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DiMiER. Préjugés 2

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d'ignorants au monde ne manque pas d'en être frappé, et d'en concevoir un orgueil sans limites. On a même cherché à justifier cet orgueil. Voltaire, qui profita d'un tour de paradoxe pour hasarder de grandes sottises, fait dire à Pococurante dans Candide que toute la science des Académies ne vaut pas l'art de faire des épingles. On a repris depuis sérieusement cette folie ; Augier s'en est donné le copieux ridicule, dans sa pièce du Beau Mariage ; nous avons tous connu, au palais de l'Industrie, la liste, gravée sur la corniche, des grands génies de l'humanité, où figuraient Someillier et Sauvage auprès de Poussin et de Michel-Ange. Cette déification de l'industrie était dans les idées de la Révolution. On sait quelle fortune fit alors le paratonnerre de Franklin :

Eripuit cœlo fulmen sceptrumqae tyrannis. ^

Oberkampf et les toiles peintes de Jouj, qui parurent en même temps, ont figuré durant un demi-siècle dans tous les Plutarques de la Jeunesse. Le pauvre Ghappe, qui n'inventa qu'un télégraphe fort méprisable, a sa statue dans Paris, où Racine continue d'attendre la sienne. Par cet hommage rendu à ce contemporain notoirement obscur de ses origines, la République proclame l'avantage que vaut à la Révolution l'apothéose des < inventeurs >.

Cependant, quoi qu'on ait tenté, on n'a pu assurer leur gloire ; elle répugne à la nature des choses. Jacquard et Montgolfier seront toujours moins connus qu'Homère. Le bon est qu'une époque qui les a tant chéris n'a vu cependant naître aucun des inventeurs par qui s'est transformé le siècle. Le point de séparation de nous et des anciens à cet égard n'est pas du tout marqué par la Révolution, et les géants de quatre-vingt-treize apparaissent sur la

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scène du monde dans le médiocre attirail des industries de Tancien régime, au milieu des diligences et des coches d'eau.

Ne croyez pas que leurs historiens ne sentent pas cette honte. Au contraire, ils prennent soin d'en adoucir l'effet. A cinquante ans de distance, ils opèrent la réunion de Danton et des chemins de fer. Ils ne veulent pas qu'on sépare ces deux choses. Dans leurs programmes d'études, ils inscrivent ceci : « Résultats de la grande Révolution : la vapeur et l'électricité. »

Cette impertinence fait rire. Cependant le prestige des inventions modernes sert réellement leur cause. Il inspire aux foules la compassion et le dédain du passé. C'est un entraînement naturel, auquel on ne peut éviter que les clîisses ignorantes soient sujettes, et ces classes font aujourd'hui la loi. J'ajoute qu'il n'y a pas de préjugé plus barbare. Une forte culture des plus hautes classes en peut seule corriger l'effet ; aussi les pouvoirs de la République sont-ils ligués contre cette culture. Les fameuses réformes de l'enseignement de 1890 et de 1902 n'ont pas eu d'autre objet que d'en préparer la ruine. Quand la disparition du grec et du latin aura décidément assuré l'ignorance des civilisations de l'antiquité, la confusion intéressée des progrès de l'industrie et de l'avancement social aura beau jeu. Savoir ce que fut Rome, et que sa grandeur prend place, il n'y a pas moins de deux mille ans, dans un temps où les produits d'aniline étaient inconnus autant que les droits de l'homme, n'est pas du tout indifférent. Il n'est pas du tout indifférent que les pupilles de la République sachent ou ne sachent pas cela. Cette lumière éteinte une bonne fois, c'en sera fait de tout scrupule chez eux. Le naphtol, le thymol, le salol, régneront désormais sans partage.

Tout ceci fera comprendre l'illusion dont je parle, et

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par quelles réflexions il convient de s'en garder. Il fera voir de quelle importance à cet égard sont de bonnes humanités. Ce que je dis de l'antiquité s'applique à notre pays : une ouverture loyale sur la littérature du xvir siècle français fait hésiter à croire que la Révolution soit le commencement de l'histoire du genre humain ; elle touche au dogme révolutionnaire dans ce qu'il y a de plus absurde, mais aussi de plus essentiel. Aussi les ennemis de notre histoire politique ont-ils soin de rabaisser la gloire de nos écrivains classiques.

