‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 37 sur 162 · I. LE PRÉJUGÉ DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

I. LE PRÉJUGÉ DÉMOCRATIQUE

gneuriaux, commandée par des intérêts que le cours des événements déclare.

La protection de ces intérêts dut inspirer aux rois de tout autres sentiments que ne faisaient les insurrections des communes. Il ne manquaient guère de les servir par Foctroi de privilèges appropriés. Ces privilèges suspendaient des droits tantôt du seigneur, tantôt des propres officiers royaux, contre lesquels le roi, qui les nommait, devait songer à se défendre. Tel était Tesprit du temps, tendu de tous côtés vers l'indépendance, qui fait qu^aux mains du fonctionnaire l'office tendait à se constituer en fief. Il fallait défendre les administrés, il fallait protéger la source du pouvoir même contre ses organes constitués. Ainsi prirent naissance cette foule de privilèges dont la constitution des villes offrait avant la Révolution des milliers d'exemples en tout genre. Bien loin qu'elles fussent en général l'effet du mouvement communal, il n'y a presque pas d'effet de ce mouvement dont on n'eût pu prédire d'avance qu'il ne passerait pas le Moyen Age. Les révolutions d'où sortirent les communes de Laon et de Cambrai comptent au nombre des faits stériles de l'histoire. Les privilèges de Paris, au contraire, allèrent en se multipliant, et firent bientôt de cette capitale une des villes les plus prospères du monde.

Quant à l'esprit démocratique que quelques-uns ont vanté dans les communes, les faits étudiés de près sont loin de le vérifier. Presque toutes ces petites républiques, au contraire, s'organisaient sur le pied de l'aristocratie la plus étroite et la plus jalouse. Les troubles civils, effet de rivalités de famille, s'y multipliaient de même sorte que dans les villes d'Italie du même temps. La vie municipale n'y offrait aucun modèle de cet ordre qu'un audacieux système dépeint comme l'école des rois. Leur existence n'apportait aucun gage à l'avenir de la patrie.

ilG SUR LA MONARCHIE CAPÉTIENNE

Selon rintérêt du moment, les rois protégèrent les communes ou les combattirent. Ils les soutinrent contre leurs propres adversaires ; et ce cas fut fréquent à proportion du nombre et de l'importance de ceux-ci. Quand la monarchie les eut vaincus, l'alliance des communes lui devint inutile, et elle ne s'appliqua plus qu'à les réduire elles-mêmes. Telle est l'histoire de la monarchie dans ses rapports avec le mouvement communal.

M. Luchaire en conclut qu'en cela son intérêt seul la guidait. 11 a raison. Mais que veut-il de plus ? Imaginct-il que les institutions aient d'autre rôle à jouer dans le monde que de se défendre et de se conserver ? S'il en est de mauvaises, qu'on les ôte. Nous tenons que telle n'est pas la monarchie. M. Luchaire paraît enclin à prêcher aux institutions Tabnégation. Cet enfantillage gâte son livre^ un des plus scrupuleux et des mieux mis en ordre, des plus remplis d'ailleurs de l'intelligence des choses, qui aient paru depuis trente ans.

En général, dit M. Luchaire, dans leur conduite à l'égard de la classe servile, les Capétiens se préoccupaient peu des intérêts réels de cette catégorie de sujets.

... Actes destinés, dit-il ailleurs avec une amertume comique, par le fait, sinon par l'intention^ à améliorer la condition de ces malheureux.

Et ceci encore :

Il va de soi qu'on ne doit point en faire exclusivement honneur à la générosité spontanée des rois... Le vrai motif des libéralités royales es/ e/i définitive V intérêt bien entendu.

Les démocrates me croiront-ils si je les assure que les royalistes signent cette affirmation sans réserve. L'intention de M. Luchaire est de décrier la monarchie. Le

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