ?... La colonne torse étant évidée spiralement dans toute son étendue ou depuis son tiers, a beaucoup plus de légèreté que la colonne pleine et convient parfaitement aux compositions sveltes et de pure décoration, qui demandent très peu de solidité.
...Ne nous éloignons point entièrement de la nature, nous ne produirions que des monstres ; mais aussi ne nous en approchons pas de si près qu'on ne puisse la distinguer d'avec l'art, et qu'il perde le plus précieux de ses droits, celui de varier nos plaisirs et de les rendre plus vifs par les heureux effets d'une irrégularité approuvée.
La revue d'Action française avait publié le 1®' septembre 1906, sous cette signature : Un vieux Royaliste, une lettre adressée à Henri \'augeois, que j'ai cru indispensable de joindre au chapitre de l'Absolutisme. Je suis sûr de faire plaisir au lecteur de cette seconde édition en nommant l'auteur, qui n'est autre que M. Alain du Cleuziou, auteur de VHistoire de Bretagne enseignée en 1907 à l'Institut d'Action française et publiée depuis en volume.
La lettre a pour objet particulier les rapports du roi avec les Etats généraux sous l'ancien régime et apporte sur ce point des réflexions et des témoignages qu'on ne saurait trop relire et méditer.
Cette lettre est née d'une controverse qui s'éleva entre V Action française et quelques théoriciens aux yeux de qui l'exercice légitime du pouvoir n'appartient au roi que sons le contrôle des Etats, et qui donnaient cette théorie comme l'expression de l'ancien droit public français. Cela ne peut se faire qu'en passant sous silence ou en arrangeant à sa guise les faits les plus authentiques de l'histoire.
En voici la preuve dans cette lettre :
Monsieur,
Je prends la liberté de vous communiquer quelques textes historiques.
On vous écrit ; € En 1506, les Etats de Blois n'ontils pas cassé le traité signé de Louis XII qui accordait à Charles d'Autriche la main de Claude de France ? >
L'autorité des savants Bénédictins auteurs de VHiS'
toire de Bretagne est indiscutée. Leur récit, que je vous ai transcrit, donne une tout autre physionomie à Tintervention des Etats, intervention qui s'est produite sur rinitiativeduRoi. Les Etats exposent leurs remontrances, le Roi déclare les avoir pour agréables, il en délibère en son conseil, prend une décision, que le chancelier fait connaître aux Etats.
En écrivant que, en 1468, à Tours, les Etats généraux se sont opposés au démembrement de la Normandie, votre contradicteur ne fait pas ressortir ce qui, je crois, est la vérité historique : c^est que les délibérations des Etats, conduites par Louis XI qui était habile homme et savait manier les esprits, ne firent que couvrir ses desseins secrets et lui permirent de compter sur des subsides pour faire la guerre au duc de Bretagne. G^est en parlant de Louis XI qu^'un de nos vieux jurisconsultes bretons du XVI" siècle disait que ce roi fut le premier qui mit son autorité hors de pair.
J'avoue ne pas comprendre non plus cette expression ; « le pouvoir particulier ^ du Roi qui s'est exercé seul sans contrôle pendant 175 ans ».
Comme vous l'avez écrit, Monsieur, la méthode de V Action française est historique. Le pouvoir royal a présenté des aspects bien divers depuis Hugues Gapet jusqu'à 1789. Les limites de son autorité ont varié, non seulement suivant les époques, mais, pour la même époque, suivant le pays où il s'exerçait. Au xv" siècle, il s'exerçait très différemment en Ile-de-France et en Bretagne. Au-dessus des formules sont les réalités.
Très modeste chercheur de province, fouilleur d'archives et de vieux livres, j'avoue avoir quelque peine à me détacher de Tétude des faits, et je ne vois pas com-
1. Opposé dans la même lettre à pouvoir général, seul national et légitime.
ment le Roi, dans l'exercice de son autorité, depuis Louis XIV n'a pas exercé un pouvoir national ! Je vous communique à ce propos quelques pages d'un Exposé que je trouve fort bien fait sur la Constitution française à l'époque de Montesquieu \ Il est extrait d'un ouvrage qui, je crois, n'est plus très connu et dans lequel on trouve d'excellentes choses, Mémoires pour servira l'histoire du Jacobinisme, par l'abbé Barruel, Londres, 1797. L'auteur a vécu sous l'ancien régime, le connaît bien et n'hésite pas à attribuer la Révolution non à la mauvaise constitution des Français, mais à la corruption de l'esprit public par les philosophes et à l'action des sociétés secrètes. Cet extrait fait voir comment sous l'ancien régime le pouvoir absolu du Roi rencontrait ses justes limites.
Quelle sera la Monarchie de demain, si Dieu nous fait la grâce de la voir ? En relisant les heureuses formules de M. André Buffet dans Y Enquête sur la Monarchie, je songeais que les Constitutions les plus écrites oscillent et se transforment sous l'influence des faits et des événements, mais que le pays a maintenant besoin d'un pouvoir FORT, DE LIBERTÉS PRÉCISES, et que, le jour venu, le Roi sera le meilleur juge des limites du pouvoir de l'Etat moderne. L'expérience décevante de l'Assemblée nationale devrait éclairer les honnêtes gens et leur faire comprendre qu'il faut placer avant tout l'institution de la royauté.
Après la guerre de la Ligue, Henri IV alla à Rennes. La province avait été en proie à l'anarchie violente pendant huit ans. LTn gentilhomme, M. de Montgomery, avait été comme les autres mandé par le Roi pour le venir trouver à Rennes. Comme tous les capitaines des divers