‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 154 sur 162 · III. — Même sujet · texte numérisé non relu

III. — Même sujet

« Ce traité était si avantageux à Maximilien et si préjudiciable aux intérêts de l'Etat qu'il y a assez d'apparence que le Roi ne l'avait fait que dans la vue d'abattre la puissance des Vénitiens, smis avoir envie de F exécuter. Et en effet on ne pouvait concevoir comment le Roi s'était déterminé à transporter à une maison rivale non seulement le duché de Milan et le comté d'Ast, mais encore les plus beaux domaines de la couronne, tels que la Bretagne, la Bourgogne, le comté de Blois et le Maçonnais. Les princes, la noblesse et les principales villes sentirent toutes les conséquences de ce traité ; ils s'assemblèrent pour chercher les moyens de les prévenir, et ils proposèrent au Roi d'assembler les États du royaume pour délibérer sur cette matière. Ce prince, qui s'était déjà repenti de ce traité, écouta avec bonté les représentations qu'on lui fît à ce sujet, charmé cT avoir ce prétexte de manquer à sa parole avec quelque honneur. Il consentit à la proposition qu'on lui fit et convoqua les Etats à Tours pour le mois de mai.

« Ceux qui devaient les composer étaient assemblés ; les députés de tous les ordres allèrent trouver le Roi au Plessis, et le D' Thomas Bricot porta la parole au nom

1. Extrait de l'Histoire de Bretagne de dom Morice, t. II (Paris, Delajçuelle, 1756), p. 238.

de tous. Après avoir loué le Roi par l'endroit qui lui était le plus sensible, c'est-à-dire par la tendre affection qu'il avait pour ses sujets, il peignit d'une manière vive et pathétique les alarmes que la crainte de le perdre avait causées à son peuple pendant sa dernière maladie. Il s'étendit ensuite sur les inconvénients du mariage de Madame Claude avec un prince étranger ; il fît sentir de quelle importance il était pour TEtat de démembrer tant de belles provinces, dont la possession donnait aux ennemis Feutrée jusque dans l'intérieur du royaume toutes les fois qu'ils voudraient faire la guerre à la France. Il supplia le Roi au nom de tous ses sujets de rompre ce mariage et de faire épouser la princesse au comte d'Angoulême, héritier présomptif de la couronne.

« Le Roi, après avoir concerté sa réponse avec les cardinaux d'Amboise et de Narbonne, dit aux députés qu'il était sensible aux nouvelles marques d'affection qu'il recevait de leur part, qu'il se ferait toujours un devoir de les gouverner avec bonté, qu'il avait pour agréable la remontrance des Etats, mais que l'affaire dont il s'agissait était si importante qu'avant de leur donner une réponse positive, il en voulait conférer avec les princes et les seigneurs de son conseil. Les Bretons étaient plus intéressés encore que les autres à ce mariage qui aurait transporté le duché à un prince étranger. Les députés de cette province, qui arrivèrent à Tours pour assister aux Etats, présentèrent en leur nom une requête au Roi pour le prier de ne point passer outre dans une affaire qui devait avoir des suites si funestes pour le royaume en général et spécialement pour la Bretagne. Louis XII tint un grand conseil où furent appelés les personnages les plus considérables des trois Etats. Le Roi exposa qu'il n'avait rien de plus à cœur que les intérêts de son peuple et que, pour cette raison, il ac-

corderait volontiers la demande qu'on lui faisait, mais qu'il avait donné sa parole pour ce mariage et qu'il ne pouvait y manquer sans se déshonorer. L'évêque de Paris, qui parla le premier, représenta à ce prince qu'en vertu du serment de son sacre il était obligé de "procurer les avantages du royaume et la tranquillité de ses sujetSj qu'il n était point en son pouvoir d^ aliéner le domaine de la couronne, àmoins que cette aliénation ne fût très avantageuse à l'Etat ; que celle dont il s'agissait était très préjudiciable à la France ; qu'enfin les serments qu'il avait faits ne pouvaient obliger la princesse en bas âge : qu'ils suppliaient de nouveau Sa Majesté de la faire épouser au comte d'Angoulême. Le Roi, vaincu par toutes ces raisons, fit tenir le lendemain l'assemblée générale des Etats. Le chancelier déclara au nom de ce prince qu'il accordait à leur zèle ce qu'ils lui avaient demandé avec tant d'instance, etc.

« Le Roi donna avis de ce qu'il venait de faire à Maximilien, à Philippe d'Autriche et au roi d'Angleterre. Les deux premiers en furent piqués, mais ils n'étaient point en état de marquer leur ressentiment. Henri VII fut très chagrin de ce changement... Cependant, comme il n'y avait point de remède à ce mal, il fit comphmenter le Roi sur cet événement. »

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