‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 49 sur 162 · LE PRÉJUGÉ FÉODAL · texte numérisé non relu

LE PRÉJUGÉ FÉODAL

royal et administratif. Une thèse qui faisait porter sur une personne la réprobation soulevée par ce changement devait gagner aisément les esprits.

Je prie qu'on remarque ce sort étrange de notre histoire, signe de Tétat de trouble où s'agite le pays. Les uns ne la peuvent souffrir à partir d'un tel règne, d'autres n'y peuvent approuver le système d'un tel roi. Quelques-uns mettent à la Renaissance le terme de leurs approbations ; pour d'autres Richelieu commence le règne du pire ; j'ai parlé de ceux qui s'arrêtent aux regrets de Vercingétorix ; Hotman ferme à Hugues Gapet la période louable de notre histoire. Autant de têtes, autant de sectes, qui toutes, expurgeant le passé, découpent ce qui cadre, à leur idée, aux préjugés de leur esprit, aux illusions de leur imagination, au parti pris de leur jugement, aux lacunes de leur savoir et, de ces lambeaux distraits d'un tout splendide, se font barbarement une arme contre le reste, saccageant à plaisir ce qui s'y trouve de plus beau, déshonorant, au nom d'une France mieux entendue, ce que d'autres Français vénèrent de la France.

Dans l'établissement de la monarchie, trois étapes sont à distinguer ; l'une de Louis le Gros, la seconde de Philippe Auguste et de saint Louis, la troisième de Philippe le Bel. Dans celle-ci seulement se consomme l'unité préparée et longuement poursuivie par la dynastie capétienne. Les deux chapitres précédents ont donné une idée des premières. C'est de la troisième, c'est de Philippe le Bel qu'il s'agira dans celui-ci.

Ce que je nomme préjugé féodal ne voit dans les effets de son règne qu'une déviation grosse d'erreurs de cinq siècles ; on ajoute que cette déviation conduisait à la Révolution, la rendait comme inévitable. Avant d'examiner le fait, il est urgent de considérer les conséquences d'une telle opinion.

C'est avouer qu'il n'est pas un reproche encouru par la Révolution qui ne tombe sur le régime qu'elle remplaça. Malgré des apparences trompeuses qui par elle ont pris fin, l'erreur dont elle est faite dominait sur la France ; elle dominait depuis cinq siècles. Elle dominait avec le consentement du régime de qui les royalistes attendent les réparations nécessaires.

Or voici la conséquence certaine. Prétendre, sous le nom détesté de la Révolution, ne corriger rien moins qu'une erreur de cinq siècles, erreur qui, n'ayant soulevé aucune protestation des hommes, n'ayant pas empêché le pays de s'élever au plus haut degré de la gloire, passera légitimement pour une part essentielle de la patrie, c'est soulever une querelle de secte. C'est, la soulevant contre la secte révolutionnaire elle-même, donner à celle-ci l'avantage de l'attitude patriote et française dont elle repousse au fond les conditions. En second lieu, qu'elle apparence y a-t-il de défendre la monarchie, de défendre les principes d'ancien régime contre une révolution dont on veut que ce régime ait recueilli, couvé, fait éclore le principe ? Quel moyen de proposer, comme remède à celle-ci, un retour à des institutions qui l'encourageaient à se produire ?

Je voudrais qu'on réfléchît à cela, que nos dénonciateurs de l'ancienne monarchie connussent Terreur de leur attitude. Elle peut aller jusqu'au ridicule, en tout cas elle les retient dans une impuissance absolue. Osentils bien réclamer le retour d'un régime sous lequel ils avouent (jue la France s'est égarée pendant la moitié de son histoire ? 11 faut aimer ce qu'on défend. Si les plus grands de nos rois vous font horreur, votre philosophie de l'histoire ne rétablira jamais la royauté. Que si vous arguez de ce qu'elle pourrait être, de ce que vous prétendez qu'elle soit, on vous dira que cela est

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