Lettres sur l'Histoire de France, édit. iii-12, p
Rien n'est plus commun chez les métaphysiciens de Thistoire que de tirer des conséquences extrêmes de Tusage qui fut fait par les Capétiens de la loi salique. Mais c'est une chose qu'on ne doit pas permettre, cet usage étant de circonstance et n'ayant tenu à aucune raison de principe. C'est une question de savoir si, par une disposition générale qui réglait les héritages, la loi salique devait s'appliquer au trône ; mais, cette question mise de côté, il est certain qu'on ne s'avisa d'en requérir l'autorité qu'à cause du péril où fut mise tout à coup, par le défaut d'héritiers mâles, après trois cents ans de succession masculine, la stabilité de la monarchie. La chance voulut qu'on trouvât ce moyen. La France fut assez heureuse pour posséder dans d'anciens monuments de quoi fixer son droit national et arrêter le consentement des peuples à ce qui faisait leur indépendance. Il est sûr qu'on n'y eût jamais songé, qu'on se fût gardé de faire parler le passé et de solliciter ses oracles, si l'apparence d'anciennes dispositions eût contrarié le bien du royaume et l'intérêt de la dynastie. L'utilité de la loi salique en ceci assura son autorité. Cette autorité n'est pas quelque chose d'essentiel à la monarchie. Quand on aurait le droit de la nommer féodale, la monarchie n'en prendrait pour cela aucun caractère de féodalité.
De la part d'auteurs comme Augustin Thierry, il faut savoir que l'assertion contraire entra dans le dessein de justifier, comme seul conforme à l'ordre de l'histoire de France, ce qu on appela dans le temps le si/stème : c'est la monarchie de Louis-Philippe. Il s'agissait, en se rangeant à celle-ci, d'éliminer le caractère féodal introduit par violence contre l'ordre romain et regardé comme inséparable de la royauté traditionnelle.
Nouvelle occasion de mesurer l'influence de la philosophie de l'histoire sur le train de la politique. Des hom-