‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 33 sur 162 · I. LE PRÉJUGÉ DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

I. LE PRÉJUGÉ DÉMOCRATIQUE

ne pria les seigneurs de décider sur un principe, et ils n'y songèrent point eux-mêmes.

On objecte que, roi de la féodalité, choisi tel au temps de ce régime, il ne pouvait sous ce nom recevoir de fonction que celle que reconnaît la féodalité, c'est-à-dire de chef de fidèles. Mais comment se fût-il regardé comme un chef de fidèles, quand le prince dont il prenait la place se regardait comme tout autre chose? Il faudrait prouver que la féodalité n'avait laissé debout dans le monde qu'elle-même. C'est justement ce que met en question la persistance de la royauté.

11 ne suffit pas de dire en général que les mœurs transforment tout dans le monde, d'en appeler d'un air entendu à l'éternelle évolution des choses sous la survivance des mots. Le propre des institutions est justement de fixer ce qui se doit, au milieu de cette évolution ; c'est le service qu'en attendent les hommes. En soi, il n'est pas plus contre la vraisemblance de considérer la royauté survivant, quoique non féodale par essence, dans la société féodale, que de l'assimiler à celle-ci ; en fait et d'après le témoignage de l'histoire, c'est le premier cas qui est arrivé.

L'histoire ne marque rien du changement dont on parle. L'élection de Hugues ne fut pas d'une autre sorte que celles qui avaient mis la couronne sur la tête des derniers Garlovingiens. Il n'est pas jusqu'à la cérémonie du sacre dont le retour identique n'atteste l'identité de la fonction. Dans quelques histoires, il est vrai, on trouve qu'Hugues Capet ne porta pas la couronne ; on trouve aussi la fameuse anecdote du comte Adalbert de Périgord lui répondant : Qui t'a fait roi ? Ni l'un ni l'autre trait ne sont vrais. Ils appartiennent aux récits de basse époque, auxquels on ne peut pas se fier.

Il faut aussi considérer l'idée que le roi se faisait luimême de sa fonction.

Hugues nomme les Carlovingiens ses prédécesseurs. Gela prouve qu'il croyait régner en même façon qu'ils avaient fait. Mourin, dans ses Comtes de Paris, traite ces formules de faiblesse de parvenu. Il compare de ce fait Hugues Capet à Napoléon « qui se croyait, dit-il, le successeur de Louis XIV bien plus que le représentant de la Révolution ».

Cela s'appelle habiller les textes au lieu de s'instruire par leur moyen. Voici un exemple de ces formules :

Ut sicul iemporls Caroli serenissinii imperatoris necnon etiam domini Odinis gloriosissimi régis ommiumque prœdecessorum nostrorum... : Afm que comme au temps du sérénissime empereur Charles, et aussi de monseigneur le glorieux roi Eudes, et de tous nos prédécesseurs...

A cette remarque joignez celle d'un rappel fréquent des rois de la Bible d'une part, et des empereurs romains de l'autre : c'est assez pour prouver que les rois capétiens n'ont jamais cru régner d'une autre façon qu'on avait fait avant eux, et en vertu d'un principe nouveau.

Aussi bien, rien n'empêche que nous examinions la définition de la royauté, chez eux et chez leurs sujets ou vassaux. On trouve cette définition dans le serment de Philippe I" par exemple : « Conserver à chacun la justice qui lui est due, faire droit à tous, mettre le peuple en possession de ses droits légitimes. » Dans une lettre d'Eudes de Blois au roi Robert, on lit : « La racine et Je fruit de ta charge, c'est la justice et la paix : Officii tui radicem et fructinn : justitiam loquor et pacem. » Ce sont là les communs propos du genre humain sur la prérogative royale. On n'y trouve pas trace d'un devoir

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