‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 28 sur 162 · I. LE PRÉJUGÉ DÉ3I0CRATIQUE · texte numérisé non relu

I. LE PRÉJUGÉ DÉ3I0CRATIQUE

se cherche, de même il attribue le partage de l'empir de Charlemagne à l^invincible action des races.

Selon les tenants de ces systèmes, des conflits de races que la main puissante de Charlemagne avait rapprochées pour un temps engendrèrent et devaient engendrer la guerre entre ses descendants. Mais comment d'une cause si importante n^'est-il fait de mention dans aucun écrit du temps ? Il est à peine croyable combien les questions de race étaient ignorées à cette époque. Tout fait croire que les races s'ignoraient elles-mêmes, bien loin de se rendre auteurs d'aucun conflit.

Ce qu'il y a dans cette affaire de tout à fait péremptoire, c'est la manière dont fut réglé le partage entre les fils de Louis le Débonnaire. On ne peut rien voir de moins conforme aux races. Par exemple, les États de Lothaire allaient du Weser jusqu'à Venise, unissant ensemble la Frise, la Lorraine, la Franche-Comté, la Provence, la Lombardie et la Toscane. On se demandera quelle race une telle frontière eut pour effet de rendre à ses destinées. Au prix d'un pareil mélange, le scandale, fameux dans l'école libérale, des traités de 1815 n'est rien. Je m'adresse à l'école des évolutionnistes, qui est la même, et je demande comment on aurait jamais songé à terminer un conflit de races par les partages du traité de Verdun.

La vérité est que la guerre qu'il termine n'eut d'autre cause que les puissances féodales. Le témoignage s'en trouve dans les auteurs du temps.

A «la nouvelle de la mort de son père, dit Nithard \ Lothaire fit savoir partout qu'il laisserait les bénéfices et les dignités à tous ceux qui les possédaient déjà, pourvu qu'ils

1. Chez Fustel de Coulanges, les Transformations de la Royauté, p. 632.

se fissent ses fidèles. Duhios quoque fidel sacramenio firmari prœcepit.

Ainsi la circonstance de ce serment permet à Lothaire de se fortifier, et par là l'encourage à la guerre. Cette guerre elle-même et les forces qu'il y déploie ne sont donc autre chose que Teffet de Tinstitution féodale.

A leur tour les vassaux demandent la guerre. Ils redoutent entre les princes un accord qui permettrait de se passer d'eux. Rien à cet égard n'est plus curieux que les termes du serment de Strasbourg, juré par Charles le Chauve et Louis le Germanique en présence de Tarmée de leurs vassaux. On le représente comme un engagement des deux frères l'un à l'autre. Au livre IV de ses Transformations de la Royauté carolingienîie, Fustel de Coulanges en a donné l'explication. La vérité est que rengagement est pris par chacun des deux princes envers ses vassaux. Se jurant entre eux devant ceux-ci une alliance militaire, ils ne manquent pas de mentionner que ce serment les lie envers ceux qui en sont témoins :

Quoniam vos de nostra stabili fide ac firma fraiernilate dubilare credimus, hoc sacramenlum inler nos in conspecla vestro jurare decrevimus : Parce que nous croyons que vous douiez de notre constante foi et de notre ferme attachement fraternel, nous avons décidé de nous jurer ce serment en votre présence.

Cet engagement envers les vassaux n'est pas une promesse, msris un traité, dont la sanction même n'est pas omise :

Si sacra nu'.nl uni quod fralri meo juravero violare prsesumpsero^ a subdilione mea et a juramenlo quod mihi ju~ raslis unumquemque vestruni absolvo : Si jamais je viole

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