ET LE MÉPRIS DE L'ORDRE ADMINISTRATIF
Quelques amis de Fancien régime, ennemis sans réserve de la Révolution, redoutant de subir le contact de celleci jusque dans les siècles qui la précèdent, mettent non seulement le xviii' si ècle (où tant de mal se mêle à tant de bien), mais le dix-septième, siècle admirable et suprême gloire du nom français, dans les reproches qu'ils lui adressent.
Une attitude de demi-hostilité à la mémoire de Louis XIV est le fait de beaucoup de conservateurs, de plusieurs royalistes même. Cette hostilité tient à des causes que j'examinerai dans le chapitre du procès de l'absolutisme ; les reproches visés ici ne le regardent pas seul. Ils inspirent des récriminations jusque dans le seizième siècle, contre François P"", auquel on attribue Tinnovation d'un certain système de gouvernement ; ils inspirent des critiques, cinq siècles en arrière, sur le gouvernement de Philippe le Bel.
Un auteur, là-dessus, a donné le ton, dont le nom, peu connu hors des cercles catholiques et royalistes, n'en a pas moins exercé beaucoup d'influence. Cet auteur est M. Coquille, qui rédigea pendant trente ans des articles à V Univers. Cette influence eut lieu entre autres par
rintermédiaire de Veuillot, qui tint de M. Coquille une partie de sa philosophie de l'histoire.
A une érudition étendue, à des principes bien établis, à beaucoup d'esprit (au sens où nos anciens prenaient ce mot) M. Coquille joignait ce que l'esprit de système a de plus tyrannique. Prévenu d'un dualisme historique où se jouait le sort de la religion et de TEglise, il n'envisage les régimes politiques que sous l'angle d'une contradiction féconde en brillants raccourcis et en jugements d'une rigueur absolue. Deux ouvrages de M. Coquille contiennent ses idées principales : les Légistes et leur influence ; du Césarisme dans r Antiquité et dans les Temps modernes.
Ces livres, peu recherchés, peu cités, soit que leur influence ait passé leur crédit soit que plusieurs idées qui s'y trouvent aient germé en même temps chez d'autres, ne laissent pas de présenter en forme les pi as tena- 'ces des objections de nos conservateurs envers l'ancienne monarchie. En eux se trouve résumée l'accusation portée contre une centralisation précoce de la monarchie, contre les légistes, complices de cette centralisation. Là se trouve combattu le droit romain, doctrine, dit-on, d'absolutisme, que les légistes auraient adoptée dans l'intérêt de cette centralisation.
Une circonstance devait servir ces thèses, c'est le prestige exercé par l'époque féodale sur des esprits que dominaient d'une part les impressions du romantisme, qui de l'autre cédaient à l'attrait ressenti de l'enseigne religieuse au milieu de tant de fracas guerrier. ^lille liens se sont formés, dans le cours du dernier siècle, entre l'àme des catholiques de France et le Moyen Age dans ce qu'il a de moins ressemblant à Tordre des sociétés modernes. Il est certain que Philippe le Bel travailla, plus que pas un de nos rois, à remplacer l'ordre féodal par un ordre