I. LES ORIGINES .' LE XVI" SIÈCLE
des Gerbet et des Montalembert, d'où sortaient contre l'école classique de véritables anathèmes, contre l'opuscule de Didron aîné sur le Paganisme dans l'Art chrétien, La Renaissance renégate et païenne, la Renaissance immorale, la Renaissance blasphématoire et diabolique, tel est le thème éternel de cette sorte d'ouvrages -là.
Il faut regarder l'effet de cette dénonciation. G*est trois siècles de notre histoire déconsidérés dans leur essence, trois siècles d'histoire déshonorés. Je dis déshonorés sans exception, car on ne voit au cours de ces siècles personne tenir une voie particulière qui le rende innocent de ce reproche. Les écrivains sacrés, des prêtres, des docteurs, sont entraînés dans l'anathème. Bossuet v roule avec Fénelon et Pascal. En second lieu, c'est la Révolution rendue inévitable depuis trois cents ans bénéficiant de Tautorité et du prestige que donnent trois cents ans de la plus brillante culture française. Le tort fait par ces deux articles à la cause conservatrice, à la restauration nationale, n'a pas besoin d'être expliqué. Il est du genre de celui dont j'ai parlé dans quelques chapitres précédents.
Ce que je vois ici de particulier, c'est le pernicieux décri dans lequel on fait tomber la période du plus magnifique essor qu'ait connu l'intelligence française. Par l'effet de cette dénonciation, des sujets de gloire immortels, d'incomparables causes d'enthousiasme et d'orgueil national sont rejetés. Racine, Bossuet, Descartes, Philibert Delorme, Jean Goujon, Poussin, ne sont plus, dans la logique de ce système, que de médiocres exemples d'effort trahi et de talents souillés. Ils ne sont pas de la vraie lignée française ; l'esprit national ne s'exprime pas en eux. Quelques auteurs n'ont pas craint de mettre en avant, parlant des arts aux siècles antérieurs, le nom à' art national, afin de les en exclure. Ils n'ont
pas réfléchi à Tindignation ressentie, chez tout Français sensible à cet ordre de choses, en voyant renier au nom de la vraie France ces grands ouvrages et ces grands noms.
Ceux qui seraient tentés de fermer les yeux là-dessus devront en vérifier le danger de deux manières : en premier lieu par les alliances où cette attitude les engage, en second lieu par l'effet ressenti du côté des troupes catholiques. Tout ce que le siècle a compté de révolutionnaires depuis la période romantique, tous les ennemis de la tradition française les ont soutenues dans ce combat. Aujourd'hui la Sorbonne huguenote et libérale n'a pas d'objet plus cher de ses critiques que la Renaissance française. C'est un fait facile à vérifier. Du côté des amis, c'est la désaffection, c'est les sources d'enthousiasme taries, c'est la confiance ôtée par cette habitude prise de se considérer comme trahi sous le couvert des plus éclatantes enseignes de la religion et de la patrie. Si le siècle de Louis XIV et de Bossuet est maudit, quel découragement devant l'avenir, quelle confusion dans le passé !
Devant l'affirmation du système que je viens de dire, passons donc à l'examen des faits.
Et d'abord, convenons qu'une rupture du genre de celle qu'on nous dépeint, source d'une dissidence absolue entre l'esprit de la Renaissance et l'esprit traditionnel français, serait difficile à justifier. Car, dans un âge si avancé de l'histoire, après dix siècles de vie nationale distincte, comment admettre un tel recommencement? Bon pour le latinisme apporté par César aux origines de cette histoire même. Il ne rencontrait alors rien d'organisé, et ce que reçut en ce genre la Gaule de la conquête n'avait à supplanter rien de défini. Il n'en était pas de même au xv'' siècle.