‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 15 sur 162 · Même ouvrage, p · texte numérisé non relu

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quelques prédicateurs chrétiens. Mais leur qualité de prédicateur empêche justement qu'on n'érige en jugement historique leurs discours. Tout prédicateur est sévère, tout moraliste est exigeant. 11 juge dans l'absolu, et son exhortation ne se soutient que par l'éloge impérieux du mieux ; la perfection seule le contente, et il s^agit ici de la perfection chrétienne. Au contraire, l'historien ne juge que par comparaison. Il envisage en morale les moyennes que donne l'histoire des sociétés. La science dont il fait profession est des peuples, non des individus ; et l'on ne saurait attendre de tous ce qu'on a le droit de représenter comme obligatoire à chacun. Ainsi le jugement du moraliste n'est pas applicable en histoire.

« Quel est le riche, dit Salvien, qui n'est pas souillé de tous les crimes ? Où est celui qui n'est pas coupable de tous les vices? » Voilà les mœurs de l'Empire, dit-on. Non pas, mais celles de la société chrétienne : c'est des chrétiens que ce prêtre parle ainsi.

« Pœne omnis cœtus christianorum, prescjue toutes les assemblées de chrétiens » (ce sont ses termes), que sont-elles ? « Une sentine de tous les vices, un assemblage de fornicateurs et d'adultères, d'entremetteurs et de courtisanes (Icnones et meretrices) *. » Là-dessus, dirons-nous que la chrétienté du iv* siècle était à la veille de sa ruine ? et si nous ne disons pas cela, pourquoi changerions-nous de méthode quand il s'agit de l'Empire romain?

Parlons maintenant de la Germanie. Tout ce qui précède est nécessaire pour définir le préjugé auquel l'invasion des Germains donne matière. A la décadence supposée de l'Empire on imagine un remède dans cette invasion, dans les changements et même dans les destructions dont elle fut cause.

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