‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 61 sur 162 · I. LES ORIGINES : LE XVl* SIÈCLE · texte numérisé non relu

I. LES ORIGINES : LE XVl* SIÈCLE

Alors on ne peut nier qu'un art, qu'une littérature, que des traditions nationales, fussent nés; que, de notoriété publique, toutes ces choses ne fussent parvenues en un point avancé de leur développement. S'il était vrai que le mouvement de la Renaissance les eût contrariées et rompues, je sais bien ce qu'il y aurait à faire, mais le tableau d'un antagonisme des deux esprits au moins serait vrai.

Le devoir des Français serait de s'efforcer de réconcilier dans le passé des sources rivales amalgamées en eux. Il faudrait éviter les attaques passionnées, dont Teffet est de semer la discorde sur un point où elle est mortelle, de mettre la guerre au sein même de notre être, de dissoudre par cet antagonisme les réalités nationales. Mais ce qu'on éviterait de remarquer, ce dont on n'aimerait à convenir que dans le cabinet paisible et retiré de la science, n'en serait pas moins une vérité. Vérité digne d'étude comme toute vérité, capable de rendre, d'un point de vue supérieur et dans les régions de Thistoire pure, les services qu'on n'en pourrait tirer pour la santé de la patrie. Mais il en est ici comme en plusieurs rencontres. La querelle qu'on fait à la Renaissance ne compromet pas seulement le salut du pays; elle répand en outre des idées fausses touchant l'histoire des peuples et le train de la civilisation. Ce qu'elle sème n'est pas seulement le dommage, c'est l'erreur.

Il ne s'agit donc pas pour nous, à défaut d'unité de notre histoire, d'en raccommoder les parties, mais de montrer dans ces dissidences prétendues les traits de l'unité véritable, d'en tirer du même coup l'honneur de notre pays et la leçon du genre humain.

Deux mots suffiront à régler ce qui regarde la politique. Tout ce qu'on a dit de la hauteur nouvelle alors des façons de cour, tout ce qu'on a conclu de la couronne

impériale jointe aux devises de François I", des comparaisons faites de lui avec Alexandre et César, appartient au domaine de la fantaisie pure. Pour ces comparaisons, elles sont de tous les temps, et notre roi Philippe II déjà s'était nommé Auguste, du nom d'un empereur romain. La couronne impériale n'a jamais signifié un retour de Tautorité aux traditions de TEmpire romain, mais le souvenir des compétitions du roi de France et de Charles- Quint. Celui d'Angleterre, par bravade, avait pris aussi cette couronne. Elle n'en marquait de sa part pas davantage.

On parle aussi du crédit que prit alors la politique de Machiavel. Mais on en parle sans bien savoir ce qu'était Machiavel, ni ce qu'était cette politique. Ce n'est pas ici le lieu d'analyser le livre du Prince et de fournir ce qui se doit pour sa défense. Qu'il suffise de remarquer qu'avant comme depuis lors, pour les princes d'avant la Renaissance comme pour ceux qui vécurent ensuite et de tout temps, la politique fut la science des résultats. Il y a une politique qu'on peut appeler basse et une qu'on peut appeler noble et généreuse, il n'en est pas qu'on puisse appeler désintéressée ; de sorte que reprocher à ce temps d'avoir vu naître le calcul et le profit politiques, c'est ne rien lui reprocher du tout.

Tous ces points-là seront plus ou moins traités dans les divers chapitres de ce livre. Je me bornerai dans celui-ci aux faits de l'ordre intellectuel, principal objet de la Renaissance, objet de grande importance dans le siècle où nous vivons.

L'illusion courante au sujet de la Renaissance est nourrie du contraste que fait (pour prendre deux exemples décidés) Ronsard avec la Chanson de Roland ; Ronsard et le sacrifice du bouc à Bacchus fait en honneur de son

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