I. LES ORIGINES : LE XVI* SIÈCLE
édition de ce poème. Il rimita, comme Tavaient imité Charles d'Orléans et Villon. Et de fait l'ouvrage est digne de cette grande estime, principalement la partie écrite par Jean de Meung au commencement du xiv« siècle. Il n'y a pas aujourd'hui d'édition du Roman de la Rose dans le commerce ; il y en avait une au temps de Louis XV. Mieux encore, la Renaissance alla rechercher plusieurs des livres disparus de la mémoire des hommes. Biaise de Vigenère retrouva le manuscrit de Villehardouin et l'imprima, en 1601.
Voilà pour le dédain que professa la Renaissance à regard de ce qui la précéda. Quant à la séduction des lettres païennes, qui rompit à ce qu'on dit la tradition chez elle, il y avait longtemps que cette séduction se faisait sentir et grandissait.
Dès la renaissance du xii^ siècle, sous Louis VII, Chrétien de Troyes traduisit Ovide. Au point de vue moral et chétien, cet auteur ne passe pas pour le meilleur de tous ; on voit que la liberté de mœurs à cet égard n'a pas attendu le xvf siècle. Elle est aussi ancienne que la littérature ; le Roman de la Rose est tout païen. Les contemporains s'en plaignirent : Gerson prêche contre cet ouvrage dans ses 3' et 4® dimanches de l'Avent; Christine de Pisan en parle comme d'un livre de perdition ; il n'en date pas moins du plein Moyen Age et la première partie de ce roman est un ouvrage du temps de saint Louis.
Le grand nombre de livres frivoles et amoureux est un des traits frappants d'alors. On ne trouve dans les bibliothèques que papiers d'amour, demandes et réponses d'amour, jugements d'amour en rimes. Un chanoine, Jean de Saffres, en 1365, nie possède dans la sienne * pour ainsi dire que des romans.
1, Inventaire dans le Bulletin du Bibliophile, 3" série, p. 473.
Païens ou non, on sait aussi que les fabliaux et la plupart des farces débordaient d'obscénités dégoûtantes. A la fin du Moyen Age, les Cent Nouvelles nouvelles en présentent comme le résumé. Personne ne voudrait faire comparaison de ces contes avec ceux que la Renaissance vit écrire à la reine de Navarre et qui gardent partout l'honnêteté.
Pour la culture antique en général, elle était aussi ancienne que la France. Notre langue est latine et celle que parlèrent les Romains continuait d'être cultivée avec honneur dans les écoles. Il est vrai que cette culture ne représente pendant quelque temps qu'une sorte de servage intellectuel nourri de traditions seulement, sans retour sur les origines. Mais le temps vint où la recherche des modèles commença, où de nouveau on s'appliqua aux sources d'un art suivi jusque-là par routine.
Ce souci se déclare dans le xiv^ siècle. Il n'est que juste de faire remonter à cette époque les origines de la Renaissance. Qui en voudra connaître les signes n'aura qu'à lire le catalogue de la librairie de Charles V.
On V trouve le Timéc de Platon, le De cœlo et mundo d'Aristote traduit par Nicolas Oresme, les Ethiques en six exemplaires, un livre des Secrets d'Aristote et de Girard d* Amiens, Sénèque, un Boèce de la Consolation, Macrobe, le Songe de Scipion, un Végèce de la Chevalerie en dix exemplaires, un « Livre qui traite des faits de Jules César appelé Suétone », une Conjuration de Catilina, deux exemplaires de César, un Priscien, Donat et Catonnet,
Dans celle du duc de Berry, on trouve : trois exemplaire •> de Valère Maxime, un Josèphe, Tive-Live en quatre exemplaires, Térence en deux, les Bucoliques de Virgile, les Métamorphoses d'Ovide en quatre exemplaires, VArt d'aimer du même, deux exemplaires de Lucain.