Une entreprise sournoise de dénigrement pèse sur nos classes de rhétorique moderne. Celles-ci ont pour tache principale de réduire, de chicaner, de neutraliser l'éloge que mérite l'ancienne littérature française, d'empêcher que les esclaves de la Révolution, suggestionnés du sophisme politique, y soupçonnent 1 eminente dignité du passé. Les imbéciles critiques du romantisme ont puissamment aidé à ce résultat ; elles ont fourni des arguments, elles ont attiré des recrues, et le désordre social a recueilli en cela le fruit de son alliance naturelle avec le désordre de l'esprit.

Du côté des savants, Terreur de la Révolution ne pouvait avoir gain de cause. Il n'y a presque pas un homme adonné à l'étude des institutions qui ne soit prêt à venger les anciennes du décri révolutionnaire. Une patiente recherche du passé est le chemin infaillible d'en rapprendre le goût, et à plusieurs égards l'admiration. L'olTensive jacobine réussit peu par là. Tout ce qu'elle essaie n'est qu'au moyen de quelques Mémoires scandaleux, ([ui pendant quelque temps ont fait figure d'un arsenal d'érudition à son profit. La fin du xviii" siècle et le commencement du xix" ont vu le beau temps de cette pratique. La dénonciation (ju'on en tire était surtout des mœurs privées des grands. Contre les noms

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glorieux de Thistoire, on menait une entreprise de diffamation pareille à celle que nous avons vue réussir contre les curés de village et des Frères des Ecoles chrétiennes. Cette veine est épuisée maintenant et le résultat qu'elle donne a été tout entier porté du côté des classes ignorantes, où tant d'autres armes ont leur effet, qu'une de plus n'est pas une affaire. Les gens instruits ne croient plus à ces révélations ; les plus célèbres d'entre les détracteurs de l'ancienne société, comme Saint-Simon, ont vu tomber tout leur crédit.

Ne pouvant entreprendre sur la science, rétablissement révolutionnaire devait mettre tous ses soins à en restreindre l'écho, à en enrayer le débit. Il est vrai que ce régime se dit celui de la science ; mais il est aisé de voir que sous ce nom de science il n'entend pas autre chose que l'opposition aux croyances religieuses. Gomment, au nom de la science tout court, fermerait-on tant d'écoles qu'il en a fermé depuis 1882 ? Fermer des écoles est le contraire d'un amour de la science. Mais il s'agit de la science sous condition, et cette condition est tellement importante qu'elle est regardée comme suffisante en l'absence du principal même. La République trouvera toujours assez savant celui qu'une révolte de l'esprit aura séparé de la religion, et dont le progrès se montrera dans le mépris des prêtres. Que si quelque ordre de connaissances refuse de s'associer à ces fins, elle fera tous ses efforts pour l'étouffer.

D'une part, elle empêchera que rien de ce qui s'y démontre vienne à la connaissance des foules ; d'autre part, elle en rabaissera les maîtres devant ceux d'un moindre enseignement, tout entier remis entre ses mains. C'est de ce temps-ci le sort de l'enseignement supérieur, et à quelque égard du secondaire. Tout l'effort du régime est de les effacer devant la prépondérance de l'enseigne-

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ment primaire. Les universités populaires issues de l'affaire Dreyfus y ont servi, par Fhabitude qu'elles donnent aux maîtres plus instruits de se plier aux préjugés que le peuple tient de Técole communale. L'abaissement des programmes est un autre moyen. Vingt pratiques souterraines ont pour effet certain de faire trouver l'enseignement supérieur plus inutile tous les jours, d'en détourner les étudiants, pendant que les principes, la méthode, les résultats, les prérogatives en seront à mesure plus méconnus. Les suppressions ne seront pas épargnées ; et nous pouvons être assurés que tout ce qui dans cet ordre ne pourra être étouffé sera détruit.

Tel est, dans ses traits principaux, le plan de la Révolution sur l'histoire de France. 11 tend à la corrompre et à l'anéantir . Mais on ne peut achever ce propos sans parler d'un venin plus subtil qui s'insinue par son action. Je parle du goût qu'elle donne à tous et du droit qu'elle leur reconnaît, de discuter sans frein des événements passés, de traduire Thistoire à la barre de sa conscience particulière.

