‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 68 sur 162 · I. LES ORIGINES .* LE XV!' SIÈCLE · texte numérisé non relu

I. LES ORIGINES .* LE XV!' SIÈCLE

est sûr que nous ne laissons de sens à Tessor de la Renaissance que celui d'un recommencement, parti du point de néant où aboutit révolution descendante qui précède. De cette opinion sont nées les folles réponses dont quelques-uns ont appuyé une apologie de la Renaissance ; assurant que, Tart du Moyen Age ayant alors fini son temps, il fallait bien songer à le remplacer.

Mais ces épuisements d'arts ne sont qu'un mot, personne n'ayant jamais pu dire jusqu'à quel point des formes et des principes admis sont capables de transformation et de durée. Ceux dont on parle furent abandonnés ; on remplaça les motifs gothiques, Y « ordre gothique », dit La Bruyère, par les ordres romains et ]es motifs du même genre ; quant à prétendre que ce qu'on quittait pour eux n'offrait plus de ressource aux artistes et que les principes du Moyen Age avaient donné tout ce qu'ils contenaient, c'est encore une de ces formules inventées pour dispenser les hommes de la recherche des causes véritables.

Il est facile de voir que cette raison ne fut pour rien dans les préférences des artistes et que tout vint du prestige triomphant des modèles de l'antiquité. Rien n'est plus aisé que d'aligner des périodes sur la décadence de l'art au xiv» et au xv® siècle ; il est plus difficile d'en marquer les effets Ces idées, que Viollet le Duc fut le premier à répandre et qui n'ont d'appui que son nom, ont bénéficié du crédit que prenait celle de l'évolution animale des Etats, des sociétés et des arts. Ne fallait-il pas bien que l'art gothique fût une plante, qu'elle grandît, s'épanouît et mourût ?

Seulement c'est un fait que rien n'égale la vigueur de cette plante dans son prétendu déclin. La peinture gothique ne fleurit qu'à partir du xiv® siècle ; la sculpture atteint au xv® un degré d'excellence qu'on ne lui voit

pas avant ; il en est de même de l'ornement. Reste le système d'architecture, et la question si Tare gothique, considéré dans son tracé, a gagné ou perdu au cours de ces trois siècles. On a élevé là-dessus de grands débats et allégué des principes si généraux qu'on en tire tout ce qu'on veut en fait de conclusions. La ligne horizontale doit-elle l'emporter sur la verticale, les pleins domineront-ils les vides, ou les vides domineront-ils les pleins ?

Ces questions sont ici d'autant plus vaines que, contrairement à celle des anciens, l'architecture du Moyen Age se présente à nous comme affranchie de toute règle qui ne se confondrait pas avec les exigences de la construction. Elle ne connaît pas de canon des proportions, ni aucune de ces règles rigoureuses auxquelles s'assujettissent les ordres, sans autre objet que de plaire aux yeux. Selon ce principe, sur quoi s'appuierait-on pour préférer une époque à l'autre, je dis du point de vue de l'essentiel des formes ? Elles sont réglées par la construction, laquelle ne cessa jamais de maintenir ou d'augmenter ses ressources. A ce point de vue donc, tout ce qui se pourrait serait de regarder le dernier style comme le meilleur. Quant à l'exécution, cela n'est pas contestable.

Courajod, dont il ne s'agit pas d'accepter toutes les conclusions, a bien connu que l'histoire de la sculpture tournait le dos à la décadence imaginée par Viollet le Duc. Afin de n'en suivre pas moins les idées de celui-ci, cet auteur a inventé de ne connaître de progrès que dans le sens du naturalistney et de maintenir au xiir siècle le prix de Vidéa/is?)îc.Ce sont là de pompeuses sornettes et le recours scolastique d'un homme qui, craignant de toucher à l'idole, n'en avait pas moins des yeux pour voir.

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