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La Monarchie franqae, p

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moins certain : c'est que pour être ijuternationaliste il faut ignorer la géographie.

Ainsi cette sympathie pour le passé, issue de Fesprit scientifique, et qui ne demande qu'à se rendre concrète dans Tamour du passé de la France, est le propre terrain d'où s'élance la fleur de notre patriotisme, Tamour d'un passé particulier auquel des liens particuliers nous lient.

L'internationalisme, en France, se nourrit de la haine du passé enseignée par nos historiens et passée dans les masses. Le débordement de cette doctrine n'a eu tant de vitesse et d'impétuosité que pour avoir été préparé de longue main, grâce à la cause que je viens de dire. Elle n'a cette force que parce qu'elle est issue de la passion la plus brutale et la plus aveugle qui soit : c'est la haine.

Le fait est que cette haine a façonné depuis cent cinquante ans presque les générations. Ce n'est pas un paradoxe de dire qu'aux yeux d'un bourgeois de France l'histoire de France n'évoque en général que des figures haïes ou haïssables. Le mot de cette tournure d'esprit, c'est celui que Cham le caricaturiste met dans la bouche d'un de ses personnages. Je dédie ce mot à Forain. Un petit garçon revient de la distribution des prix, chargé de livres et de couronnes. Le père l'accueille : « Tu as le prix d'histoire. Tu sais donc le nom de toutes ces canailles de rois I »

11 y a peu d'années, étant de séjour à Londres, je rencontrai à la porte du musée de Saint Marti n's un commensal de ma pension. Ce musée est celui des portraits authentiques anciens des hommes célèbres de l'Angleterre. J'entrais. J'offris à cet Anglais de faire cette visite ensemble. C'était un monsieur d'âge, de caractère en-

joué, de médiocre culture et de manières parfaites. J'eus le spectacle de ses réflexions devant plusieurs siècles d'histoire d'Angleterre. Il la jugeait familièrement. Il appelait le fameux Nassau, qui supplanta les Stuarts, un fameux malin : a clever ckap. Ce que je remarquai fut rindulgence dont il enveloppait tous ces morts. Les derniers Stuarts eux-mêmes, que l'Angleterre déteste, n'encouraient que des reproches discrets. Je songeais à ce qu'eût été une pareille visite faite avec le premier venu dans notre musée historique de Versailles, au torrent d'injures qu'eussent soulevé certains noms, aux saletés graveleuses qu'on eût bavées sur d'autres, aux plaisanteries ineptes sur le profit d'être roi, sur l'oppression des peuples, les erreurs de la guerre, à toute cette infamie venimeuse ou stupide dont le drame romantique, après les historiens de doctrine, a rempli nos imaginations. Au contraire, cet Anglais aimait et respectait tous ces genslà. Il leur savait bon gré d'être Anglais, d'avoir illustré son pays, de l'avoir fait lui-même. Et ce spectacle commun n'était pas sans grandeur, ni sans tristesse aussi par la comparaison.

Mesdames, Messieurs, écoutez Fustel. L'amour du sol, tout court, n'est pas le patriotisme. Il y faut joindre l'amour de notre histoire. La France géographique est peu de chose si l'on ne relève l'affection qu'on lui porte du respect de son histoire. Cette histoire est nôtre bien autant que le sol. Nous n'avons pas le droit de la négliger.

« Que n'a-t-on pas dit sur la race germanique ? Partout nos yeux prévenus ne savaient la voir que sous les plus belles couleurs. Nous reprochions presque à Charlemagne d'avoir vigoureusement combattu la barbarie saxonne et la religion sauvage d'Odin. Dans la longue

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lutte entre le Sacerdoce et TEmpire, nous étions pour ceux qui pillaient Tltalie et exploitaient TEglise. Nous maudissions les guerres que Charles VIII et François I" firent au delà des Alpes ; mais nous étions indulgents pour celles que tous les empereurs allemands y portèrent durant cinq siècles.

