II. LE PRÉJUGÉ ÉCONOMIQUE
Dans cette trame d'idées pures, jugez de quel service le fait du mouvement des communes peut être. Rien de plus conforme au préjugé que d'identifier le progrès de l'industrie et du commerce avec ce mouvement. On]assure que la constitution des communes fut le résultat de l'accroissement de la richesse. L'enrichissement a fait le mouvement communal, lequel a fait la France : telle est la conséquence. C'est au sommet de cet échafaudage que trône, dans un air d'arrogance et de révolution, la figure d'Etienne Marcel. Symbole de dictature marchande, de haine des rois, de violence populaire, ce personnage fait un héros parfait de l'émeute et de l'oligarchie de finance. Il plaît à l'alliance d'anarchie que ces deux partis pratiquent contre l'ordre public.
Tel est le sens des éloges que nous voyons faire chez plusieurs de la révolution communale :
La révolution communale, dit M. Risson dans une Histoire du Commerce destinée aux écoles supérieures de commerce, a été la première brèche faite au système féodal toutpuissant jusqu'alors. C'est la première victoire du droit et de la légalité sur les privilèges et sur l'injustice. C'est la revanche des petits, des faibles, des opprimés, qui s'aperçoivent enfin que de l'union peut naître la force, et qui parviennent à s'entendre, à se coaliser, pour imposer des bornes à Tautorité capricieuse des seigneurs. L enrichissement des roturiers par le commerce en est la cause essentielle ; ils forment une association, un syndicat de travailleurs contre les exploiteurs du travail ; ils jugent de leur dignité autant que de leur intérêt de s'affranchir.
De telles citations sont utiles de plusieurs manières. En montrant le déchaînement de la sottise écolière dans les parcs majestueux de l'histoire, elles découvrent les causes de l'anarchie intellectuelle d'à présent ; elles font
comprendre la haine brutale qui s'empare des foules ignorantes envers les souvenirs du passé. Dans un ordre plus restreint, elles expliquent la sollicitude témoignée par la République aux instituts de commerce où s'enseigne ce genre d'histoire.
Elle n'est pas seulement contraire aux vraisemblances les plus grossières, telles qu'un peu de lettres et de pratique des hommes les découvrent aux plus obscures cervelles, elle l'est encore à la matière des faits.
C'est un fait que ce qui tient au mouvement communal n'eût jamais abouti sans la protection des hauts seigneurs et du roi, c'est-à-dire des pouvoirs militaires. Ce qui s'affranchit de communes ne se donna l'affranchissement, ou ne le garda, que grâce au secours de ces pouvoirs. Ce qui reçut des privilèges les eut et les garda.de même. Ces pouvoirs agissaient en faveur des communes tantôt par les armes, tantôt (ne l'oublions pas) au nom de l'autorité que les armes avaient conquise. Ce fameux règne de l'argent et du « travail » ne fut assuré que par l'épée, par l'épée barbare et fainéante ; car les gens de guerre, comme on sait, ne « travaillent » point, et leur vie se passe dans la mollesse. Telle ^histoire nous assure et démontre que fut l'origine, origine exécrable, du règne honorable des boutiques.
C'est un autre fait que le mouvement communal a été suivi, non précédé, par l'essor économique des villes. Le rapporter autrement, c'est ou montrer son ignorance, ou se faire voir à ce point possédé de chimères, que tout ce qu'on lit de contraire ne peut vous instruire.
Il est certain, c'est un fait établi, que des effets heureux du mouvement communal le commerce qui naissait eut à faire son profit. Il est certain, c'est un fait établi, qu'aucune prospérité antérieure de ce commerce n'a produit ni brusqué l'événement politique. Les auto-