Mille réflexions seraient à faire sur ce qu'on pourrait appeler l'esprit de secte en histoire. Il correspond à l'esprit de parti en politique et à l'hérésie en religion. Dans ces trois ordres, un préjugé pareil enseigne à ne soumettre son jugement qu'à soi-même, à ne rechercher que ce qui plaît, au mépris de ce que les faits imposent. Le fait de l'Eglise en religion, celui de l'État en politique, en histoire celui de la nation ou de la société civilisée, ont un droit souverain à fixer nos esprits, à remplacer ce qui dans chacun n'est qu'opinion particulière par la raison d'être d'un ordre supérieur. Bossuet définit avec beaucoup de justesse l'hérétique « celui qui a une opinion ». Les temps modernes vantent cela comme le propre de l'homme ; cependant toute la fin de notre intel-

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ligence est de nous incliner devant une raison capable de se soumettre tous les esprits. Tout ce qu'il y a de sortes d'ordre public au monde, nécessairement fondées sur Tunité de pensée, demande cette raison à des faits établis ; aucun ne s'en est remis aux idées de la fixer. C'est aux effets que tout gouvernement des hommes met l'enseigne de la vérité.

La réussite des institutions^, non la facilité qu^elles ont d'être philosophiquement déduites, voilà le motif de les croire bonnes et de s'y soumettre sans résistance. Le bon comportement de l'Etat, tel est le fondement de la légitimité. Ce qui s'y ajoute par l'effet de Tancienneté ne tient qu'à l'ascendant plus grand, effet de réussite prolongée. Faire le procès de cette réussite, opposer au droit qui s'ensuit les préférences de ce qu'on croit la raison, quitter pour les décisions de celle-ci le contrôle des faits, tel est le propre de l'esprit de parti. Avec son règne commencent les dissidences, chacun ne pouvant manquer de trouver dans sa raison des injonctions particulières qui le mettent aux prises avec la raison des autres. Le fait accepté rassemblait les hommes, le principe discuté les disperse. Voilà la guerre civile inévitable. Aucun ordre public, aucun Etat paisible ne saurait bâtir sur ce fond.

Il en va de même en histoire. L'épreuve du vrai, du bon, du juste, n'est dans rien de semblable à ce que nous appelons des principes, mais dans l'heureux aboutissement des faits. Cette maxime n'est pas moins certaine que celle qui domine la politique. Aussi ne peut-on Ten séparer. Il n'y a en politique aucun droit qui ne soit historique ; le bienfait d'un pouvoir est ce qui le rend légitime : il y faut donc l'épreuve des ans ; j'ajoute l'épreuve de longues années, un succès éphémère n'ayant pas de quoi fixer l'obéissance des hommes. Ainsi les mêmes raisons, des raisons de force éo^ale, défendent de discuter le

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pouvoir légitime et de condamner Thistoire de son pays, la réussite qui sert d'épreuve à tous les deux étant substantiellement la même et ce pouvoir n'étant justifié que par l'histoire.

De là vient qu'il n'y a pas de patriotisme raisonnable qui ne soit aussi loyaliste. De là vient que tous ceux qui veulent l'ordre public n'en séparent pas l'amour de notre histoire.

Sur cet amour en général, point de dispute dans le camp des catholiques et des nationalistes. Seuls les tenants des sectes dans le présent élèvent contre le passé des reproches absolus. Mais, en détail, que de récriminations de la part des bons Français mêmes I C'est que Tesprit de la Révolution n'enseigne pas seulement à ses sectaires la haine générale du passé ; chez tous encore elle insinue le goût et la présomption des critiques particulières. Sectes non déclarées contre la France historique, demeurant dans l'amour et le culte de celle-ci, sectes cependant, qui, ne laissant pas de choisir entre les faits dont s'est constituée la patrie, n'aimant celle-ci que sous un certain angle et pour des vues particulières, logent dans un sentiment fait pour nous rassembler le germe mauvais des dissidences. Cause de faiblesse à l'intérieur, cause de trahison aussi, chacun de ces partis, par TefTet des condamnations qu'il prononce, tendant la main à la Révolution, qui les étend à toute l'histoire.