« Plus tard, quand la France et l'Italie, après le long et fécond travail du Moyen Age, produisaient ce fruit incomparable qu'on appelle la Renaissance, d'où devait sortir la liberté de la conscience avec l'essor de la science et de l'art, nous réservions la meilleure part de nos éloges pour la Réforme allemande, qui n'était pourtant qu'une réaction contre cette Renaissance, qui n'était qu'une lutte brutale contre cet essor de la liberté, qui arrêta et ralentit cet essor dans l'Europe entière et qui trop souvent n'engendra que l'intolérance et la haine. Les événements de l'histoire se déroulaient, et nous trouvions toujours moyen de donner raison à l'Allemagne contre nous. Sur la foi des médisances et des ignorances de Saint-Simon, nous accusions Louis XIV d'avoir fait la guerre à l'Allemagne pour les motifs les plus frivoles, et nous négligions de voir dans les documents authentiques que c'était lui au contraire qui avait été attaqué trois fois par elle. Nous n'osions pas reprocher à Guillaume III d'avoir détruit la république en Hollande et d'avoir usurpé un royaume, nous pardonnions à l'électeur de Brandebourg d'avoir attisé la guerre en Europe pendant quarante ans pour s'arrondir aux dépens de tous ses voisins ; mais nous étions sans pitié pour l'ambition de Louis XIV, qui avait enlevé Lille aux Espagnols et accepté Strasbourg qui se donnait à lui. Au siècle suivant, nos historiens sont tous pour P'rcdéric II contre Louis XV. Le tableau qu'ils font du xviii« siècle est un perpétuel éloge de la Prusse et de l'Angleterre, une

longue malédiction contre la France. Sont venus ensuite les historiens de l'Empire : voyez avec quelle complaisance ils signalent les fautes et les entraînements du gouvernement français, et comme ils oublient de nous montrer les ambitions, les convoitises, les mensonges des gouvernements européens. A les en croire, c'est toujours la France qui est Tagresseur, elle a tous les torts ; si l'Europe a été ravagée, si la race humaine a été décimée, c'est uniquement par notre faute.

4 Ce travers de nos historiens est la suite de nos discordes intestines. Vous voyez qu'à la guerre, surtout quand la fortune est contre nous, nous tirons volontiers les uns sur les autres ; nous compliquons la guerre étrangère de la guerre civile et il en est parmi nous qui préfèrent la victoire de leur parti à la victoire de la patrie. Nous faisons de même en histoire. Nos historiens, depuis cinquante ans, ont été des hommes de parti. Si sincères qu'ils fussent, si impartiaux qu'ils crussent être, ils obéissaient à l'une où à l'autre des opinions politiques qui nous divisent. Ardents chercheurs, penseurs puissants, écrivains habiles, ils mettaient leur ardeur et leur talent au service d'une cause. Notre histoire ressemblait à nos assemblées législatives : on y distinguait une droite, une gauche, des centres. C'était un champ clos où les opinions luttaient. Ecrire l'histoire de France était une façon de travailler pour un parti et de combattre un adversaire. L'histoire est ainsi devenue chez nous une sorte de guerre civile en permanence. Ce qu'elle nous a appris, c*est surtout à nous haïr les uns les autres. Quoi qu'elle fît, elle attaquait toujours la France par quelque côté. L'un était républicain et se croyait tenu à calomnier l'ancienne monarchie ; l'autre était royaliste et calomniait le régime nouveau. Aucun des deux ne s'apercevait qu'il ne réussissait qu'à frapper sur la France. L'histoire ainsi prati-

quée n'enseignait aux Français que rindifférence, aux étrangers que le mépris.

« De là nous est venu un patriotisme d'un caractèrâ particulier et étrange. Etre patriote, pour beaucoup d'entre nous, c'est être ennemi de l'ancienne France. Notre patriotisme ne consiste le plus souvent qu'à honnir nos rois, à détester notre aristocratie, à médire de toutes nos institutions. Cette sorte de patriotisme n'est au fond que la haine de tout ce qui est français. 11 ne nous inspire que méfiance et indiscipline ; au lieu de nous unir contre l'étranger, il nous pousse tout droit à la guerre avile.

« Le véritable patriotisme n'est pas l'amour du sol, c'est l'amour du passé, c'est le respect pour les générations qui nous ont précédés. Nos historiens ne nous apprennent qu'à les maudire et ne nous recommandent que de ne pas leur ressembler. Ils brisent la tradition française, et ils s'imaginent qu'il restera un patriotisme français. Ils vont répétant que l'étranger vaut mieux que la France, et ils se figurent qu'on aimera la France. Depuis cinquante ans, c'est l'Angleterre que nous aimons, c'est l'Allemagne que nous louons, c'est l'Amérique que nous admirons. Chacun se fait son idéal hors de la France. Nous nous croyons libéraux et patriotes quand nous avons médit de la patrie. Involontairement et sans nous en apercevoir, nous nous accoutumons à rougir d'elle et à la renier. Nous nourrissons au fond de notre âme une sorte de haine inconsciente à l'égard de nous-mêmes. C'est l'opposé de cet amour de soi qu'on dit être naturel à l'homme : c'est le renoncement à nous-mêmes *. » (Applaudissements.)

Ces applaudissements, ^Icsdames et Messieurs, donnés à une telle page, nous relèvent et nous rassurent. Ce

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