‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 35 sur 162 · I. LE PRÉJUGÉ DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

I. LE PRÉJUGÉ DÉMOCRATIQUE

jou et celui de Blois, anciennes vicomtes dont Timportance tient un premier rang en ce temps -là.

Le dessein d'établir sa domination sur tant d'égaux, dont plusieurs le passaient en puissance, ne pouvait aller sans de longues et pénibles préparations. On en suit le progrès d'une façon constante depuis le règne de Louis le Gros.

L'action de ce roi se contint dans son propre domaine, -envers ses vassaux immédiats. Qui voudra concevoir les faibles commencements d'une aussi grande puissance que la monarchie française, et les difficultés qui Texerçaient alors, devra imaginer dans de petits barons comme Bouchard de Montmorency, comme la maison de Rochefort, les adversaires du roi de France. Rochefort près de Dourdan, Châteaufort près de Chevreuse, châteaux redoutables aux environs, embarrassaient ses entreprises. Montlhéry tenait en échec le prédécesseur de Louis XIV.

Louis le Gros les prit l'un après l'autre, réduisit un à un ses vassaux rebelles. Plus semblable à un gendarme qu'à un roi, il allait réprimant le brigandage des grands dans la brève étendue de ses domaines. Pour disposer d'une charge de palais que s'arrogeait quelque famille, il lui fallait livrer bataille. Les seigneurs de Garlande étaient en possession de la charge de sénéchal. Le siège de Livrj,en li3i, délivra le roi de rinco}ivénient de ne la pouvoir donner à d'autres. Contre Hugues le Beau, seigneur du Puisey, il livre d'autres guerres heureuses. L'unité et l'obéissance mises enfin dans le domaine royal, la monarchie put se tourner du côté des grandes annexions. Tels furent les fondements obscurs mais résistants des accroissements de territoire obtenus au treizième siècle et au quatorzième.

En face de ce tableau, matière de fait, plaçons à présent les fantômes issus du sophisme démocratique. Ima-

ginons ici le peuple ; qu'il prenne, en rêve, la place du roi. Le peuple au lieu de Louis le Gros ; mais quel peuple ? Le peuple de France n'existait nulle part ; les hommes des basses classes ne se connaissaient alors que comme soumis à des seigneurs auxquels le premier de leurs devoirs, ou, si l'on veut, la plus impérieuse des nécessités de leur existence, était d'obéir. Quand on leur concéderait l'usage de ce que le préjugé regarde comme l'instrument de toutes les actions fécondes, Tinsurrection et la révolte, en voit-on la cause de la nation française plus avancée ? Comment le peuple, en un temps où l'unité française disparaissait entièrement à ses jeux, eût-il, agissant seul, entrepris cette unité ? Seul le roi la pouvait vouloir, sous l'impulsion de son intérêt, à la lumière de sa fonction, et, la voyant, l'exécuter.

Nos manuels, coutumiers de titres éclatants, qu'on s'imagine aider la mémoire des enfants, qui n'en tirent nul secours faute de les entendre, n'introduisent pas seulement les Capétiens sous le nom de monarchie féodale, ils y joignent celui de nationale. Le second ne vaut pas mieux que le premier. Il ne pouvait y avoir de monarchie nationale, parce qu'il n'y avait pas de nation. Il n'y avait sur le sol que les éléments d'une nation et les vestiges d'un Etat. Celui-ci reconstitué devait façonner celle-là. Plus on considérera ce point, plus on connaîtra l'évidence de cet ordre des causes et des elTets. La royauté devait faire la France.

Faute de pouvoir le cacher tout à fait, les historiens d'esprit démocratique ont inventé d'y faire diversion par le tableau du mouvement des communes. Le récit de leur affranchissement occupe chez eux les pages qui ne pourraient sans cela contenir que l'éloge de l'action royale. Chez Augustin Thierry cet éloge se dérive d'une théorie générale suivant laquelle le dessein d'ordre dont

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