‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 67 sur 162 · I. LES ORIGINES : LE XVl' SIÈCLE · texte numérisé non relu

I. LES ORIGINES : LE XVl' SIÈCLE

Il est donc contraire aux faits de dire qu'en remettant la culture antique en honneur, la Renaissance du XVI" siècle tourna le dos au Moyen Age. Au contraire, elle ne faisait que poursuivre, achever et parfaire ce que les siècles du Moyen Age avaient souhaité et préparé. Il n'y a de nouveauté que dans Téclat enfin atteint des résultats. Les intentions demeurent dans la ligne du passé et dans le sens de la tradition. Ce sont là des évidences telles, qu'on ne les eût jamais méconnues si le soin d^en écrire l'histoire n'avait été trop souvent remis à des érudits sans jugement et dépourvus de toute autre connaissance. On ne songerait pas à leur reprocher cela, à ramasser les preuves de leur culture bornée, si les premiers ils n'avaient prétendu légiférer à cet égard, donner des leçons de goût et renverser les rangs de mérite des siècles et des auteurs. Un érudit, M. Boucherie, cité par M.Langlois dans sa Société française au XIII^ siècle^ veut faire l'éloge d'un roman fort plat de ce temps-là, qu'il a le premier publié. « C'est, dit-il, le Paul et Virginie d'alors. » Paul et Virginie à ses yeux est le chefd'œuvre des romans du xviii« siècle. Il ignore Prévost et Marivaux.

Ne nous flattons pas sur la littérature. Elle est volontiers licencieuse. Ce qu'on relève de traits en ce genre à la Renaissance ne doit pas nous faire plus mal juger celle-ci que le Moyen Age ou toute autre époque, aucune n'en étant exempte. La frivolité aussi est de tout temps; elle seule fait l'attrait de la lecture pour le plus grand nombre des hommes. Tout cela n'entame pas le bon renom du MoycQ Age en ce qui concerne la foi religieuse ; tout cela ne doit pas plus nous faire accuser de paganisme la Renaissance. Contemporaine des guerres de religion, comment ose-t-on prétendre que le zèle à cet égard fut diminué par la Renaissance ? Jamais on ne se

battit tant pour la foi. Et quant aux poètes, comment oublier Tardeur avec laquelle Ronsard combattit les protestants ? Le sacrifice du bouc à Bacchus n'est qu'une plaisanterie ; maint trait mythologique n'est qu'une convention. Rien dans les lettres de cette époque ne montre un reniement soit de la religion, soit de la France, dont il ne fallût aussi bien accuser les siècles qui précèdent. C'est ce que nous nous garderons bien de faire.

A la Renaissance comme au Moyen Age, rien ne doit paraître plus légitime que Témulation de l'antiquité. Seuls songeront à s'en plaindre ceux qui n'ont à la bouche, pour juger les ouvrages d'esprit, que les mots de sincérité et d'originalité, ignorant que ces ouvrages sont fils de l'art et de la composition, autant que de l'imitation d'autrui. Je ne passerai pas ici sur ce terrain. C'est celui de l'erreur romantique, à laquelle il est sûr que tient la dénonciation de la Renaissance. On reproche à celle-ci le respect de certaines règles et le recours à l'imitation. On oppose à ces traits le retour à la nature et l'autonomie intellectuelle des races ; ce sont les principes de l'anarchie en tout genre. Ce qu'il suffira de remarquer, c'est qu'on se trompe quand on imagine que le Moyen Age fut possédé de ces principes-là. L'école romantique a pensé faire de lui son allié dans cette querelle. Il est tout entier de l'autre côté.

11 est vrai qu'on oppose l'histoire des différents arts du dessin, en particulier de l'architecture. Mais cela encore est à examiner.

En tenant le xiii« siècle pour l'apogée de ces arts et pour l'âge d'or du Moyen Age, en ne voulant plus connaître ensuite qu'un affaiblissement progressif des talents et l'épuisement de la force créatrice des siècles, il

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