‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 36 sur 162 · I. LE PRÉJUGÉ DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

I. LE PRÉJUGÉ DÉMOCRATIQUE

on voit s'armer le monarque n'a pu se former dans une institution d'essence féodale, comme il veut que soit la royauté. La royauté l'emprunta donc ailleurs. De qui ? Des communes qui se formèrent, en qui ressuscitait, en forme municipale, Tesprit public romain. Telle est la théorie, qui fait du moins connaître jusqu'où l'esprit de système peut aller.

Alors, dit cet auteur parlant de ravènement de la féodalité, alors disparurent deux idées qui sont comme les pôles de toute vraie société civile : l'idée du prince et celle du peuple, ,. La renaissance d'une société urbaine rouvrit les voies traditionnelles de la civilisation... Le roi de France trouva dans les villes reconstituées municipalement ce que le citoyen donne à VÉtat, ce que le baronnage ne voulait pas on ne pouvait pas donner : la sujétion effective, des subsides réguliers, des milices capables de discipline. C'est par ce secours qu'avant la fin du xii^ siècle la royauté fit de la suprême seig-neurie, puissance à peu près inerte, un pouvoir actif et militant pour la défense des faibles et le maintien de la paix publique ^

Il en conclut que, n*eût été Torigine féodale, la monarchie ainsi instruite n'eût point amené de révolution. 11 se flatte qu'arrachée enfin à cette origine par les journées de 1830 et le couronnement de la branche cadette, toute crise future est conjurée. La révolution de 1848 fut pour Augustin Thierry Técroulement de toute sa théorie. La chute d'un système ruinait l'autre. Il déclarait ne plus comprendre l'histoire de France. Aussi ne fallait-il pas la fausser comme il fait.

Ce qui précède a fait voir s'il est vrai que l'idée du prince eût jamais disparu. Cette idée durait, au contraire,

1. Histoire du Tiers État, t. I, p. 36. Autre texte dans le même sens. Considérations, p. 281.

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au milieu des limites de tout genre apportées à ses applications. Les communes n'ont donc pas eu à la refaire. Ajoutons qu'une des grandes illusions qu'on apporte dans cette partie de l'histoire, est de supposer une alliance essentielle entre la royauté et les communes.

En effet, la constitution des communes n'a servi et ne pouvait servir que par occasion le pouvoir royal. Ennemies de celui des seigneurs, dont elles rejetaient Tobéissance, il était naturel que le roi, qui combattait ceux-ci, leur offrît l'alliance qu'elles cherchaient. Quant à se figurer nos rois en cette affaire sous les traits d'une providence systématique, armée contre les nobles de l'intérêt du peuple, relevant le bourgeois dans les villes, dressant beffrois contre châteaux forts, c'est un tableau de couleur fénélonienne auquel on doit renoncer sans regret.

Le serment que se juraient les bourgeois d'une ville entre eux faisait des communes un pouvoir autonome, non moins opposé à l'unité politique que celui des sei-" gneurs, auquel elles échappaient. C'était une seigneurie collective ; c'était une pièce, pièce nouvelle il est vrai, de la féodalité. Ainsi le pouvoir royal devait les combattre un jour.

Ne nous étonnons donc pas outre mesure que M. Giry, dans ses Etablissements de Rouen, ait pu dire que le pouvoir royal fut ennemi des communes. Gela n'est pas vrai jusqu'à Philippe Auguste ; cela est certain depuis Philippe le Bel.

Mais distinguons communes et villes de privilèges. Quelques historiens confondent ces deux choses. Les libertés d'une ville ne sont pas nécessairement l'effet d'une constitution communale. Celle-ci est accordée à la menace que forme le serment mutuel des bourgeois ; les privilèges sont une exception à quelques droits sei-

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