LA QUERELLE DE LA. RENAISSANCE L LES ORIGINES ; LE XVP SIÈCLE
Je l'ai dit : chaque époque de Thistoire de France apporte sa récrimination particulière. Après César, après Hugues Capet, après Philippe le Bel, voici venir le reproche qu'ion fait au xvi' siècle et à ses princes, à François I", Père des arts et des lettres, d'avoir causé leur corruption.
Ce reproche est le plus général qu'on ait fait. Il ne met pas seulement en cause une politique, une raison d'Etat, il se plaint d'une transformation de tout Fesprit national. Car où cet esprit s'exprime-t-il mieux que dans les ouvrages de cet ordre ? Aussi bien, n'omet-on pas de dire que l'effet s'en ressent jusque dans l'exercice de l'autorité publique. On assure que depuis ce temps les rapports du roi et du peuple ont changé, les mêmes idées qui réformaient les lettres ayant corrompu la royauté.
Ce qu'il y a de conservateurs à soutenir ce système ajoute que la Révolution est sortie de la Renaissance. Dans son Ancien Régime, Taine entreprend de prouver que celle-ci venait de l'esprit classique ; et d'où l'esprit classique vient-il, sinon de la Renaissance?
Cette explication a fait des partisans; pourtant elle est assez particulière pour n'être pas jugée fort dange-
reuse. L'accusation de paganisme a plus d'apparence. Ce paganisme passe pour ouvrir la voie aux impiétés dont la Révolution a profité ; par là sont condamnés trois siècles de monarchie française, en même temps qu'une égale période de la civilisation nationale.
La renaissance des lettres et des arts est l'effet d'une imitation des modèles de Tantiquité, dans laquelle l'Italie avait devancé l'Europe. Elle passa de ce pays par contagion en France, et chez toutes les autres nations.
Par cette imitation furent substituées, dit-on, d'une part, aux mœurs traditionnelles et françaises, celles de la Grèce et de Rome ; d'autre part, au sentiment, à l'imagination catholique et chrétienne, le sentiment, l'imagination païenne. De ces deux points sort une double revendication. On se plaint de la Renaissance au nom de la nation offensée ; on s'en plaint au nom de la religion trahie.
L'effet de ces deux réclamations unies est de mettre les catholiques de France au premier rang de l'attaque contre la Renaissance. Attaque redoutable, dans laquelle le zèle religieux se voit renforcé par le sentiment national. L'un, avec l'autre, ne saurait inspirer que des haines extrêmement vives et une horreur violente pour une cause, qu'il importe absolument de défendre. Remarquez que cette opposition s'alimente à des sources nécessairement relevées dans l'ordre de l'esprit. L'autorité la plus considérable que les catholiques français reconnaissent en ce genre, c'est l'Ecole des chartes, a pesé de tout son poids contre la Renaissance. Les plus catholiques de cette école se sont employés contre elle de toutes leurs forces. M. Sepet, M. Lecoy de la Marche, surtout ^L Léon Gautier, se sont rendus célèbres par là.
Ils se rattachent à l'école plus ancienne qui fleurit vers 1830 à l'ombre du catholicisme romantique, autour