I. LE PRÉJUGÉ DÉMOCRATIQUE
mes de ce crédit et de cette importance ont apporté le poids de leur adhésion, l'autorité de leur approbation à la monarchie de Louis-Philippe à cause de Tidée qu'ils se faisaient du cours des choses au x" siècle. La politique au XIX' ressentait Teffet de ces idées. L'histoire de Hugues Capet se changeait, par Teffet d'une philosophie, en forces vives et agissantes contre la maison de France et le carlisme. Tant il y a, dans l'histoire expliquée, d'importance immédiate et pratique.
Guizot, dans une définition de la monarchie de Hugues Capet, se plaît à suggérer des traits de comparaison avec celle dont il fut le ministre ; justifiant discrètement la nouveauté de celle-ci au moyen de ce qu'il trouve de nouveau dans celle-là. On remarquera le choix des termes de ce curieux morceau :
Ses ancêtres n avaient été ni empereurs, ni souverains de tout le territoire ; les grands possesseurs de fiefs n'avaient pas été ses officiers ou béiiéficiers ; il était l^un d'entre eux^ sorti de leurs rangs, jusque-là leur égal. Ce titre de roi^ qu'il s'appropriait, pouvait leur déplaire^ mais non leur porter sérieusement ombrage. Ce qui portait ombrage dans la royauté carlovingienne^ c était ses souvenirs^ son passé : c'était un roi parvenu en harmonie avec une société renouvelée.
Le roi parvenu de la féodalité autorisait après dix siècles le parvenu de la bourgeoisie, une société bourgeoise nouvelle exigeant cette révolution en symétrie de celle que la société féodale avait faite dans sa nouveauté. Le goût régnant du Moyen Age tournait les esprits vers ces souvenirs. La figure de Robert le Fort se rendait plus familière que celle de Louis XIV. Dans Tembarras de nommer d'un nom d'ancien régime le petit-fils du roi à sa naissance, celui des comtes de Paris revécut comme
de lui-même. Un passé si ancien n'était plus un passé ; ces souvenirs oubliés ne portaient pas d'ombrage. On va voir que tout cela n'était que des illusions.
L'avènement de Hugues Capet est l'œuvre de la féodalité sans doute, mais le caractère qui s'ensuivait pour lui, effet d'une fonction plus vieille que cet avènement, antérieure à la féodalité même, n'avait rien de féodal pour cela.
Les seigneurs qui firent Hugues Capet roi choisirent, il est vrai, la personne ; ils ne créèrent pas la fonction. Gomme ils ne la créèrent pas, cette fonction n'a pas tenu d'eux son essence ; la nature de l'autorité royale, conférée une fois par les seigneurs, ne tint rien des idées de ces seigneurs ni des conditions de leur puissance. Chez les modernes on voit des changements de principes signalés à l'attention des hommes par des changements de vocabulaire : roi des Français s'y trouve distingué de roi de Finance. Cet instrument de changement n'existait pas alors. Comme aucune charte ni constitution ne fut avec cela imposée, tout ce qu'on veut bien imaginer de transformation du principe monarchique avec Hugues Capet demeure en l'air.
C'est ce qu'établit parfaitement M. Luchaire dans sa savante et judicieuse Histoire des Institutions politiques de la France sous les premiers capétiens.
Aucune charte ni constitution ne fut la condition d'accession d'Hugues Capet à la couronne. D succéda dans les mêmes termes qu'eût pu faire un Carlovingien. Remarquons qu'il n'était pas même le premier de sa race à régner. Avant lui, Eudes et Robert avaient porté le titre de roi de France. La couronne fut remise à Hugues Capet telle que Robert et Eudes l'avaient reçue, telle qu'elle avait repassé des mains de ces derniers dans celles des derniers descendants de Charlemagne. Personne