Ce dernier trait mérite qu'on y appuie. Mauvais en soi, mauvais dans son principe, il traîne des conséquences plus fâcheuses encore. D'une alliance de fait sur un point avec l'esprit de la Révolution, on passe aisément à d'autres complaisances ; malaisément on condamne la doctrine qui justifie vos préférences de secte. De là, et non pas seulement delà contagion directe du libéralisme,

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viennent à tant de bons Français ces connivences secrètes dont notre temps offre les exemples.

Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de ces paroles. Pas plus que tout autre sentiment nécessaire, le patriotisme n'enseigne Tabsurde ou Timmoral. 11 ne défend pas de juger Thistoire, il ne commande pas de n'y rien reprendre. Imparfaites dans le particulier, par quel miracle les actions des hommes échapperaient-elles à tout reproche dans le domaine de TEtat ? Comment, au contraire, une si longue suite de siècles, des circonstances si difficiles, de si grands intérêts, le hasard des rencontres, qui les remet parfois aux faibles et aux méchants, n'auraient-ils pas pour effet de multiplier les fautes des hommes ? Je ne prétends donc pas qu'il ne faille rien blâmer ; ce que j'assure, c'est qu'un blâme de ce genre, quand il s'agit d'un grand pays tel que le nôtre, ne saurait affecter l'un des points essentiels offerts au jugement de l'histoire.

La réussite de l'histoire de France exclut tout blâme définitif. Qu'on relève en ses différents points les torts des hommes et les défauts des choses, rien n*est si raisonnable, et même si nécessaire. Qu'on dise : les torts de l'ancien régime, comme on le dit de tout au monde, soit ; mais qu'on se garde de dire : le tort. Que par ce singulier on ne donne pas à entendre qu'un vice constant, fondamental, toujours le même sous des aspects divers, fait une tache dans notre ancienne histoire, minait la patrie dans le passé. Je ne considère pas en ce moment ce qu'il y a de faux dans l'idée que cette façon de parler révèle ; je n'examine pas ce point de vue du fatalisme qui, composant l'entité d'une nation de plusieurs éléments abstraits développés à travers les siècles, dénonce dans l'un une cause de ruine ou de constant détriment pour le corps social. Il suffît qu'aux yeux de ceux qui sont dans ce

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point de vue, la France prospère, la France glorieuse ne puisse passer pour affectée de ces maux. Car un tel mal, ou l'eût tuée infailliblement, ou n'eût jamais permis que ses destinées allassent si haut.

Encore un coup, la réussite de notre pays est l'absolution de son passé. De bons effets ne peuvent venir de mauvaises causes.

Ainsi ce qu'on fait de reproches à notre histoire doit être exprimé avec tout le respect que l'excellence de l'ensemble inspire. En second lieu, ces reproches ne peuvent être profonds, puisqu'ils n'ont pas empêché la nation d'avancer.

Je sais qu'une école s'imagine élever contre un pareil point de vue les objections de la morale et même de la dévotion. Au-dessus des lois du succès, dit-on, il y a celles du bien et du mal ; au-dessus de l'absolution des faits, les condamnations de la religion. Ils ne songent pas que toute la question est de savoir si la question se pose. Car, supposé que jamais dans les Etats prospères nous ne soyons conduits à remarquer une violation des mœurs fondamentales, que jamais dans cet ordre ce qui réussit en fait ne découvre rien de détestable en principe, il n'y aura plus de difficulté, et nos censeurs en seront pour leurs frais de vertu.

11 n'y aura pas de difficultés, dis-je, car ce n'en est pas une de savoir si en soi l'honnête doit être préféré à l'utile, ces espèces étant différentes et ne souffrant pas de commune mesure; de sorte qu'on peut bien dire que l'honnête vaut mieux que son contraire, et de son côté l'utile que son contraire, mais qu'on ne peut rien dire de ces deux termes mis ensemble. D'autre part, il n'y aura pas question si un objet honnête et contraire a l'utile doit être préféré à un autre qui serait utile et contraire

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à l'honnête, puisque, dans Tordre dont il s'agit, le cas ne se présenterait jamais.

