‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 46 sur 162 · II. LE PRÉJUGÉ ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

II. LE PRÉJUGÉ ÉCONOMIQUE

et la destruction de Khartoum, œuvre duMahdi ignorant.

Il est des armes injustes. Pour corriger leur œuvre, quel autre parti que d'armer la justice ? Seule la force défait ce que la force à su faire. Les économistes se plaignent de Tétat de guerre ; or il n'est que la guerre qui puisse le faire cesser. La paix ne saurait venir d'un désir de ne point se battre, mais de la volonté armée de l'empêcher. La paix ne se demande pas, ne se vote pas, elle s'impose ; ce que l'on conçoit comme de plus opposé à la contrainte est l'effet de la contrainte ou n'est pas. Et c'est un premier point en cette affaire.

L'autre est que seules les armes imposent et favorisent les conditions de la prospérité. Les économistes ignorent cela ; les traités sont tout ce qu'ils veulent connaître ; mais il n'y a pas de traités sans guerres, je dis sans guerres au moins à l'état de souvenir dans le passé, à l'état de menace dans l'avenir. On ne traite qu'avec des armées, ou moyennant les ressources créées par des armées.

N'oublions pas que cette querelle se poursuit à travers toute l'histoire de France. Nous la voyons reparaître chez nos censeurs à propos de Golbert et de Louvois, ce dernier qualifié mauvais génie du roi parce qu'il demandait à la guerre les gages de l'avenir du pays.

Cependant la splendeur des armes de Louis XIV était nécessaire aux transactions dont bénéficiait la France et Golbert négociait sur la base éclatante que fournissait le traité des Pyrénées. Quand Deshaies de Cormenin, envoyé de Richelieu, obtenait de la cour de Copenhague l'abaissement du passage du Sund de dix pour cent pour toutes marchandises à destination du Havre, personne ne doute que Deshaies de Cormenin ne parlât en vainqueur de l'Allemagne et en allié du grand Gustave. Louis XIV n'a pas haï les Hollandais comme fauteurs du calvinisme seulement, mais comme obstacle à nos trafiquants sur

toutes les mers. Si nous obtînmes du Turc les capitulations auxquelles la République de Léon Say renonce, c'est que François I" offrait à Soliman le secours de sa flotte contre celle de Tempereur et, de concert avec Barberousse, pourchassait les vaisseaux de Castille par toute la Méditerranée. Ce qui fît encourir au Transvaal la guerre où finit son indépendance, ce n'est pas le peu de reconnaissance que les Boers montrèrent à l'Angleterre de les avoir protégés des Zoulous ; cela se répétait dans Fleet Street et dans Cheapside tout le temps que durait la guerre, parce qu'il faut à Topinion d'un peuple étourdi de pacifisme des excuses de sentiment ; mais les sphères averties parlaient d'une autre sorte : elles redemandaient « la route des Indes ». Ce n'était pas la guerre pour la guerre, ce n'était même pas la guerre pour punir le vice et récompenser la vertu, telle que Jaurès Teût approuvée, c'était la guerre pour sauver l'intérêt de la nation sur le terrain économique.

Le plus magnifique profit de la France en ce genre au XIII* siècle lui vint de posséder les ports du Midi, riches du trafic de tout l'Orient. Or ces ports et les fiefs dont ils faisaient partie n'échurent à la couronne qu'avec la succession du comté de Toulouse : c*est le résultat de la guerre des Albigeois, cet objet d'invectives sans nombre ; cela n'est pas du tout contestable.

La prospérité dont on vient de voir l'histoire fut donc l'œuvre de la monarchie, l'œuvre de la monarchie guerrière. En parlant ainsi, nul n'imagine que j'attribue au prince armé l'œuvre propre de trafic et de manufacture. Il n'en fut pas l'auteur, mais le soutien. Il n'a pas créé la richesse, mais la richesse n'eût pu se développK?r sans lui. L'autorité ne fait pas les forces d'un pajs, elle est la condition d'exercice de ces forces, faute de laquelle celles-ci demeurent inutiles.

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