‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 39 sur 162 · II. LE PRÉJUGÉ ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

II. LE PRÉJUGÉ ÉCONOMIQUE

école de Manchester, issue des théories de libre-échange d'Adam Smith, que prônait Jean-Baptiste Say.

Elle eut pour chef Richard Gobden. La plus fameuse de ses manifestations fut le grand meeting de Manchester, du 25 janvier 1848. Léon Say répandit ses doctrines chez nous; le centre gauche, à la suite de ce docteur, en fait reloge. Cet éloge venant d'un tel endroit ne nous empêchera pas de croire à leur caractère anarchique. Il éclate dans les propos de John Bright, consignés au récit du meeting que je viens de dire. On ne trouve presque rien de plus violent en ce genre dans les discours des dreyfusiens de chez nous. Ces marchands de cotonnade, pleins de centons bibliques, soutiens d'un régime politique le plus traditionnel qui semblait être en Europe, s'expriment là-dessus à l'unisson des plus violents de nos anarchistes. Dans le soin que prennent les rois de déposer par honneur les drapeaux dans les temples, ils osent représenter les temples comme « souillés » par ces drapeaux. Ces rapprochements expliquent bien des choses. Mieux connus de nous il y a vingt ans, ils eussent fait prévoir les alliances du parti dont la France fut épouvantée.

L'histoire des origines de la nation française fournit une occasion parfaite de réfuter ces théories.

Il est certain que le retour à Tunité dont fut suivi le morcellement féodal causa l'essor de la richesse publique. Les signes de cet essor éclatent au xii® siècle, à la fin de ce siècle surtout, et au xiii«, sous Philippe Auguste, puis sous saint Louis.

En ce qui regarde la production, c'est alors que les grandes industries se répandirent dans nos provinces du Nord, à l'imitation de l'Espagne, de la Flandre, du Languedoc et de la Provence. Les villes de Rouen, d'Arras, de Laval, de Reims virent s'établir et prospérer les fila-

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tures de chanvre et de lin, les teintureries et les fabriques de drogues propres à celles-ci; la tapisserie, la sajetterie, la draperie, la soierie, les toiles fines, qu'on commençait à porter alors, furent entreprises chez nous avec succès.

Chacun connaît le nom du Livre des Métiers d'Etienne Boileau, ainsi nommé du prévôt des marchands de Paris, qui le rédigea sous saint Louis. L'abondance des métiers qui figurent dans ce livre, la précision des règlements, signe d'une pratique avancée et prospère, leur importance et leur multiplicité, preuve d'un débit déjà considérable, attestent l'état florissant des industries de Paris à cette époque.

Du côté de l'échange, mêmes témoins. C'est l'importance du marché de Champagne, avec ses grandes foires de Troyes et de Bar-sur-Seine ; c'est la prospérité fameuse de Montpellier, fondée uniquement sur le trafic. On signale, aux années 1200 et 1248, les deux premiers essais connus de la lettre de change. Dans ses Documents concernant F histoire du Commerce et de r Industrie, M. Fagniez remarque que les règlements des corporations, dont le Livre des Métiers est un exemple, étaient justement nécessités par la concurrence qu'attirait un agrandissement du marché.

Un regard jeté hors de France nous montre les villes de Flandre en grand progrès par l'etTet de leur commerce, et dès le xiv" siècle l'éclat de Bruges s'annonçant. Les ligues marchandes des villes d'Allemagne, ligue des villes du Rhin, ligue des villes souabes, ligue hanséatique, démontrent le grand trafic d'une partie de ces contrées.

Aucune province de France n'égale la Normandie. Nous en avons entre autres ce curieux témoignage. A Philippe VI, premier roi de la maison de Valois, cette

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