Or, l'histoire prouve qu'il en est comme je dis. Jamais on ne vit une société prospérer en violation des lois les plus essentielles delà religion et de la morale. L'histoire, dis-je, le prouve et le sens commun n'en doute pas. Il sait que la condition des personnes est à cet égard différente de celle des sociétés, que la prospérité ne s'oppose à la vertu que dans Tindividu strictement pris, et non pas même dans Tindividu, car il est plus juste de dire que le plaisir s'oppose au devoir dans un acte isolé de la vie de Tindividu. Plus le cas qu'on propose s'étend et comprend de temps écoulé, moins le divorce supposé de l'utile et de Thonnête trouve d'occasions de se faire sentir, le temps ayant cet effet d'amener les sanctions. Ainsi, en Tentendant de la vie tout entière, on peut dire qu'il est rare qu'un méchant soit heureux. Mais, ajoute-t-on à la longueur de temps la considération d'intérêts collectifs, l'opposition supposée se fait plus rare, et disparaît même tout à fait. Aussi a-t-on pu dire que pour Tindividu la sanction de la morale était dans l'autre monde, mais que les sociétés portaient dès celui-ci la peine de leurs vices et de leurs crimes. C'est le point de vue de Maistre et de Le Play. C'est celui de tous les grands politiques.

Rien donc ne doit retenir un Français d'aborder l'histoire de son pays dans une intention d'apologie. Dans le fait de l'existence de la France et du magnifique avoir social que ce nom représente pour tous, il tient la preuve que cette histoire est digne d'éloges. Loin que cette confiance choque aucune loi de l'étude scientifique des faits, elle est pour cette étude une source de lumière, s'il est vrai qu'il n'y a pas de connaissance des faits qui n'ait à tenir compte de leur aboutissement. Au surplus, cette

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confiance n'impose aucune conclusion particulière, car il y a pour les faits de l'histoire bien des manières d'avoir raison. Elle laisse le champ ouvert à toutes les conclusions, réservant ce point seulement, qu'une nation comme la nôtre ne saurait passer pour issue, à quatre générations en arrière, d'un peuple d'ignorants, de misérables et d'esclaves.

Ce point sera Técueil du sophisme et l'enseigne du vrai. Tout l'effort de la critique révolutionnaire cède à cette parfaite évidence. Les chapitres qu'on va lire, en s'y accommodant, découvrent le vrai jour des faits dont chacun traite. Dans chacun j'ai confiance que le lecteur retrouvera, en même temps que la certitude de fait, la vraisemblance que donne à un récit la naturelle allure des hommes, toujours forcés et grimaçants dans les tableaux de complaisance dictés par la Révolution. On n'y trouvera pas moins la variété que l'histoire emprunte de la diversité des hommes, si ingénieux, par des voies différentes, à pourvoir à la paix publique et à la protection des intérêts.

Le spectacle imprévu de ces accommodements fait toute la séduction et le charme de cette science. C'est à le ménager que l'historien s'applique, à peu près comme les sculpteurs anciens se sont appliqués à garder la naïve allure des corps représentés dans leurs ouvrages. Goldoni, qu*on s'excuse de citer en une matière aussi sérieuse, avait pour principe ce beau mot, qu' « il ne faut pas gâter la nature ». C'est, dans un autre ordre de choses, ce qu'il faut entendre dans ce passage où Fustel recommande « la chasteté de l'histoire ».

Personne ne l'a gardée comme lui. Nulle part mieux que chez lui le passé ne se découvre dans des tableaux simples et naturels ; nulle part l'inaccoutumé des faits n'a plus d'union avec le fond des choses, sensible dans

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sa réflexion simple et dans le choix mesuré de ses paroles. J'ai pris de lui la matière et les conclusions de plusieurs chapitres de ce livre, conclusions auxquelles personne n'a répondu, mais que les ennemis de notre histoire avaient tout fait pour ensevelir dans le silence. Ce que j'ai joint ailleurs de mon fonds, ou adapté de plusieurs excellents historiens, est aussi, en beaucoup de points, inspiré de la méthode de Fustel. Le dessein même de ce livre est pris de lui ; car il tient tout du respect du passé et ne tend qu'à réconcilier, dans la connaissance de leur histoire, tous les Français amoureux de leur pays.

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